‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 201 sur 251 · II. Produits naturels. — Poivre · texte numérisé non relu

II. Produits naturels. — Poivre

avec un chargement de poivre, on en trouvait cent et plus qui faisaient route pour la Chine.*

Néanmoins, les quantités de poivre que le commerce faisait parvenir en Europe n’étaient déjà pas si peu de chose. U n’était pas une route terrestre ou maritime allant d’Orient en Occident par où il n’en passât plus on moins: ce serait donc perdre notre temps que de vouloir relever dans les livres de commerce et dans les tarifs de douanes les noms de tous les marchés où l’on trouvait cet article. Nous avons vu, au cours de notre étude, qu’au point de vue du transit, l’Egypte tenait le premier rang, avec tous les avantages et les inconvénients inhérents à cette situation. En Occident, Venise accapara la plus grande partie de ce commerce jusqu’au jour où les Portugais s’emparèrent d’une manière générale du commerce de l’Inde; mais il n’était pas une ville, grande ou petite, où le commerce du poivre n’eût des embranchements; les épiciers* proprement dits mis à part, il n’était, pour ainsi dire, pas un seul marchand, voyageant pour ses affaires, qui ne portât du poivre avec lui, ne fûtrce que pour acquitter les droits de transit ou d’entrée. Effectivement, dans mainte localité, ces droits étaient exprimés à la fois en poivre et en argent ou même uniquement en poivre.’ Les Juifs payaient toutes leurs contributions et leurs impôts en poivre; il est vrai qu’un grand nombre d’entre eux en faisaient commerce.* En règle générale, on admettait sans autre preuve que tout individu, même étranger au commerce, avait du poivre chez lui et on levait des impôts en poivre chez des bourgeois, des paysans, des religieux, ou encore on les condamnait à des amendes à payer en poivre au lieu d’argent’

M. Canale dans son Histoire de Gênes, M. Cibrario dans son Economie ]x)litique au Moyen-Age, Mr. Leber dans l'ouvi'age que nous citions précédemment ont établi des relevés des prix des divers aliments usités à l’époque; M. Rogers' a fait le même travail pour l’Angleterre:

‘ Marco Polo, p. 631. Empoli (p. 87) estimait les quantités de poivre qui s'importaient de son temps en Chine: de Sumatra à 60,000 cantars, de Cochin et du Malabar de 15 à 20,000 cantars, et il admettait pour le cantar une valeur de 16 à 20 ducats.

’ En dehors des épieiert, il y avait, d Paris, une catéf^orie spéciale de marchands de poivre, les pariera: Géraud.

Paria aous Philippe le Bel, p. 631 ; Boileau,

RigUmenta sur lea arts et métiers de Paria, p. 322.

’ Un en trouvera des exemples dans

HUllmann, Stadtetceaen dea Mittelaitera, I, 29 et 8.

* Cassel, art ,/uden, dans Ersch et Gruber, p. 112; Depping, Hist. du rommerce entre le Levant et l'Europe, I, 288 et s. ; Michel, Hiat. du commerce de Bordeaux, n, 414 et 8.

‘ Leber, Essai sur l'apprieiatioti de la fortune privée au moyen âge, 2® éd., p. 108; Wurstemberger, Oraf Peter U.

von Savoyen, III, 278 , 286; Lib. jur., I, 134, 146.

’ A hiatory of agriculture and priées in England. Ce qui concerne les prix

664 Stifi/ilrmcfit I. — Artidcx d'dh'ingr entre T Orient et T Occident.

ils nous fournissent la preuve que, si l’on voulait éerire l’histoire des variations de prix des épices, il n’en est aucune sur laquelle on possède des données aussi complètes que sur le poivre. En général, si répandu que fût cet article, le prix en était toujours élevé, de sorte qu’il n'était pas à la portée des classes pauvres, du moins d’une façon régulière.' C’est aussi pour ce motif qu’on en faisait des cadeaux:* la République de Venise pensait agir très grandement à l’égard de l’empereur Henri V en s’engageant à lui fournir annuellement cinquante livres de poivre.® Au Moyen-Age, on aimait les mets épicés, tout ce qui poussait à boire; par conséquent, le poivre devait nécessairement être en faveiu*. On en mettait avec la viande, avec le poisson,* pour les assaisonner; on avait la pas.sion des .sauces poivrées (piperaice, jMivrées);^ on mettait du poivre jusque dans le pâtisserie.®

Poivre long.

