‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 210 sur 251 · III. Produits fabriqués. — Sucre · texte numérisé non relu

III. Produits fabriqués. — Sucre

d’un beau blanc, de forme pjTamidale),' caffettino (arrondi an sommet),* hattibillonia (pyramidal, de grandeur vai'iable),* musciatio (grand, aplati au sommet, moins dense et meilleur marché que les précédents, bon pour le petit commerce),* domaschino (le moins bon de tous, tantôt plat, tantôt pointu au sommet).® Le sucre en poudre (polvere di eucchero ou simplement polvere) était aussi moulé en forme de pain au sortir de la chaudière, mais, comme il était trop peu concentré, il manquait de consistance et se réduisait en poussière pendant le transport; on préférait le sucre sec, blanc et en gros morceaux. Nous avons déjà vu que llle de Chypre fabriquait ce produit en grandes quantités et d’excellente qualité. C’était le plus apprécié; puis venaient, par ordre de mérite, ceux de Rhodes, de la Syrie, de Krak* et d’Alexandrie; cette dernière dénomination comprenait probablement celui du Caire,* que certains auteurs nomment à part.” Ün séparait souvent de la partie la mieux raffinée d’un pain, la pointe, qui l’était moins, et on les vendait à part (eamburi et polvere desatnburade).^ A côté du sucre en pain et du sucre en pondre obtenu, comme nous venons de le dire, on trouvait encore dans le commerce le sucre candi: on le voulait en gros morceaux, transparents et finement cristallisés.*® . Le mot candi est originaire de l’Inde et est arrivé en Occident en passant par la Perse et par l’Arabie.**

' Pegol. , p. 298 , 362. Dans ce passage, il est dit que cette espèce était peu connue en Occident, parceque presque toute la production était réservée pour le Sultan (d’Égypte). PasJ la cite cependant souvent comme article d'exportation de l’Égypte; p. 41, b, 54, a, 67, a, b, 58, a, 81, b, 144, a, 160, a; Douet d’Arcq (p. 245 et s., 263) écrit mtuearrai.

'•Pegol., p. 210 , 298, 811, 382; Bonaini, Siat. Pis., III, 591; Douet d’Arcq, p. 215, 220, 246; eaffon, ibld. p. 206, 212; Ordonn. des rois de France, II, 686.

• Pegol., p. 210, 298, 311, 363; Uzz., p. 191.

' Pegol., p. 298, 311, 363.

‘ Ibid.p.298, 311,363; Uzz., p. 114, 191.

° “Cranoo“: Pegol., p. 366 et s. ; l’épithète ''di Monreale" (p. 364) indique clairement qu’il s’agit de la forteresse de Krak (Kérek), située dans le voisinage de Chobek (Hons regalis), au sud de la mer

Morte, et dont le nom revient souvent dans l’histoire des croisades. “Eler8CCo“ (p. 297) est une mauvaise lecture.

' Iji principal source à consulter pour ce qui précède est Pegolotti, p. 364—366; Voy. aussi p. 297.

’ Pegol., p. 297; Uzz., p. 23.

* PegoL, p. 864; Mas Latrie, III, 88, 249.

*• Pegol., p. 364.

" ‘‘Khanda“ en sanscrit, signifie origiuairement morceau: Lassen, Ind. AUertk., I, 272. Il ne faut pas se laisser induire en erreur par l’expression latine "saocharum candidum“, employée au Moyen- Age, p. ex. dans Eymer, Fadera, VII, 238: de même, l’étymologie “Candia", nom de rUe de Crète, est inacceptable. On rencontre, au lien de “Kand", le synonyme “nabat“ en idiome arabo-persan, p. ex.

dans Chebab-eddin, p. 176, 212: voy. à ce sujet Quatremère. Cette substitution nous fait connaître ce que c’est que le 44*

692 Supplément I. — Articles d'échange entre l'Orient et VOccident.

Pendant la fabrication du sucre, toute la masse ne se cristallisait pas; une partie du jus formait une viscosité jaune et épaisse, qu’on faisait écouler ou qu’on retirait de la chaudière à la cuiller.* On en remplissait des tonneaux et on la livrait au commerce sous le nom de miel sucré (md zucaree, zuccara mellita, miel di calamele, meil sucre.) ou de mélasse (mdlaci, mèUas).^

Parfois, on parfumait le sucre en mêlant au jus de cuisson de l’eau de rose ou de l’essence de violette: on obtenait par ce procédé, d’une part le eucchero rosato, sucre rosat, roset vermeil,’^ d’autre part le gucchero viduto, zuccharum violareum etc.^

