III. Produits fabriqués. — Sucre
talia précisément, et ceux de Candelore, sa voisine, s’approvisionnaient en Égypte.* D’ailleurs, étant donnés le climat de l’Âsie-Mineure et la nature du sol, on ne voit guère quelles seraient les parties de ce pays où la culture de la canne à sucre eût pu s’acclimater.
On peut appliquer la même observation à la Grèce continentale: cependant, il paraît que du vivant de Sanuto, c’est-à-dire au commencement du XI V° siècle, on cultivait la canne à sucre en Morée.* Enfin, nous pouvons compter, sans hésitation, au nombre des pays producteurs de sucre, les îles de Rhodes^ et de Candie.^ Ceci nous amène à l’extrême limite des pays compris dans l’appellation générale de Levant, et maintenant nous en savons assez pour diie quels étaient, au Moyen- Age, ceux de ces pays qui fournissaient le sucre à l’Occident On peut les diviser en deux catégories, d’après l'importance de leur production, et placer dans la première l’Egypte, la Syrie et Chypre, dans la seconde, et, au besoin, dans une troisième. Candie, Rhodes et la Morée. N’oublions pas, cependant que l’Occident ne s’approvisionnait pas exclusivement dans le Levant et que le sucre de Sicile ‘ était fort répandu dans le commerce. En effet tous les souverains qui se succédèrent dans nie, l’ois Normands, princes de la maison de Hohenstaufen on de la maison d’Aragon, y donnèrent les mêmes encouragements à la culture de la canne à sucre et à la fabrication du sucre on l’y produisait à si bon marché que les Vénitiens eux-mêmes le préféraient parfois à celui de l’Égypte et de la Syrie.’ Il n’est pas rare de trouver, au Moyen-Age, parmi les articles de commerce, du sucre d’Espagne.* Enfin, vers la fin de cette période, le sucre de Madère vint faire une sérieuse concurrence à tous les autres. C’était l’infant don Henrique de Portugal qui avait introduit cette culture
' Sanut, p. 29.
’ Sanut., p. 24; cf. Bitter, Verbreitung lies Zuekerrohrs, 1. c., p. 400 et 8.
’ PegoL, p. 364.
* Sanut., L c.; extraits des MM: de l’an 1330, dans Mas Latrie, 1. c., II, 136; de l’an 1334, dans Daru, Uist. de Venise; cf. Arehiv. Venet., XVin, 68; Fel. Fabri,
‘ Uzz., p. 94, 166, 191, 196 et 8.; Chiarini, p. Ivüi, b; Pasi, p. 66, b, 119 a, b, 162, b; Rymer, Foedera, VU, 746; Brown, L'arehirio di Venexia, eon riguardo spéciale alla sloria inglese, Venez, e Torino, 1866, p. 286, 288. Pour le sucre de Païenne, voy. Paciolo, Trattato de eompiüi, p. 79 et 88.
" Pirri, Sied, sacra, I, 464; Hugo Falcandus, dans Del Be, p. 284; Huillard- BréhoUes, Hist. dipl. Frideriei U, T. V,
I, p. 674, 589; Capitula regni Sieiiia, éd. Testa, p. 667, 672; Scini, Topografia di Palermo (1818), prove et annot, p. 36, not. 98; üaumont, Voy. de Jérus., p. 106, 117. On trouvera encore d'autres dates dans Bitter, op. cit., p. 401 et ss., et Âmari, Storia dei Musulmani di Sieiiia,
II, 446; III, 786 et s.
’ Bitter, p. 491 : l’auteur n'indique pas sa source.
* De Valence, par exemple; Pasi, p.
186, b; Brown, 1. c., p. 288; de Halaga (Malicba, Maligne): Uzz., p. 59, 191; Warnkünig, Hisl. de Flandre, IV, 347.
690 Supplément I. — Articles d'échange entre l’Orient et TOeciâent.
dans nie, en y envoyant des plants de Sicile, et elle y réussit si bien ‘ que, tout d’un coup, le marché européen regorgea de sucre à un i>oint inconnu jusque là;‘ cette surabondance produisit une forte baisse sur les sucres du Levant, de Sicile et d’Elspagne.’ D’un autre côté, les Portugais se donnaient beaucoup de mouvement pour placer leur marchandise, et, vers 1490, on commença à voir ces produits exotiques jusque dans les boutiques de Gênes ‘ et de Venise.* Peu de temps après, le Nouveau-Monde, récemment découvert, expédiait sur le marché européen du sucre de ({ualité supérieure à tout ce qu’on avait connu jusqu’alors et les paj's de la région méditeiTanéenne, placés dans des conditions inférieures et sous le rapport du climat et sous celui du prix de la main d'œuvre, durent s’avouer vaincus et renoncer à cette industiie.
Il n’entre pas dans notre plan de retracer l’histoire des pi-océdés de fabrication du sucre de canne au Moyen-Age.® Il nous suffit de savoir que l’on connaissait, dans les pays riverains de la Méditen-anéc, les manipulations essentielles du raffinage,’ concentration du jus sur un teu lent, clarification et cristallisation, et qu’on pouvait à volonté faire, soit des pains de sucie d’une blancheur, d’une densité et d’une dureté irréprochables,® soit du sucre candi d’une transparence parfaite. On raffinait le sucre tantôt plus, tantôt moins, d’où la distinction du sucre en trois catégories, suivant le nombre des cuites.* Pegolotti connaissait plusieurs sortes de pains de sucre et les classait dans l’ordre suivant, d’après leui- qualité, en commençant par la meilleure: mncchera (dense.
' Cadamosto, daus Ramusio. I, 08, a.
’ Les barques portugaises portaient le sucre de Madère jusqu'à Péra et même plus loin encore: Saniil., Diar., I, 916; cf. II, 188, 166.
’ Hartm. Schedel, lÂber ehronieantm (Norimb. 1493), fol. eexe; Malipiero, Annali Veneti, p. 631; Sanut., Diar., 1,271; voy. encore Capmany, IV, append., p. 96.
* En 1490, Ludwig Kottengatter, d'Uim, chargea Hans Keller, son domestique, d’acheter pour son compte à 6iov.
Spinola, de Gênes, 460 pains de sucre de Madère, pesant ensemble 3183 livres, au prix de 396 lire: Zeilse/ir. fur Siaatsicifs., 1881, p. 845, 860.
* Sanut., Diar., I, 270 et s., 303, 640; n, 333 et B.; Malipiero, Atinali Venrfi, p. 680, 683, 640, 647.
* Les renseignements ne manqueraient pas pour une étude de ce genre; je me
contenterai de citer; Platearius, Cirra inslatu. p. cclii; Bartbolomæus Anglicus, De proprirlatibun rertim, lib. XVII, cap. 197, De. xuearo; les observations recueillies par Burchardus de Monte Sion (éd.
Laurent, p. 87) en Palestine, par Arnold Harff (p. 83) en Égypte, par Gaumont (p. 117) eu Sicile; enfin, le passage d’Ibnal-Awam (I, 867) relatif à la fabrication du sucre chez les .Arabes d’Espagne.
' C’est l’opinion de M. Hœfer (Hût.
de la ehimie, I, 449): elle est basée sur les données de Bartholomæus Anglicus et de son traducteur Corbichon.
' L’espèce dénommée en tangue arabe laharxed (Edrisi, I, 208) devait son nom à ce que, pour la casser, il fallait employer ta hache llabar).
“ Uzz., p. 166, 191; Pasi, 64, a, b.
65, b, 84, a, 91, b, 114, a; Mas Latrie, III, 220, 232, 497, 686.