Après avoir parlé du poivre rond (pepe fonda) comme on appelait pai-fois * celui dont il est question dans le précédent article, nous devons dire aussi quelques mots du poivre long: c’est également le fruit d’une pipéracée, le Piper officinarum Cas. de Cand. (Chavica officinaruni Miq.), et de quelques autres plantes de la même famille, dont le produit est de qualité inférieure. Parmi les voyageurs occidentaux, Conti signala le premier la présence du poivre long à Sumatra: la plupart des sources où il en est parlé indiquent, comme lieu de production, en première ligne Sumatra et paiticulièrement le district de Pedir, au nord de File; en seconde ligne, Java.® Suivant Garcia de Orto et certains autres auteui-s, le poivre long serait originaire du Bengale.” Cette province de l’Inde et les lies de Java et de Sumatra étant plus éloig-

des épices en général et du poivre en particulier se trouve dans le vol. I, p. 636 et 88., et dans le vol. II, p. 543 et sa.

' Rogers, 1. c., I, 627; Leber, 1. c., p. 95, 306.

’ Jaffé, Biblioth. rer. ycrman., III, 110, 166, 199.

’ Charte du 29 mai 1111 : Valentinelli, Begfsten, l^r® part., p. 416, dans les Abh. lier hi.it. Cl. lier Miitichn. Atcad., IX (1866), p. 416.

* V^oy. p. ex. Radulf. de IMccto, éd.

Twysden, p. 626; Ekkehardi bencdicliontt ad mensas (Mitth, der antiq. Oe». tn Zürieh, vol. III). p. 65 et 8. ; Schultz. Das hopeebe l^ben, I, 289. 293 et s.

* Ekkch.. 1. c., p. 154; Guiot de Provins, la Bible, éd. Rarbazan et Méon.

Fabliaux et contes, II, v. 1640 et a.; Schultz, 1. c., I, 284 et a., not. 287.

“ Rogers, I. c., I, 627.

’ Pegol., p. 297; Uzz., p. 66.

’ Conti, p. 40; Hieron. di S. Stefauo.

p. 345, b; Corsali, p. 180, a; Varthenu. p. 166, b; Uarbosa, p. 318, b; Kederici. p. 897, a.

“ Garcia de Orto, p. 182; Massari.

p. 28; Federici, I. c. .lord. Catal. (p.49) dit que le poivre long est un produit de Cludia major", terme élastique sou.t lequel il est diflicile de deviner quelle partie de l'Inde l'auteur entend désigner.

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TT. Produits natards. — Tihubarhr.

nées de l’Europe que les pays qui produisent le poivi-e noir, ce motif suffirait à lui seul pour faire comprendre pourquoi le poivre long était plus rare que l’autre sur les mai'chés de l’Occident ‘ Cependant, les apothicaires devaient en avoir dans leui's boutiques,* et il s’employait encore assez fréquemment en cuisine.”

Rhubarbe.