A l’origine, les médecins ai'abes recommandaient le sucre pour les maladies de la poitrine,** et, à leur imitation, en Occident, on l’emploj'a d’abord presque exclusivement en médecine. Les croisés ne le connurent dans le commencement, que comme remède, et pendant plusieurs générations une partie de celui qu’ils fabriquaient eux-mêmes était envoyé dans les hôpitaux de la Terre-Sainte à titre de dons pour les malades.” C’est pour le même motif que les premiei-s ouvrages de médecine traitent du sucre non -seulement au point de vue de son emploi, mab; aussi au point de vue de sa préparation.* Les apothicaires en étaient toujoui's approvisionnés: il est vi'ai qn’au Moyen-Âge ils tenaient en général en même temps une boutique d’épiceries.” Dans les temps anciens, c’était un article d’un prix trop élevé pour qu’on le prodiguât dans les mets et les boissons ordinaires,* et, sous ce rapport, on y suppléa pendant longtemps au moyen du miel indigène. Cependant, dès le temps des Comnëncs, les Grecs avaient du goût pour' l’eau sucrée.** A mesure

'‘sucre nabeth” du tarif du royaume de Jérusalem (Axsis., II, 170).

‘ Harff, p. 83; Burchard., p. 87; Platearius, Cirea instaiis, p. cclii.

’ Voy. les auteurs cités dans la note précédente, et, en outre, Mas Latrie, II, 499 et s.; III, 497; Piloti, p, 373 , 376; Warnkœnig, Hùt. de Flandre, IV, 348.

’ Pegol., p. 298; Ménagier de Paris, IL 112, 122, 274 (ce dernier passage contient une recette pour le fabriquer).

' Pegol., p. 298. M. Francisque Michel, 1. c., p. 429, cite plusieurs passages oft il a relevé ces noms; il les a trouvé en partie dans des manuscrits. Sur ces deux compositions, voy. Amoldi Villanovani, 0pp., Basil., 1686, col. 427—438.

* Les plus anciens exemples connus sont cités dans Ritter, 1. c., p. 378.

* Strchlke, Tab. ord. teuton., p. 9, 28, 69; Rozière, Cariulaire du S. Sépulcre, p. 277.

’ P. ex. Platenrius, 1. c.; M. Francisque Michel (1. c., p. 783) cit-.' d'autres exemples.

* Joh. de Garlandia, IHetionariup, éd.

Schéler ( I.exieographie lot. du XO^ et XIIP siècle), p.2S\ FlUckiger, XSrdlinger Register, p. 16, 19: voy. plus haut ce qui a été dit à propos du fanid.

* Rogers, Hist. of agriculture and priées in England, I, 633 et s., 641; Leber, p. 78; Hirsch, Danxigs Handelsund OeicerbegeschieJite, p. 246.

“ Eusthatius, Manuelis Comneni lmp.

laudatio funebris, dans les 0pp., éd. Tafel, p. 209. Dans ce passage, Enstathe transforme le nom du sucre en xàÀauiK, mais il connaît le véritable nom et l'écrit,

IJI. Produits l'fibrif/urs. — Tisstis. 693

que le sucre devint moins cher, l’usage des fruits confits et des autres sucreries devint plus général.' Cependant jamais, tant qu’on ne connut ni le café ni le thé, le sucre ne fut un article de consommation journalière indispensable comme il l’est devenu de nos jours.

Tissus.

Dans les [)agcs qui vont suivre, nous nous proposons d’étudier les produits de l'industrie des textiles au ix>int de vue spécial des échanges entre l’Orient et l’Occident. Mais, avant d’entrer dans le détail et tout en faisant des réserves en faveur de nombreuses exceptions, nous pouvons poser tout d'abord en thèse générale et comme un fait incontesté, que le commerce des tissus donnait lieu à deux courants en sens inverse, l’un d’Orient en Occident pour les tissus de soie et de coton, l'autre d’Occident en Orient pour les tissus de laine et de lin. Nous nous occuperons d’abord des produits de l’Orient et de leur importation en Occident

Pendant les premiers siècles du Moyen-Âge, chez les peuples de race romaine et germanique, les laïques se permettaient rarement le luxe coûteux des étoffes de soie. L’Église, au contraire, déployait, sous ce rapport, un faste pompeux. Rome, naturellement, donnait l’exemple. Tout ce qui se faisait de plus beau comme tissu et comme modèle se trouvait là et les magasins de la ville tenaient à la disposition du monde de l’Occident un choix varié d’étoffes de soie ou même d’ornements d’église et d’habits sacerdotaux tout faits. IjC Liber potUificalis renferme tous les détails désirables sur la nature et l’origine de ces ornements. Les dessins tissés dans l’étofife des ornements et des tapis de cette époque, lions et éléphants, faisans et paons, griffons et basilics, présentent un caractère oriental tiès marqué.* Cependant, comme les Grecs n’aimaient pas moins que les Arabes ce genre d’ornementation, et comme, d’autre part, dans les des.sins auxquels nous faisons allusion en ce moment, l’imitation de la nature entre pour une part tout aussi grande que la symbolique chrétienne,’ le fait seul de la représentation d’animaux dans les dessins ne suffit pas comme preuve que ces étoffes aient été fabriquées en pays chrétien ou en pays musuiman. A cet égard les noms sont les plus sûr’s indices, et, dans le nombre de ceux que les sources donnent à ces étoffes, il en est un qui décèle d’une manière certaine une origine sarrasine. Je ne parle pas ici de l’épithète

