‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 212 sur 251 · III. Prodiiit,<i fahriqué.<t. — Ti.<tsiis · texte numérisé non relu

III. Prodiiit,<i fahriqué.<t. — Ti.<tsiis

kand.' Plus à l’ouest, Bagdad avait des ateliers où l’on fabriquait les deux étoffes: des pièces sorties de ces ateliers furent envoyées en présent à Ogotaï-khan.’ Elles étaient très répandues dans le monde musulman. Ibu Batouta eut occasion d’étudier la fabrication du nakh à Nichaponr et le vit en usage à la cour du khan du Kiptehak: à Éphëse, on lui fit cadeau d’une pièce de cette étoffe.* Ce dernier détail indique qu’elle se fabriquait aussi en Asie-Mi neurc. C’est, en effet, avec Chypre, la provenance indiquée pour une partie des nakhs poités dans les comptes de la coiu- de France.* Le trésor de la cathédrale de Prague possédait un gi'and nombre d’ornements faits avec cette étoffe, mais les inventaires n’en mentionnent pas l’origine.*

Sciamito (Samit); le nom primitif était ièafitrov: il est impossible de parler de cette étoffe sans faire un rapprochement avec celles que Hugo Falcandus nomme amita, dimita, trimita:^ toute la différence entre ces diverses étoffes et Vêèâfjiixov résidait dans l’épaisseur: pour cette dernière, le tisserand ne ménageait pas la matière première, afin de lui donner plus de corps. Le sciamito était donc une étoffe de soie louide et épaisse:’ elle était aussi très chère; c’était un luxe que l’Église ou les classes les plus élevées de la société pouvaient seules se permettre: c’était un beau cadeau à offrir. Son véritable pays d’origine fut la Grèce: nous avons constaté qu’on la fabriquait, k une époque déjà très reculée, dans File d’Andros. Des échantillons de ce tissu fui-ent envoyés en cadeau, de Grèce, à la cour impériale d’Allemagne entre autres.* A la prise de Constantinople, en 1204, les croisés tranvèreut dans le butin une glande quantité de satniz;^ en 1210, l’archevêque latin de Patras promettait à l’abbaye de Cluny de lui faii-e chaque année hommage d’un “examitum optimum''."^ Mais les "samisde Komanie"'^ n’étaient pas les seuls connus en Occident: on en recevait

‘ C'Iieref-eddiu, Hûl. de Timour-bec, U, S4.

’ Uarco Polo, p. 48; Yule, Marco Polo, I, 62; Bretschneider, Notices of the medieral geography and histnry of Central and Western Asia, p. 214.

* Ibn Batouta, II, 306, 388, 422 ; III, 81 .

* Douet d’Arcq, 1. c., II, 8, 18, 78; c'était l'un dea articles spéciaux du marché de Famagouste: Pegol., p. 65.

’ Bock, Oesekichte der liturgischen Getciinder, II, 46 , 283 , 312 et ss.; III, 62, 170, 172, 173. V. des citations empruntées à d’autres inrentaires, dans Michel, I, 261.

‘ Del Ile, Cronisti Nap., I, 282.

’ Michel, I, 106—198; Douet d’Aixq, Comptes de l'argenterie, I, xxiv et s.

' Arnold. Luhec., dans Pertz, SS., XXI, 120; Jaffé, Bihl. rer. germ., I, 465, 650.

“ Geoffroy de Villehardouin, dans le Jteciieil des hist. de la France, XVIII, 462.

'• Bibliothèque de l' École des chartes, 2» série, V, 308 et ss.

" Michel, I, 208. Clareuza était le marché des samits fabriqués dans la Morée : Pegol., p. 107; Uzz., p. 89.