11 ré.siilte d’informations récentes que la véritable rhubai'be est la racine du TVwum officinale Bâillon et, probablement, d’autres sortes de Klieum de la même famille, dont on n’a pas encore eu occasion de déterminer les caractères botaniques.* Les Arabes connaissaient parfaitement la rhubarbe et n'ignoraient pas qu’elle venait de la Chine. On en vendait chez eux sous le nom de rhubarbe de la Perse ou de la Turquie, mais les savants médecins aiabes savaient bien qu’au fond il ne s’agis.sait que d'une seule rhubarbe, provenant de la Chine, et à la- (luelle on donnait ce nom parce qu’elle arrivait par la Perae et le pays des Turcs.” Il est hors de doute qu’à l’époque où les routes de caravanes de r.\sie centrale étaient encore inaccessibles aux marchands européens, ceux-ci recevaient la rhubaibe par l'intennédiaire des Arabes, et, en relevant cet ailicle sur le tarif des douanes d’Acre," nous j)ouvons, sans hésiter, affirmer qu’il n’y venait pas d’une autre source. Pegolotti en donne une description d'une exactitude extraordinaire.’ Quand il composa son manuel, les routes de l’Asie centrale étaient déjà ouvertes au commerce. Un des premiers voyageurs qui osèrent s’y hiisarder, Guil. de Rubrouck, vit la rhubarbe employée en remède pai' un moine médicastre qui résidait à la cour de Mangou, khan des Mongols.’* Marco Polo suivit ses traces et les dépassa, car il travem le désert de Mongolie et pénétra en Chine, où il vécut plusieurs années. Il donne à la première province chinoise où il mit le pied le nom de Tangut; elle correspondait à peu prés à la province actuelle de Kansou; il y trouva la rhubarbe et apprit que c’était un produit des mon-

' IVffol., 1>. 18, 57, 65, H9, 211, 218, 229, 297; Bouoini, Stal. Pis., III, 592; Douet d’Areq , Comptes île Vnrgeuterie, p. 236; Bourquelot, Foires, p. 291 (macro piper); Capmaii}', Mem., II, app., p. 78 (pimieuta lar^a).

’ FlUckiger, Frankfurter Liste, p. 1 1 ; ilu même, K'Ordlimjer Pnjister, p. 5.

’ Ménagier de Paris, pa.Hsim; Traité de ruisiue, dans la Vihliolh. de TFeoIr des chartes, 5<^ série, 1, 209 et s-s.

' FlUckiger, Banerkungai iiber Phaharbrr and Rheutn officinaJe; tirage à part d'un article inséré dans le -V. Itepertorium f. Pharmacie, de Buchner, vol. XXV; FlUckiger and Hanbury, Pharmacographia, 2® éd., p. 491 et as.

* Edrisi, I, 187; Ibn Beitar, I, 482.

" Assis, de .férus.. II, 176.

’ Pegol., p. 377.

" tiiiill. de Rubrouck, p. 323, 324. 342.

666 Supplément J. — Articles (Tcchange entre T Orient et rOccident.

ta^es du pays.* Oderico da Pordenone parle en termes élogieux des produits d’une autre province nommée Cansan; d’après lui, la rhubarbe y était si commune, qu’une charge d’âne n’y valait pas plus de six gros sur le marché.’ Cette ancienne province de Cansan (Kenchan) devait correspondre, au moins en partie, à la province actuelle de Chan-si. Recueillons enfin un troisième témoignage, postérieur au Moyen-Age, il est vrai. A l’époque où vivait Ramusio, cet infatigable collectionneur de relations de voyages, il vit à Venise un mai'chand de rhubarbe originaire du Ghilan, nommé Hadji Mohammed, qui confirma absolument les données de Marco Polo. Ce marchand avait fait plusicui’s fois le vo3'age de Chine, mais il n’avait pas pu dépasser les villes de Succuir et de Campion, situées sur la frontière, parce que les Chinois ne laissaient pas les caravanes continuer leur- route au-delà. Il rapporta que la rhubarbe croissait surtout dans les montagnes rocheuses des environs de Succuir.” Cette ville n’est autre chose que la Succiu de Marco Polo, actuellement Sou-chao; Campion correspond à Campiciou, chef-lieu du Tangut, d’après Marco Polo,‘ actuellement Kan-chao ou Kan-tchéou. Les deux villes appartiennent à la province actuelle de Kan -sou. Ainsi, deux de nos soui'ces nous indiquent la province de Kan-sou,® et une celle de Chen-si. Les recherches les plus modernes ont, en effet, démontré que la véritable rhubarbe provient de ces deux provinces et encore d’une troisième plus méridionale, celle de Sé-tchouan, car elle est originaire des hautes montagnes dont la chaîne des Bayankara forme le centre." On la trouve également sur les hauts plateaux au nord-est du Thibet; Ëdrisi le savait déjà;’ de son temps, on l’exportait de là au loin, mais ce trafic n’existe plus. Les régions élevées semblent être les plus favorables à la croissance de la rhubai'be: on a prétendu qu'elle venait jusqu’au bord de la mer, mais, de nos jours, on n'a rien constaté de pai'eil. Marco Polo dit bien qu’on la rencontrait dans les montagnes des environs de Sigui (Souiou, Sou-chao), au sud de l’embouchure du Kiang," mais M. Yulc doute avec raison que cela ait été possible, même au temps du célèbre voyageur.