dans uu autre passage lOfip., p. 163), tel * lÀber ponlif., éd. Vignoli, II, 241,

qu’il doit être: 265; III, 14, 38 et s., 71, 272.

' Leber, p. 74, 76, 77, 92, 99; Mena- ’ Bock, lAturgitehe OtKünder, I, 9, 11.

ijier de Paria, dans les passages déjà cités.

694 Supjtlémcnt I. — Articles d'érhnmje entre l'Orient et VOcciiient.

•“de Tyr“ que le Liber pontificalis emploie dans la description de certaines étoffes; ce n’est point une indication d’origine; cela signifie simplement qu’il s’agit d’une étoffe ponTpm' Mais tout autre est la signification d’une autre épithète moins commune: “d’Alexandrie"; car si l’étoffe ainsi qualifiée n’avait pas toujours été fabriquée à Alexandrie même, elle avait tout au moins été achetée dans cette ville. Au reste, la plus grande partie des étoffes emploj’ées à la confection des ornements d’église provenait bien de l’Orient, mais de l’Orient chrétien. Les croix, les tableaux complets représentant des traits de l’histoire ou de la légende des saints, que l’on voit au milieu des figures d’animaux et des arabesques, sont un signe originel infaillible. En outre, toutes les étoffes de soie sont classées sous des noms grecs: la pourpre est souvent appelée Blatthin byzantin {blatta, BXcctrla).* Sarrasines ou grecques d’origine, ces étoffes de soie arrivaient à Constantinople, d’où les mai-chands amalfitains et vénitiens les emportaient à Rome: nous avons vu qu’en dépit des ordonnances qui réservaient les qualités les plus fines pour l’empereui' et en prohibaient l’exportation, ces marchands savaient s’en procurer. D’ailleurs, avant le grand schisme d’Orient* et, plus tard, dans les moments où il semblait se faire un

rapprochement entre les deux églises,* les papes reçurent en présent

des empereurs byzantins bien des pièces de magnifiques étoffes destinées k décorer les églises de Rome. D’autre pai-t, pendant la période où l’hérésie iconoclaste était maîtresse de Constantinople, les tisserands en soie de la Grèce, réduits à mourir de faim, émigrèrent à Rome; ils y importèrent des traditions qui se conservèrent pendant longtemps, et Rome eut des ateliers où les papes pouvaient faire fabriquer, sous leni-s yeux, des ornements, des nappes d’autel, des tapis de soie.

Importé à Rome pai- des Grecs fugitifs, l’art de tisser la soie pé-

nétra en Espagne à la suite des Arabes conquérants, et il y atteignit un tel degré de prospérité que, dans la seule ville d’Alméria, on comptait jus(iu’à huit cents métiers.* Cette industrie eut également un ccr-

‘ J»cq. de Vitrs’, p. 1072: “Tyrii primi dicuntur ex murice tinxisse purpuram, uode pretiosior purpura hodie Tyria appellatur." Cf. Guil. de Tyr, XUI, l'.

’ lAb. pontif., II, 258 , 308, 329, 3.34 —339, 848, 846 J III, 20, 28 , 53, 57, 68, 272. Voy. le vers “Cocco bis tinctos Urbi dat Onecia pannos", dans Mabillon, Vetera anateeta, p. 370. “Triblat de Grèce": voy. Schuitz, Hofiaehet lAben, I, 280 et B.

* LVm]>ereur Michel III, piir uxeuiiile.

envoya nu pape “vestem de purpura imperiali": Lib. pontife III, 167.

* Michel l’aléologue lit don au pa|>c d’un “Dorsale" couvert de fi/fures: voy. Labarte , Hiat. des arts indiislriets au moyen-âge et à l’époque de ta renaissanee, IV, Paris 1866, p. 341 et s.

‘ Edrisi, Ikscr. de l’Afrique et île rEsjmgne, cd. Dozy et üoeje, p. 240. Pour ce qui concerne les Baléares, voy. Gesta liieardi I. éd. Stubbs, II, 122. Les soieries

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