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III. Produits fabriqués. — Siterr

encore aux moulins k sucre est d’origine arabe;* c’est une preuve décisive de l’introduction de cette culture par les Arabes.

Ainsi, avant les croisades, les Occidentaux trouvaient déjà le sucre presque à leurs portes: dès le début de cette période, ils prirent euxmêmes possexsion de pays où se cultivait la canne à sucre. Nous avons signalé, à ce sujet, Tripoli, d’après le témoignage d’Istachri : ce fut précisément là qne les premiers croisés virent la canne à sucre iwur la première fois: ils en humaient le suc avec délices.* Les documents nous permettent de suivre la culture de la canne à sucre dans cette région à travers tout le Moyen-Age.* Plus tard, les croisés fuirent heureux d’en trouver pour étancher leur soif à Valenia (principauté d’Antioche): Aboulféda confirme expressément ce fait: outre Valenia, il nomme encore Markab, autre localité située à un mille de là, et, à propos de cette dei-nière, il ajoute que ses habitants faisaient le commerce de ligues confites dans le sucre.* Il y avait également des plantations dans les environs d’autres ports de la Syrie, tels que Tyr,* Sidon,* Beyi'out,* Acre,* Césarée* et dans l’intérieur sur les bords du lac de Tibériade et du Jourdain, à Jéricho, à Naplou.se.*® La plupart existaient déjà avant l’arrivée des croi.sés. Les Syriens ne savaient pas seulement cultiver la canne à sucre; ils connaissaient la manière de l’écraser sous des presses pour en extraire le jus, de concentrer le jus sur le feu et de le sécher ensuite lentement jusqu’à la formation

' Doc, de 1176, publ. dans Pirri, SicUia sacra, I, 454. Nous retiendrons un peu plus loin sur ce mot.

’ Alb. d’Aii, éd. Bongars, p. 270.

* Edrisi, I, 366 et s.; Burchard., p. 28 (dans ce passage, M. Laurent substitue avec raison la lecture calamellis au mot canellis); Aboulf., Oéogr., Il, 2, p. 30; Chems-eddin, p. 282; Gbistele, p. 260; Macbaut, p. 211, 286.

' Fulch. Carnot, éd. Bongars, p. 401 ; Jlisl. Hieros., pars sec., ibid. p. 684 et a. ; Aboulf., 1. c., p. 32.

“ Ouill. de Tyr, XIII, 3 (l’auteur fait la description du vaste système d'irrigations adopté); Burchard., p. 24; Taf et Thom., I, 169; n, 368 et s. Un passage de Qhistele, p. 63, prouve que ces plantations existaient encore longtemps après.

• Burchard., p. 28; Strehlke, Tab.ord.

teuton., p. 61; Joh. Poloner, dans Tobler,

Deeeriptiones Terne saneUe, seee. VIII —XV, p. 262.

’ Wilbrand d’Uldenbourg, p. 167, et Chroniques de Chypre, citées dans Mas Ijatrie, Hut. de Chypre, I, 273; Gucci, p. 413.

• Strehlke, 1. C-, p. 17, 20, 69; Paoli, Cod. dipl., I, 50, 178 , 209 , 249; Prutz, Malteser Urkunden, p. 1 18. Joinville (Ree. des hisl. de Frtutre, T. XX), p. 276, dit avoir vu des cannes à sucre è Passepoulain. localité située entre Acre et Tyr.

’ Oariulaire du S. fiépulere, éd. Rosière, p. 277.

'* .lakuts Reisen, publ. par Wflstenfeld, p. 469; Jacq. de Vitry, p. 1076 et s.; Thietmar, éd. Laurent, p. 82; Burchard., p. 68, 69; Ricold. de Monte Croce, p. 109; Frescobaldi, p. 123; Gucci, p. 383; Nice, da Poggihonsi, II, 323; Strehlke, op. cit, p. 9; Prutz, OuUurgeseh. der Kreux’..