‘ Marco Polo, ]>. 165.

’ Yule, Catliay, I, p. 148; II, app. 1, p. ixxvi.

* Samusio, Xacigationi e riaggi, II,

* Marco Polo. p. 165.

® Ce» donnée» concordent avec celle»

de la “grande géographie de la Chine", citée par M. Flilckiger, 1. c., p. 9.

' Kichthofen, dans Petermann, MUthcilungen.

’ Edrisi, I, 494: voy., à propos de ce passage, M. Sprenger, dans Flilckiger, 1. c., p. 10.

’ P. 490. M. Flilckiger (1. c. , p. 12) pense que ce nom de Siguy désigne la ville de Sining , située dans la partie méridionale de la province de Chen-Si; mai» il ressort de l’ensemble du passage que cette hypothèse n’est pas admissible. Un sait l’étroite relation qui existe entre la carte de Fra Mauro et les données de

IL Produits natureU. — IVutbarbe.

Vent-on savoir par quelles routes la rhubarbe parvenait des hautes montagnes de la Chine jusqu’en Occident? l’itinéraire de Ha^ji Mohammed va nous fournir quelques données k cet égard, au moins poui' le XVI" siècle. Après avoir fait ses achats à Campion et à Snccuir, il traversait le désert de Oobi, en passant par l’oasis de Khamil, puis il longeait le versant méridional des monts Thian-chan jusqu’à Kachgar, gagnait de là Samarkand et Bokhara et rentrait enfin dans son pays par Hérat et Soultanièh. A une époque antérieure, les caravanes avaient dû transporter la rhubarbe par la route du Cathay à Tana, décrite par Pegolotti. En traversant l’Asie centrale, elles s’arrêtaient dans divci-ses villes où elles laissaient une partie de leur chargement: certains auteurs relativement récents désignent, comme marchés de la rhubarbe, Samarkand, Hérat et Tauris.* Pegolotti ne nomme, à ce point de vue, que certaines échelles de la Méditerranée, telles que Péra, Alexandrie et Famagouste.* Péra pouvait recevoir la rhubarbe par Tana ou par Trébizonde, Famagouste pouvait la tirer d’Alep, mais, en somme, toutes deux étaient desservies par des caravanes qui traversaient l’Asie centrale. Seul, le nom d’Alexandrie!* nous met sui* une autre voie: il nous donne à penser que, dès cette époque, on expédiait parfois de Chine la rhubarbe par mer, comme on le fit plus tard, à l’époque de la domination portugaise aux Indes.* Resterait à savoir si certains marchands de rhubarbe choisissaient cette voie de préférence; mais la chose est fort douteuse, car il était admis, à ce que nous apprend Garcia de Orto,* qu’elle ne supportait pas une longue traversée. Federici, très au courant du commerce d'exportation de la Chine par mer, dit expressément, à propos de la rhubarbe, qu’elle était confiée aux grandes caravanes qui traversaient la Perse.®

Dans les manuels du commerce du Moyen-Age, le nom de la rhubarbe est relativement rare; cependant, il est possible de constater qu’elle était répandue dans une grande partie de l’Europe.’

