‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 203 sur 251 · II. Produits naturels. — Tutie · texte numérisé non relu

II. Produits naturels. — Tutie

et par eux on l’a connue en Occident* Ce nom se trouve assez fréquemment sur les listes d’articles de commerce du Moyen-Âge,* et il eût généralement accompagné de la mention “d’Alexandrie“.® H est cependant difficile de croire que cette épithète désigne le pays d’origine de l’article en question; Oarcia de Orto en fait déjà la remarque.* IjC sol de l’Égypte ne recèle pas de métaux: la tutie y venait de plus loin, de la Perse, de l’Inde ou de la Chine. Il est hors de doute que !a Perse exploitait avec plus d’activité que de nos jours les richesses de son sol: les mines et, par conséquent, les hauts-fourneaux étaient l>articulièrement concentrés dans la province de Kerman.* Marco Polo vit des fonderies dans une ville de cette province qu’il nomme Cobinam (Koubenan); on y produisait de la tutie et du spodium.* Règle générale, quand, dans un auteur arabe, on rencontre le nom de la tutie, on lit à la suite celui du Kerman comme pays d’origine;* Garcia de Orto écrit en toutes lettres que la tutie dite d’Alexandrie provient en réalité du Kerman. On exploitait aussi aux environs d’Ispahan des mines de zinc (tutie naturelle)." Garcia de Orto soutient à tort qu’on n’en trouvait pas dans l’Inde. Les Arabes connaissaient la tutie de cette provenance et leurs écrivains la citent souvent;" nous pouvons mentionner notamment Kalah, dans la presqu’île de Malacca; il y avait là des ateliers pour le traitement de l’étain.*** Enfin, la Chine exportait une espèce particulière de tutie, à laquelle on donnait, en Perse, le nom de Pierre de Chine ou de Fer de Chine (Kharai Sini, Ahen Sini).^^

‘ Ibn Beitar, I. 317 et as.; .àvicenne, éd. Plempius, p. 286; Silvestre de Sacy, Chrtttomaihie arabe, 2<’ édit, III, 463 et *8.; Kopp, Geselt, lier Chemie, I\', 114 et 8.; du même, Beürtege xur Oeeeh. der Chemie, l" part, p. 176, 206, 207 et s., 212; Beckmaim, Beitrage xur Qeseh. der Erfindungen, III, 389.

' Pegol., p. 57, 114, 136 , 229 , 800, 309, 378; Uzz., p. 114.

* Pegol., p. 298 (balesaandro doit être une fauaae lecture et signifier Alessandria) ; Pasi, p. 90, b, 96, b, 107, a, 114, a, 116, a, 118, b, 163, a; Alcherius, dans Merrifield, Orig. treatise», p. 71.

' Clusius, Exot., p. 166.

* Maçoudi, I, 342; Istachri, p. 79 etc.

" Marco Polo, p. 93 (commentaire de

H. Houtum-Schittdler, dans le Joum. of the R. Asiat. Soe. of Oreat Brilain., nouv. sér., XIII, p. 496 et 8.); Carte de Fra

Mauro, légende placée près de la ville de Cobinam. Sur la situation de cette ville, voy. Yule, Mareo Polo, I, 117 et s. Il résulte de l’ensemble de ce passage que les matières désignées par Marco Polo sous le nom de “espodie” (spodium) étaient des scories métalliques; eu général, le mot spodium désigne les résidus de la combustion des matières végétales ou des 08 (de l'ivoire).

’ Abou Mansour Mowafik, trad. Seligmann, I, 60; Avicenne, L c.; Yaqout, p. 483, 336; Mohammed ben Mansour, dans Fuiidgr. des Orients, VI, 141; Teixeira, Belae., p. 121.

" Aboulféda, Oéogr., II, 3, p. 170.

" Avicenne, L c.; Ibn Beitar, 1. c.; Mohammed ben Mansour, op. cit.

'* Abou Dolef, p. 26.

" Kazwini, trad. Kthé, I, 1, p. 427; Silvestre de Sacy, 1. c.

676 Supplément I. — Articles d’échange entre l’Orient et l’Occident.

Les médecins .arabes attribuaient k la tntie des qualités astringentes, siccatives et rafraîchissantes et l'employaient imur le traitement des maladies des yeux.*

Zédoar.

Le zédoar (en arabe djedwar ou tedwar, nommé qnelt}uefois par corruption sitoval^ ou citonal) est la racine du Curcuma Zedoarin Roscoe; c’est un article qu’on trouve commuuément dans les livres de commerce et dans les tarifs de douanes du Moyen-Age,® Les marchands occidentaux allaient le chercher dans les échelles du Levant, où on le leur vendait comme produit de l’extrême Orient. Le pays qui le fournissait en général parait avoir été la partie orientale de l’Inde. Conti renconti'a déjà la plante qui produit le zédoar* aux environs de Calicut; Barbosa confinne la remarque de ce voyageur® et ajoute que la véritable patrie de cette plante est Cananore, où l’on ai-rive en remontant la côte vers le nord.® On la trouve d'ailleurs également à Java et à Madaga.scar.

D’après la rocommandation des médecins arabes, on employait cette racine amère comme contre-poison* et, à ce titre, on l'administrait, parexemple, aux orfèvres, pour combattre les effets nuisibles des inhalations mercurielles.’* D’autre part, elle passait pour un stimulant énergique, ayant une action réconfortante et réchauffante sur l’estomac: aussi ne se bornait-on pas à l’employer en médecine:® on en mettait parfois comme condiment dans les mets et dans les boissons.'®

‘ Ibn Beitar, op. cit,; Golius, A«r., *. T. Tntia; Marco Polo, I, 93, et Yule, Marco l’Olo, I, 118.

’ Ibn Beitar connaissait le nom de sitoval, donné à cette racine par les Génois; voy. le passage cité par M. Amari, dans les Atli delta Soeietà Ligure, V, 635: on le trouvera, traduit en français, par M. Leclerc, dans Not. et extr., XXV, 1, p. 252.

“ Je citerai, par exemple: Pegol., p. 17, 49, 66, 64, 98; Capmany, II, 20; append., p. 73; Bourquelot, Foires, I, p. 287; Ordonnance de Philippe VI, du 17 févr. 1349, dans les Ordonnances des rois de France, n, 320.

* Éd. Kunstmann, p. 48.

‘ Mas.sari aussi, p. 27.

° Barbosa, p. 311, a, b, 323, b.

’ Ibn Beitar, I, 243; Maccr fioridus.

éd. Choulant, p. 117.

” Tlieophilus, Dirers. arl. schedulo.

é<l. Escalopier, p. 167.

‘ Dans ce passage, cité par M. Amari et dont nous avons parlé à la not. 2 ci-dessus. Ibn Beitar dit que les Génois et les Francs en général ont habituellement recours A ce remède.

“* Ménagier de Paris, U, 219; Hœfer.

Hisl. de la Chimie, I, 474 (A propos d'une vieille recette pour faire du vin claret).

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