686 Supplémetit I. — Articles ^échange entre l’Orient et l'Occident.

du 8ucre.‘ Quand les Occidentaux eurent pris possession du pays, ils se gardèrent d’abandonner cette culture, car c’était une source de beaux revenus.* Quant à la fabrication du sucre, ils suivirent exactement les méthodes adoptées avant eux; l’origine arabe de ces méthodes ressort de ce détail qu’ils avaient introduit dans leui* langage le nom de masera pour désigner leur presses.* À Acre, on faisait travailler à la fabrication du sucre les prisonniers musulmans.* A Tyr, cette industrie était tellement prospère, que Frédéric II de Hohenstaufen y demanda des ouvriers pour les envoyer à Palerme: les fabricants de sucre de la Sicile avaient perdu les bonnes traditions et l’empereur voulait y relever cette branche d’industrie.® Tyr expédia toujours beaucoup de sucre en Occident® En somme, pendant la période des croisades, c’était en Syrie que l’Occident se fournissait principalement’ Quand les états latins eurent succombé, nie de Chypre hérita d’une partie de leur clientèle; mais, jusqu’à la fin du Moyen-Age, la Syrie, et en particulier les disticts de Damas et de Tripoli,® continuèrent à envoyer en Europe du sucre sous toutes les formes, sucre en pains,® sucre candi, sucre en poudi-e.

* Alb. d’Aix, p. 270; Jacq. de Vitry, p. 1076, 1009; Burcbard., p. 87.

* Le seigneur de Tyr se faisait de gros revenus avec ses plantations de canne d sucre: Burcbard., p. 24.

' Taf. et Tboni., II, 368; Strehlke, p. 9, 28; Cartulaine du S. Sépulcre, 1. c. Dans le Woekenblatt der Johanniterordau- BaUcy Brandenburg, 4* année (1863), p.

111, U. Bosen dit que le mot arabe Massera avait i l'origine la signification d’une localité où d'un appareil où se faisait l'opération de presser ou d'écraser, et qu’on l’a employé plus tard pour désigner la quantité de matière pressée que peut livrer l’appareil en une fois. Sous la domination ftanque, on employait le même mot pour les presses & l’huile ou à vin (pressoir): Taf. et Tbom., Il, 380; Paoli, Cad. dipl., 1, 39. D’après H. Bosen, le mot Massera s’emploie encore de nos jours en Syrie pour désigner le moulin où se fait l’huile de sésame, et, en Espagne, on appelle Almasara un moulin à huile.

Dozy et Engelmann, p. 61; Dozy, Gloss, de l’éd. d'Edrisi, Dttcr. de l'Afrique, p. 345 et s.

* Michaud-Beinaud , Bibliothèque de»

rroieades, IV, 126.

‘ Huillard-BréhoUes, Hi»t. dipl. Prideriei II, T. V, pars 1, p. 574. La demande était adressée au maréchal Biocardo Filangieri, alors gouverneur de Tyr au nom de l’empereur.

‘ “Unde per institores ad ultimas orhis partes deportatur": GuilL de Tyr, XIII, 3. Quand une ville telle que Venise avait ù Tyr une nombreuse colonie qui s’occupait elle-même de la production du sucre, le commerce devait nécessairement s’en ressentir.

’ Pegol., p. 49; “Acri di Soria, quando era in mano di christiani. “ Assis, de Jéru»., n, 174, 176; Taf. et Thom., Il, 233.

• PegoL, p. 297, 298, 311, 369 etss.; Uzz., p. 114, 191; Pasi, p. 89, b, 42, a, 81, b. Nous avons déjù prouvé dans les notes précédentes, par des citations empruntées & des voyageurs, que la canne à sucre était encore cultivée en Syrie longtemps après la fin des croisades.

‘ D est vrai que ce sucre en pains était de la plus mauvaise qualité: c’est, du moins, ce qu'affirme Pegolotti, p. 363.

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