Marco Polo: or, d'après une légende de cette carte, la rhubarbe serait un produit des montagnes des environs de Fuzui: on admettra bien que ce nom désigne Sigiii.

* Clavijo, p. 191; Varthema, p. 156, b; Gbistele, p. 310; Viagtfio d'un mercanle rhe fu neUa Persia, dans Bamusio, II.

* On le trouve également dans le Hoteiro ehe fex Vasco da Ganta, p. 116.

* Malacca. t'alicut et Aden étaient les

stations intermédiaires: Corsali, p. 180, a; Barbosa, p. 292, a, 310, b, 317, b, 320, b, 323, b; Alvarez, p. 126, a; Gubematis, Viaggiatori ital., p. 159, 164.

‘ Éd. Clusius, p. 207.

* Federici, p. 390, b.

' Bonaini, Stat. Pis., III, 106, 115; Chiarini, p. Ixxziii, a, b; Capmauy, II, app., p. 74; Bourquelot, Foires de Champagne, p. 288; Hanserecesse , 1*” part., vol. II (1872), p. 237; Merrifleld, Orig. Ireaiises, p. 89; Mon. Hung. hist.. Acta

Sii)>i)frninif I. Aiiiclrs d'rrhitngi' mtrr V Orient et TOerident.

Safran.

On donne le nom de safran aux stygTnates desséchés de la rteiir du Crocus saiivHs. Déjà, au Moj’en-Age, cette plante était répandue dans toutes les parties de l’Asie et de l’Europe.* Originaiie du Levant, elle fut acclimatée en Espagne dès le X“ siècle, par les Arabes probablement.’* Peu à peu, s<nt (lu’elle eût été envoyée directement d’Espagne, soit par une conséquence des relations établies par les croisades entre rOricnt et l’Occident, elle se répandit dans les autres i»ays de l’Europe. J1 semblerait donc que les Occidentaux ne devaient pas avoir besoin d’aller chercher le safian en Orient. On trouvait sur les marchés de Pise du safran d’Italie et de Catalogne:’ les Allemands s’approvisionnaient à Venise de safran de la Pouille, des Calabres et de la Romagne.* CeiKjndant, Pegolotti signale sa présence sur tous les mai’chés du Levant fréquentés par les mai'chands occidentaux. Ceci poun-ait donner à penser que, peut-être, il y figurait comme article d’importation plutôt que comme article d’exportation. Le fait est qu’il est démontré que l’Egj pte et Chypre tiraient de l’Occident une pai’tie tout au moins de leur approvisionnemenL’ Cela est vi-ai, mais les qualités de cette provenance ne suffisaient pas à tous les besoins. Maçoudi place le safran d’Espagne au-dessous de celui d’Orient“ et un Français, auteur d’un traité de la i)réparation des couleiu's, écrit probablement pendant le XUI® siècle, Pieire de Saint-Omer, avoue que le produit de son pays est mauvais, tandis que celui d’Espagne et d’Italie est bon; mais, ajoute-t-il, au témoignage d’Isidore, le meilleiu' est celui de la Cilicie.* Ce safran de Cilicie n’était pas seulement connu dans les livres: il s’importait en réalité dans l’Occident; dès les premiers temps du Moyen-Age, les peintres l’employaient poiu' les lettres d’or.“ Celui de Korjkos était

extern, 1, 245; Uane Keller’n Uriarreehmhurli, dans la Xeitaehr. für Stmitiuries., 1881, p. 839.

' Voy. Ritter, Erdt;., Kleinmien, I, 736 et »8. ; Becktnaun , lieitr. xur Oeseh. der Erfind.. Il, 79 et ss.; Flilckiger aud Hanbiirr, PImnnnrof/rapbin , 2® êd. , p.

663 et s.'!.

