III. Produits fabrii/ufis. — Fils d'or ci d'argent
Prodnlts fabrlqn^^s.
Fils d’or et d’argent.
On faisait, au Moyen-Age, des fils d’or et d’argent qui avaient l’apparence de fils métalliques étirés à chaud, d’où le nom or fUé, argent filé qu’on leur donnait: on n’a découvert que de nos joiire le secret de cette fabrication. C’étaient simplement des fils de lin entourés d'une enveloppe d’une fines.se cxüêrae, formée de boyaux de porc ou de mouton et revêtus d’une couche d’or.* On s'eu servait pour broder des fonds en arabesques ou des bordui-es sur des vêtements ou des tapis, ou bien encore on les tissait dans l’étoffe même et l’on obtenait ainsi les brocarts. Le centre le plus connu de cette fabrication était l’ile de Chypre,* d’où la dénomination d’or de Chypre qui était absolument synonyme d’or filé. L’art du tissage de la soie, celui de la broderie, avaient été importés d’Orient en Occident: le “mysierium auri fiHati", pour employer les termes d’une charte génoise, avait la même origine." La fabrication des fils d’or et d’argent fut introduite à Lucques et à Paris dès le XIII® siècle.* A Gênes, on attachait un tel prix à cette branche d’industrie, que les autorités la prirent sous leur protection dans l’intérêt des classes pauvres et du commerce et aiTôtèrent des mesures prohibitives contre la falsification." Venise et Milan eurent leurs fabricants de fils d’or et d’argent.® Après avoir énuméré les quatre villes d’Italie dont nous venons de parler, le florentin Benedetto Dei dit qu’il faut ajouter à la liste sa ville natale, où l’on pouvait compter jusqu’à trente ateliers en activité spécialement affectés à cette febrication.’ Cette branche
‘ Kremer, Ciitlurgesehichte des Orienh.
II, 204: cet auteur fait uu emprunt à l’ouvrage de M. Karabacek, Die lUuryisehe»
Oetcatukr der Marienkirchr. in Danxig, p. 9 (je n’ai pas pu me procurer ce dernier); Laborde, Xolice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du musée du Ijourre, 2® part. (1853), p. 410 et g.; 413; Bock, Lilurg. Oeuiinder, I, 48 et sg. ; Dos “Mysierium Cyprium auri filati“, étude publ. dans V Augsburg. Allg.Zeit., 1882, u'> du 19 juin p. 2483.
’ Douet d’Arcq, Comptes de l'argenterie, l*™ série, p. xxxü; 2® série, p. 25, 192, 199 , 209 et g.; Pegol., p. 65 (cf. p. 42, 46); Uzz., p. 191; Uas Latrie, Hist. de Chypre, II, 448, 535.
* Germain, Hist. du eommeree de Montpellier, n, 346.
‘ Boileau, Règlements, éd. Beppiug, p. 74, 193, 385; Livre de la taille de Paris, dans Géraud, Paris sous Philippe le Bel, p. 610. A Lucques cette industrie a eu une longue existence: voy. Pegot, p. 18; Uzz., p. 5, 7, 48, 192; Douet d’Arcq, 2® série, p. 29, 36.
* Germain, 1. c.; Douet d'Arcq, I, p.
.xxxü; Pegol., p. 18; Uzz., p. 48, 192.
“ Bonaini, Slat. Pis., III, 594; Uzz., p. 5, 7; Laborde, Xotice, 1. c., p. 413- Francisque Michel. II, 368.
’ Pagnini, II, 276.
678 Sujijilémetit I. — Articles d'êeiMnijc entre TOrienf et VOccidenf.
d’industrie devint assez prospère, d’aboi'd pour soutenir la concuiTence des articles similaires du Levant, puis pour exporter elle-même ses produits dans le Levant: on cite particulièrement, à ce point de vue, Lucques, Gênes et la Provence, dont les fils furent de très bonne heure demandés à (’onstantinople.^
Porcelaine.
Le mot porceHana, imireelnine en vieux fraiK,ais, avait, au Moyen- Age, trois significations différentes.® A l’origine, il désignait le coquillage de ce nom, avec le mollusque qui l’habite, ou le coquillage seul: sous le nom de cauris, ce coquillage servait de monnaie courante dans plusieurs contrées de l’Orient.* En second lieu, il s’appliquait à la matière dont étaient faits des vases ou objets mobiliers dont la description se trouve, par exemple, dans ceilains inventaires des trésors des cours de hYance et de Bourgogne. H ne paraît pas qu’on soit encore arrivé à se mettre d’accord sur la nature de cette matière; le point discuté est de savoir s’il s’agit là d’une sorte de nacre ou d’une agathe laiteuse.* Enfin, c’était le terme employé pour la poi'celaine de Chine;® peut-être avait-on trouvé une similitude entre le produit chinois et le coquillage, à cause de leur blancheur, de leur transparence et de leur lustre caractéristique; peut-être, au commencement, avait-on supposé que le coquillage entrait dans la composition de la porcelaine.®
Nous n’avons à nous occuper de la porcelaine qu’à titre de pioduit fabriqué de la Chine. Il est certain que cette branche d’industrie intéressait vivement les voyageurs arabes du Moyen-Age, tant ceux qui se sont bornés à recueillir des renseignements sur la Chine que ceux qui l’ont visitée personnellement’ Les Occidentaux qui s’occupaient
’ Sur l'étymologie de ce mot, voy.
Mahn, Ryniol. Vnten., 1*™ lirr. (Berl.
• Marco Polo, p. 389, 393, 400. 431, 664.
* M. Laborde penche pour la nacre:
voy. Xotiee de* émnur, U, p. 465 et S8., et Quelque* articles d’un noureau dictionnaire des arts, dans la lieruc arrhéol., 1863, 1*« livr., 938 — 262. M. Ubarte tient, au contraire, pour l'agatbe: btrentaire du mobilier de Charles K, p. 220 et 8. Aux exemples cités par ces deux savants (Tançais, M. Belgrano en a ajouté de nouveaux, extraits de sources génoises: Atti delta Soc. Lig., IV, 184.
‘ Marco, Polo, p. 533.
” Cette croyance erronée avait été déjà émise par un commentateur de Marco Polo (voy. l’éd. de Baldelli Boni I, 111, not. 100; cf. Humboldt, Krit. Cnters.. III, 77); elle a été partagée par Barbosa (p. 890, b), et par Scaliger (Exercil., xci). Voyez aussi: Damiani a Ooes aliquot opuscula, Lovan. 1644, fol. 6 (s. p.) : “scutellæ mira arte ex calce conebarum licUe, quas porrellanas vocanf
’ Relat., p. 34; Ibn Khordadbèh, p. 299, 994; Edrisi, I, 193 et s.; Ibn Batouta, IV, 256, 272.