III. rroduits fnhriquv.s. — Porcelaiiw
des choses de l’Orient en savaient aussi quelque chose.* Marco Polo va jusqu’à dire que, de son temps, la porcelaine de Chine était répandue dans le monde entier; il se trompe assurément. Suivant toute apparence, de son vivant, elle n’avait pas encore pénétré jusqu’en Occident, mais elle était déjà répandue en Pei-se; pour citer un exemple, le riche poète de Tauris, Homam-eddin, ne possédait pas moins de quatre cents pièces de cette porcelaine.- Au siècle suivant, Ibn Batouta put constater qu’elle était répandue dans l’Inde, la Syide et rAsie-Mineiux!.» Les Occidentaux auraient donc pu dès lore s’en procurer sur divers marchés, à Damas entre autres, comme le fit Maidin de Baumgarten qui y acheta des plats de porcelaine en 1608.‘
Sur la glande route commereiale d’Asie en Eurepe pai' l’Égypte, la porcelaine n’apparaît également qu’à une époque relativement tardive: on trouvait bien sui- le mai-ché d’Aden, au temps d’Edi-isi, des vases de terre originaires d’Asie, mais il n’est pas prouvé que ce fût de la poi-celaine.* En l’an 835 de l’hégire (1431 — 1432 de l’ère chrétienne) au contraire, il s’en trouvait certainement dans le chargement des jonques chinoises dont les capitaines, mécontents des conditions qui leur étaient faites à Aden, remontèrent la mer Rouge jusqu’à Djeddah.® On commence à en trouver, vers la même époque, parmi les présents envoyés par les sultans d’Égypte aux souverains de l’Europe.* Depuis lors, les bazai-s du Caire en furent constamment approvisionnés, mais, malgré cette abondance, les prix restèrent toujours très élevés. Le voyageur français Belon eu faisait la remai-que à une époque qui n’appartient déjà plus au Moyen-Age.**
Les Vénitiens rapportaient d’Égypte en Italie des objets de {wrcelaine,
' Harco Polo, p. !538; Jord. Catal., p. 59: “rasa pulcherrima et nobiliesinia atque virtuoea et poreeleta"; Oioa. Barbaro, Viaggio in Persia, p. 43.
’ Sadi, GuUêtan. trad. Defrémery, p.
xxüi. A une époque postérieure, Clavijo, de passage à Samarkand, vit de la porcelaine à la cour de Tamerlan (p. 163).
* Ibn Batouta, I, 288; II, 304; III, 123, 227.
* Mart. a Baumgarten, Pertgrinalio, p. 112; Cteorg. Qemnic., p. 688.
‘ Edrisi, I, 61; cf. Ritter, Arabien, I, 241.
* Hakrizi, cit dans Quatremère, Mém.
*ur l'Égypte, II, 391,
’ Voy. la liste des présents envoyés
au doge Foscari en 1442 (Taf. et Tliom., iuèd.); à Charles VII, roi de France, en 1447 (Matthieu d’Escouchy, éd. Beaucoort, I, 124); au doge P, Halipiero eu 1461 (Sauiito, l-7/e, p, 1170); h Catherine Coruaro en 1476 (Malipiero, II, 606, rectitiée dans Mas Latrie, Hist. de Chypre, III, 406); à Laurent de Hedicis en 1487 (Biographie par Fabroni, H, 337); au doge A. Barbarigo en 1490 (Mas Latrie, 1. c., 483); à la Seignenrie de Venise en 1498 et en 1603 (Sanut., Diar., H, 616; V, 92); au gouverneur vénitien de Chypre (ibid, V, 116).
’ Belon, Obserrations , Anvers, 1666, p. 236—237.
68<J Supplénieiil I. — Articles d'edtange entre l'Orient et VOceident.
maiB on ne peut pas dire pour cela que l’ai'ticle fût encore réellement entré dans le commerce. En relevant, au chap. 44 (al. 43) du célèbre code maritime de Barcelone intitulé Consolât del mar,^ sur une liste des articles qui faisaient partie du commerce courant entre Alexandrie et la Catalogne, la présence du mot “Porcellane“, M. Peschel’ s’est cm autorisé à voir là la première trace de l'introduction de la porcelaine en Occident par la voie du commerce. Mais il y a lieu de remarquer d’abord que le pai*agraphe en question a été inséré postérieui-ement dans le code et ne faisait pas pai'tic du texte primitif. En second lieu, on pourrait rapprocher de cette citation un pas.sage de Pegolotti, où cet écrivain, énumérant les marchandises qui se vendaient sur le marché de Venise, a inscrit la “porcdlane“ entre la coloquinte et la myrrhe.® Or, il ressort des deux passages en question que, soit pour l’établissement du prix de vente, soit pour la fixation du prix de transport, l’article “porcellanef' était taxé pai‘ quintal. Est-il possible d’admettre que les vases de porcelaine de Chine se soient jamais vendus au poids? Ne s’agirait- il pas, des deux parts, de coquillages de ce nom expédiés en Occident pour y être mis en œuvi’e pai' une industrie spéciale?
Sucre.
On sait que la canne à sucre était cultivée dans l’Inde, dans l’Indo-Chine et dans les provinces méridionales de la Chine avant de se répandre dans les pays de l’Occident* Mais ni les Indiens ni les Chinois n’ont inventé les procédés de fabrication qui ont fait du sucre un article de commerce si impoilant Pendant des siècles, ils se sont bornés à écraser la canne pour en extraire le jus et à faire évaporer et épaissir ce jus sui' le feu. La méthode de raffinage du sucre par un procédé chimique a pris naissance an noixl du golfe Persique. U est probable que des marchands de cette région, ayant vu la canne à sucre dans l’Inde, la rapportèrent et l’acclimatèrent dans la plaine du Khouzistan. Entourée au nord et à l’est par des montagnes, bornée à l’ouest par le cours inférieur du Tigre, au sud par le golfe Persique, airosée par de nombreux cours d’eau,
‘ Il Oansoialo del mare, éd. Westerveen (Lejde, 1704), p. 40 et s.
’ Deutsche Vierteljahrsschrift , 1865, p. 176.
• Pegol., p. 134.
* Sur ce fait et sur ce qui suit immédiatement, ainsi que sur les variétés de la canne à sucre sur le globe terrestre en général, voy. K. Ritter, dans les Abh.
der Bell. Akad., aiin. 183!), Phil. hisl. Kl., p. 305 et 88. Voy. encore dans la Coll, des doc. inéd.; Histoire de la guerre de Nararre en 127 fi et 1277 par Gttill. Anelier, une note de Francisque Michel, p. 436 et ss: elle renferme des détails du plus grand intérêt pour l'histoire du sucre.