’ Maçoudi, I, 387; Ilm-al-.4wuni. lyirrc de V agriculture, trad. ('lénient-JIullet, II, 1 16 et s». ; Calendrier de Cordoue (an. 961), i-d. Dozy, Leyde. 1873, p. 33, 109.

* Pegol., p. 211; Bonaini, Etat. Pi»., III, 74, 273, 592.

* Capitolare dei riedomini del fnntego dei Todesehi in Venexia, p. 277. Les

allemands fréquentaient également, pour le même objet, les marchés du midi de la France: vuy. (ireiff, .humai de Luc. Rem dans le 2(P Jarceberieht de»

liisl. Vereins ron Eelneaben und Xeuburg (1860), p. 82 et 8.. note.

* Piloti, p. 358. 374; Pasi, p. 210 et ce ilemier pas-sage est très instructif jmur l’histoire du commerce du safran en général.

“ MaijOudi. I, 366.

' Merrifield, Orig.treatises,ii. 131 — 133; il y a, dans ce passage, deux erreurs: Sicilia au lieu de Cilicia, et t'oriscos au lieu de (ktrycos.

" Muratori, Antig. ital., II, 376.

IL Produits naturets. — Smmmonéc.

particulièrement renommé ; depuis Pline et Strabon jusqu’à Félix Fabri, d’Ulm,* tous les écrivains qui en ont parlé se sont accordé à vanter sa belle couleur jaune d’or et son arôme. On trouvait encore une excellente qualité de safran en Pei-se, notamment aux environs d’Ispahan, de Hamadan et de Holwan.* C’est pour ces motifs que, tout en cultivant elle -même le safran, l’Europe consommait toujours une certaine quantité de produits de l’Orient, supérieurs aux siens propres.

Les médecins arabes® recommandaient le safran comme remède; aussi la médecine du Moyen-Age en faisait-elle un fréquent usage. Eu dehors de cela, on l’employait en cuisine comme assaisonnement,^ en peinture comme couleur,® et enfin en parfumerie.*

Soammonée.

En pratiquant des incisions dans la racine du Convolvulus Scammoniu L., plante grimpante très répandue dans le nord de la Syrie et dans l'Asie-Mineure tout entière, on en fait sortir une sève blanchâtre qui prend à l'air la consistance de la résine. C’est un purgatif énergique, l’un des remèdes les plus anciennement connus et l’un des plus employés par la médecine du Moyen-Age. Il est peu d’articles du domaine de la pharmacie pure, dont le nom revienne plus fréquemment dans les sources relatives à l’histoire du commerce.’ Au Moyen-Age, la scammonée d’Antioche passait pour la meilleure.* Rauvirolff vit de la scammonée dans les magasins d’Alep* et Belon dit aussi que c’est pju’ Alep qu’elle arrive en Occident.'® Dans les sources que nous avons consultées, ce produit de l’Asie-Mineure est fréquemment désigné sous

‘ Plin.. HM. liai., XIH, 2; XXI, 17; Strabon, é<t. Muller et Dubner, p. 672; Fabri, éd. Hassler, III, 215. Le safran se cultivait d’ailleurs en différents endroits de l’Asie-Mineure; voy. Ibn Batouta, II, 329; PUoti, p. 371.

' Ibn-Haoukal, éd. Uylenbroek, p. 3 — 7; Kazwini. ibid. p. 24, 32, 42; Edrisi, II, 168; Aboulféda, Oéogr., II, 2, p. 160, 163, 166, 225; Ibn-al-Awam, 1. c., Il, 118.

‘ Ibn Beitar, par exemple (1, 630 et ss.).

* Bourquelot, Foires de Champagne, I, 286.

‘ Cennini, trad. Dg, cap. 49.

* Michel. Commeree des étoffes de soie, I, 79 et s., n, 460.

