III. Produits fabriqués. — Sucre
Après la chute des états latins de Syrie, Me de Chypre,* nous l’avons déjà dit, hérita d’eux en partie: entre autres branches d’industiie qui s’y transportèrent, il faut nommer la culture de la canne à sucre et la fabrication du sucre. Le sol se couvrit un peu partout de plantations, mais la culture se concentra principalement dans les districts de Balfo et de Limisso. Les rois s’en occupaient pei’sonnelleraent et c’était aux environs de Baffo que se trouvaient Icui-s princil>alea exploitations: les produits se vendaient en général à des marchands vénitiens, mais on ne les refusait pas à ceux des autres nations.* Les (^ornaro, grande famille vénitienne, possédaient sur le territoire de Limisso, à Episcopia (Piskopi) de vastes plantations: Ghistele les appelle “le principal chantier de fabrication de .sucre de toute l’île de Chypre";® quand l’Italien Casola les visita (1494), il y vit quatie cents personnes occupées à la fabrication du sucro: les meilleui-s produits .s’expédiaient à Venise.* Les terres des Cornaro étaient limitrophes du casai de Colossi,® propriété des chevaliers de Rhodes qui y exploitaient des champs de cannes à sucre et des raffineries dont le pi-oduit était généralement livré à la maison Martini, de Venise.*^ L’orde de S. Jean possédait encore dans l’île d’autres biens affectés à la même culture.* Le sucre de Chypre s’écoulait en très grande partie en Occident: presque toujours c’est le lieu d’origine désigné du suere en poudre.*
Sous le rapport de l’abondance de la production, l’Egypte l’emportait, à ce qu’il semble, de beaucoup sur tous les autres pays riverains de la Méditerrannée.® Les plantations de cannes à sucre se dévelop-
‘ Ou trouvera un peu plua de détails que je ue puis en donner ici, au chapitre aur “la culture de la cauue à aucre et le commerce aoua les Lusignans," dans Herquet, KonigsgutaUett des Ilauee* Lusignnn (Halle, 1881), p. 166-170.
’ Mas Latrie, l c. , III, 218 — 221; Ohistele, p. 248.
’ Mas Latrie, 1. c., n, 434, 455, 457, 508; Ohistele, 1. c. On envoyait de 14 du sucre & Laodicée et 4 Beyrout: Mas Latrie, H, 373; Casati, La guerra di Ckioggia, p. 188 et s.
* Viaggio a Oerusalemme (éd. Porro), p. 49. Voy. aussi l’extrait du voyage de Capodilisla, dans Mas Latrie, III, 76 et s. ; Landgraf Wilhelma des Tapfertt ton Thüringen Pilgerfahrt , publ. p. J. ü. Kohl,
p. 99, et le pèlerinage du chevalier Haua Bem. von Eptingen, dans le Schueh.
Qeechichtsforacher, VII, 343.
* Stephan von Gumppeuberg, p. 245; Ocorg. Oemnicensis, p. 616; Sanut., Diar., X, 106; Sathaa, Doe. inéd., III, 35 et s.
‘ Mas Latrie, HI, 27, 88.
’ Ibid. II, 499, 500.
• Pegol., p. 64 , 210 , 297 , 364; Uzz., p. 23, 82, 191; Cbiarini, p. Ixxix; Bonaini, St<ü. Pis., III, 591; Arehir. stor. ital., 30 série, XII, 2^ part., p. 126; Mas Latrie, H, 95; IH, 728, 776, 777; Arehie. de l'Orient latin, H, 2, p. 25.
" Calcachandi (op. cit., p. 34 et s.) entre autres, parie de l'abondance de la production du aucre en Égypte.
688 Supplément I. — Articles d’échange entre l’Orient et l'Occident.
paint le long du Nil depuis la Haute- Égypte jusqu’à son embouchure; mais les meilleurs terrains étaient les terres basses arrosées par les branches de Rosette et de Damiette.' Paiiout, dans les villes, dans les campagnes, on rencontrait des constructions spéciales, où la canne à sucre, sciée à l’avance, était écrasée sous de grandes meules tournées pai' des bœufs; à côté se trouvaient de vastes chaudières pour cuire le jus.* Le sucre fabriqué par les bouilleurs remplissait les marchés du Caire* et d’Alexandrie' et était spécialement réputé pour sa bonne qualité.* Nous reparlerons des différentes espèces de sucre fabriquées en Égj’pte quand nous aurons achevé de pa.sser en revue les différents pays du bassin de la Méditerranée où l’on s’occupait de la même fabrication.
Faut-il compter dans ce nombre l’Asie-Mineuie? cela paraît douteux, (îhehab-eddin énumère bien, parmi les produits de ce pays, un sucre d’une saveur parfaite: ni âcre ni trop doux,® dit-il; mais, comme un instant auparavant, il était question de miel, il semble très probable qu’il n’est pas question ici du sucre de canne, mais de la matière sucrée du miel. M. Tafel avait cru retrouver une allusion à des plantations de cannes à sucre en Bithynie, dans un passage du traité de 1204 par lequel les croisés consommèrent le partage de l’empire grec; mais il a dû reconnaître qu’il s’était trompé et substituer la correction servochoriis à la lecture succoriis qu’il avait d’abord adoptée.* Enfin, il est vrai que Pegolotti mentionne le sacre parmi les articles qui se trouvaient sur les marchés de Satalia et de Lajazzo,* mais cela ne prouve rien, d’autant mieux qu’il est démontré que les habitants de Sa-
‘ Edrisi, I, 123, 124 et g., 129, 304; Aboulf., n, 1, 140; De Sacy, CkreMomathie arabe, I, 278; III, 7 et g.; Frescobaldi, p. 82, 34; Sigoli, p. 169; Gucci, p. 282; Lannoy, p. 112; PUoti, p. 347; Simon Simeonig, p.34, 43, 88; Baumgarten, p.39; Harff, p. 83 et g.; Ghigtele, p. 194, 206.
’ Harff, p. 88; Léo Africanug, Deerriptio Afn'ree, AntT. 1666, p. 266, b. On comptait onze presaeg à ancre dana la ville de Hanlaouy, diatrict de Saïd (en amont du Caire), et dix -sept aur lea domainea du naïb Manfi;ou Timour: Ibn Batouta, I, 101; Uakrizi, Hiet. des suUans mamloukg, II, 2, p. 67. A Damiette aurtout, on fabriquait beaucoup de ancre ; voy. Kbalil Dhaheri, dana de Sacy, 1. c., III, 8. et dana Volney, Œuvre», II. 235.
Dana aea notea de l’éd. de Hakrizi, II, 1, p. 8 et a., Quatremère parle dea machinea rotatirea dont on ae aerrait en Égypte pour la fabrication du ancre candi.
’ Edriai, I, 129; Freacobaldi, p. 49; Sigoli, p. 190.
‘ Freacobaldi, p. 27 ; Pegol., p. 66, 364.
‘ Sigoli, p. 190; Boldenaele, p. 249; Haython, Hist. orient., Helmat. 1686, p. 48. C’était pour ne paa le gâter qu’on l’expédiait par caravanea vera la Syrie et la Héaopotamie; Itiner. régi* Hirard., I, p. 390; Makrizi, 1. c., I, 1, p. 37.
• Not. et extr., XIII, 336.
' Tafel, Komnenen und Normannen, p. 56, not. ; cf. Taf. et Thom., I, 476 et a.
" Pegol., p. 42, 44.