‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 22 sur 251 · C. III. TrébiBonde · texte numérisé non relu

C. III. TrébiBonde

identique avec la date de 1319, il a admis que ce dernier n’était que la reproduction littérale de celui de 1303; dans le fait, les deux textes sont identiques, mais il n’y a qu’une date vraie, c’est celle de 1319. Pour le prétendu traité de 1306, il n’a pas davantage existé. Suivant M. Joseph Muller, il aurait été conclu par Giacomo Gussoni au nom du doge Pietro Gradenigo et de la République.* En citant ce traité, il prétendait s’appuyer sur les documents rassemblés par M. Tafel; j’ai en cette collection sous les yeux; or, dans la pièce en question, il n’est fait mention ni de doge, ni d’empereur, reste donc seulement la question de date et celle-ci est, non pas 1306, mais 1396. Donc, le plus ancien diplôme connu, accordé par un empereur de Trébizonde aux Vénitiens, est et reste celui de 1319. Ce diplôme, remis, en 1319, par l’empereur Alexis n à Pantaléon Michiel,’ ambassadeur de Venise, a. d’ailleurs, ce caractère pai-ticulier, qu’il pose les bases d’une situation nouvelle; on y voit que l’empereur accorde pour la première fois aux Vénitiens l’autorisation d’organiser une relâche (scalam facere) à Trébizonde comme les Génois; il leui' assigne pour la première fois un terrain pour la construction d’un entrepôt, d’une église et de maisons d’habitation; il leur permet, enfin, d’établir là un baile jouissant des mêmes attributions que ceux de Remanie. On ne peut, par conséquent, faire remonter qu’à la date de ce diplôme, tout au plus, l’ouverture du service de navigation desservi par les “galeœ Traj)egunda“, service dont il ne nous est malheureusement plus possible de suivre la trace autrement que dans les tables des matières des livres perdus des MisU.’' Nous devons également admettre que les Vénitiens ne commencèrent pas avant cette date de 1319 à jeter les fondements de leur colonie de Trébizonde: efiFectivement, ce fut seulement entre 1320 et 1322 que le Sénat envoya au baile de cette résidence une somme de cent livres pour la construction d’une loggia, d’un fondaco et de maisons d’habitation.‘ Il résulte de la description contenue dans le texte du traité que ces constructions furent élevées, tout au moins en partie, sur le terrain cédé par l’empereur aux Génois en 1300 et repris par lui en 1316. Il est impossible de ne pas reconnaître dans le Londocastrum du document (mauvaise variante: Bondocastrum) le Château des Lions (Leontocastron). Nous

* Sitxungsberiehte der Wienrr Âkad., Philos, hùt. Cl., Vn, année 1851, p. 334.

’ Ce diplôme a été publié dans le supplément du Diseorso sulle relaxioni rommerciali dei Veneiiani con l'Armenia t son Trebismxda, de Canestrini ; Arch. slor. ilal., App., IX, 374 — 378; dans U Coll, des doe. inéd., mél. hùt., IH (1880), p. 83

et 88.; et enfin dans Taf. et Thom., IV, 122 et SS.

’ Arehir. Ven., XVH, 268, 259, 261; XVm, 43, 329—332, 336—338; XX, 296; Commet», reg.. Il, p. 100, n® 666.

* Ibid. XVIU, 327: “pro faciendo ineipi lobiam, fonticum et domos.“

102 Detixième période. — IL Développement du commerce du Levant.

verrons que ce fut la cause d’un conflit entre Venise et Gênes. Le premier baSe des Vénitiens à Trébizonde fut Giovanni Sanudo; on peut l’admettre sans hésitation. Le doge Giovanni Soranzo le chargea, en 1 320, de lever sur chaque membre de la colonie un impôt de quinze sols pour cent de son avoir: conformément à ses instructions, Sanudo employa un tiers de la somme ainsi perçue à la construction du nouveau quartier (pro laborerio cavasere — du caravansérail — causa laborandi domos); quant au reste, il en remit une partie, pour ses frais de route, à Michèle Dolfino, ambassadeur de Venise, au moment de son passage à Trébizonde pour se rendre à Tauris, et une autre au marchand Giovanni Priuli, pour l’aider dans son commerce, et à condition de rembourser au bout de deux mois capital et intérêts entre les mains du doge.‘ De tout ceci il ressort: d’abord, qu’à cette date la colonie en était encore à construire ses édifices d’intérêt commun (cavasera) et ses habitations privées (demi);* en .second lieu, que, bien qu’elle ne fût pas encore sortie de sa période de formation, elle dut contribuer aux frais occasionnés par les démarches à faire pour ouvrir le trafic avec la Perse, ce qui était d’ailleurs assez naturel, puisque les Vénitiens résidant à Trébizonde devaient être les premiers à en profiter. Mais revenons à notre diplôme, nous n’en avons pas encore épuisé la matière. Nous y voyons qu’ Alexis place les Vénitiens absolument sur le même pied que les Génois. Comme ceux-ci, ils sont autorisés à se servir de leurs propres poids et mesures, à avoir des courtiers de leur nationalité, et les taxes imposées au commerce des deux nations doivent être, dorénavant, exactement identiques. A ce sujet, il est d’abord parlé des marchandises que les Vénitiens apporteront sur leurs navires. S’ils les réexportent par caravanes vers l’intérieur de l’Asie, le droit de transit sera fixé à 20 aspres® par charge de bête de somme. S’ils les importent dans l’empire pour les y vendre, l’état prélèvera, tant sur le vendeur que sur l’acheteur, une taxe variable, suivant que l’acheteur sera ou non un sujet vénitien, ou suivant que l’article se vendra au poids ou à la mesui-e. En cas de

' Taf. et Thom., IV, 171 et b. (Commem. reg., I, p. 226, n® 255). L'expression cavasara ou cavaiseta ne se rencontre que dans cette colonie: voy., en dehors du passage cité ici, Archiv. Vend., XVIII, 330, 334, et une charte inédite de 1344, qui sera cité plus loin.

’ Un détail corrélatif ü ces faits est l'ordre donné, en 1322, au consul de Ve. nise à Tana, d’envoyer de l'argent au

baile de Trébizonde pour les travaux de fortification de la citadelle: Canale, Délia Crimea, H, 443 (extr. des registres des Misii).

* 28 aspres, suivant Pegolotti, p. 13; ce chiffre était sans doute celui de la taxe applicable aux non-privilégiés: suivant le même écrivain, il y avait encore é ajouter une taxe supplémentaire d'un aspre pour 1e consul.

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