’ PegoL, p. 18 , 57, 66 , 99, 136, 181,

211,219, 229, 297, 300, 375; Uzz., p. 59, 192; Pasi, p. 45, b, 64, a, 172, a, 176, a, 186, b, 193, a; Chiarini, p. Ixxiii, Ixxiiii, b, Ixxxiv, a (dans ce dernier pa.ssage l’auteur décrit les qualités d'une bonne scammouée: Pegolotti fait de même à la p. 375); Bonaini, III, 106, 116; Warnkœnig, Hist. de la Flandre, IV, 360; Douet d'Arcq, p. 401.

* .\bou Mansour Mowafik, éd. Seligmanu, 2*“® part., p. 30 , 83; Ibn Beitar, II, 31, trad. franç., Sol. et extr., XXV, 1, p. 260 (cf. p. 257); Sylvaticus, Pand. medie., s. v. Scammonea.

’ Morgenlànd. Perse, p. 126.

Obserr., p. 281.

670 Supplément I. — Articles ÆéàMnge entre TOrient et VOccident.

les noms de seammonea di Soria, soriana, d'Antiochia: une seule fois, nous avons rencontré l’appellation seammonea turchesca.^ Dans le Libell of english polieye, il est dit, au vers 360, que ce sont les Vénitiens et les Florentins qui ont apporté la scammonée en Angleterre. Au vers suivant, et dans le même ordre d’idées, on trouve un mot, diagredye, que le dernier éditeur de cet ouvrage, M. Hei-zberg (p. 117), se déclaie incapable d’expliquer: c’est le Diagrydium ou Diakrydium, drogue de la famille de la scammonée et qu’on lui substituait fréquemment'

Soie (grège).

Nous avons constaté, dès le commencement de notre étude, le développement progressif de la production de la soie dans la direction de l’ouest Avec le temps, ce mouvement s’étendit jusqu’à l’Occident et l’on y connut la culture du mûrier et l’élevage des vers à soie. Les Arabes d’Espagne et de Sicile, notamment, surent donner à l’industrie de la soie dans ces deux pays des bases solides, en y propageant la production de la matière première. Dans l’Andalousie, par exemple, on ne comptait pas, autour de Jaën, moins de trois mille localités dont la population se livrait à l’élevage des vers à soie:' le royaume de Grenade produisait assez de soie grège pour occuper les nombreux tisserands d’Alméria, et il lui en restait encore pour l’exportation.* En Italie, la production indigène était encore dans l’enfance; la matière première qu’elle livrait aux tisserands de Lacques, de Florence, de Gènes et de Venise était insuffisante au double point de vue de la quantité et de la qualité. En France, les diverses tentatives que l’on fit, à la fin du Moyen- Age, pour introduire l’élevage du ver à soie n’obtinrent aucun résultat palpable pour l’industrie. Seul, le commerce, par ses relations avec le I^evant, pouvait fournir à l’industrie occidentale des matières premières assez abondantes et d’assez bonne qualité pour la mettre en état de concourir avec les manufactures orientales. Nous avons vu que les Génois allaient chercher la soie dans le Ghilan dès la fin du XTTT” siècle;' au commencement du XV®, ils fiéquentaient dans le même but Chamaki (Chemaka, prov. de Chirvan) concurremment avec les Vénitiens. C'est donc vers le sud et le

‘ üz*., p. 192.

’ FlOckiger, DU Frankfurter Liste, p. 48; du même, Dos Nordlinger Register, p. 17.

’ Edrisi, Description de l'Afrique et de l'Espagne, éd. Dozy et Goeje, p. 248.

* Bourquelot, Foires de Champagne, I, 207; Coude, ttist. de la dominaeion de

los Araàes en Espana, III, 37 et s.; Detla décima dei Fiorentini, II, 117.

‘ La soie du Ghilan avait alon une réputation universelle (voj. Yaqout, éd.

Barbier de Meynard, p. 187 ; Cbebab-eddin, p. 294; Clavtjo, p. 114 et s.) et l’a conservée jusqu’à nos jours (voy. Blau, G»nmereielle Zustande Persieus, p. 72).

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