7fK» Supplément I. — Artirtes (t échange entre TOricni et VOcrntent.

cncoi-e d’Acre. de Beyrout, de Laodicée, de Damas et d’Alexandrie,* car les Arabes de Syrie et d’Égypte avaient appris des Grecs les procédés de fabrication de ce tissu. Les tisserands chypriotes se les approprièrent à lenr tour: les samits exportés du pori de Famagoustc étaient des articles indigènes: c’étaient même des articles fabriqués sur place, jusqu’au jour où l’industrie du tissage et de la teinture fut tout entière concentrée à Nicosie.*

Siglaton (ou, en supprimant le suffixe, Siklat): c’est, comme samit, un nom dérivé du grec; la i-acine est cyclas, mot qui désigne un vêtement de femme, de forme aiTondie. Le tissu connu sous ce nom était une loui-de étoffe de soie damassée; à la fin du Moyen-Age, elle était d’oi-dinaire brochée d’or, mais c’était une innovation. Les Orientaux la teignaient presque toujours en bleu foncé, les Occidentaux en rouge vif.* Les principaux centres de fabrication étaient Bagdad et Tauris:* les tisserands aiabes d’Alméria,* en Espagne, en faisaient aussi: néanmoins, il est certain que la Pei-se en fournissait une certaine quantité à l’Occident.

Taffeta. Ce nom à lui seul décèle déjà une origine pemne (en peisan taftah ou teftèh).* Effectivement, Clavijo nous apprend qu’on trouvait sur les marchés de Tauris, de Soultanièh et de Samarkand des "tafdanes“ fabriqués dans le pays même.’ A la fin du Moyen-Age, cette étoffe se répandit de plus en plus en Occident.* Chypre sei^’ait jauitétre d’intennédiaü’e pour l’écoulement de cet article.®

Tartarictts pannus (tartnire); ce nom se rencontre fréquemment dans les livres de comptes de la cour de France et dans les inventaires des trésors des églises d’Angleterre et d’Italie;*® il désigne une belle étoffe, décorée, dans beaucoup de cas, de raies d’or ou de figuies d’ani-

' Pegol., p. 56, 59, 77, 78; Michel, I, 1.59 et s.

’ Pe^ul., p. 86; Pasi, p. 142, a; Mas Latrie, lîül. de Cliyi/re, III, 244 , 490. 497, 535.

’ Karabacek, l.'eher riiiige Betiennunge»

miltelaltcrlirher Oeicehe. I, 2—11; Michel, 1. c., I, 220 et .Schultz, Pa» hofinche I^ben. I, 263 et a.

* Michel, I, 233 et s.; Yaqout, p. 183. Il y avait 5 Acre des dèpdts de cette étoffe: voy. I, 311.

* Michel, I, 233.

“ Dévie, Dictionnaire des mots franc, d’oriÿ. orient., p. 214.

’ Clavijo, p. 109, 114, 190.

" Michel, II, 237 et ss.; Chiariui, p.

xviii; Peruzzi, Conim. e baneh. di Firenxe, p. 382; Coll, des doc. inid., mil. hist., III, 196.

’ “Pannus tafta“; Actes notariés de Chypre: Arch. de l'Oi'. lot., U, 2. p. 29.

Douet d’Arcq, I, p. 828, 406 ; II, 2, p. 2, 4, 5, 6, 13 etc. ; /tirent, de Charles V, p. 363 et 88., 389 et s. ; Mon. Hong, hist., Acta ccctera, I, 244 , 252; Minier! Ricciu. Saggio di cod. dipl., 8UppI, 2* part., p. 101 et 88.; Archir. stor. rom., VI, 12, 32, 36 et 8., 40 et 8., 44 — 46; Bock, Qesch. der liltirg. Getcdnder, H, 92, 118; III, 60, 194.

J II. Produits fabriqués. — Tissus.

maux.' On sait que l’empire des Tatars s’étendait depuis la Crimée jusqu’à la Chine; il serait difficile de déterminer les parties de ce vaste territoire où l’on fabriquait le tissu en question. Les grands personnages de la Chine portaient des vêtements faits de tartaire, de mmocas ou d’autres étoffes aussi précieuses.*

Zendado (cendal): sorte de taffetas fait d’une soie plus ou moins fine. L’origine de ce nom* et le lieu où ce tissu lut fabriqué pour la première fois sont également douteux.* Au cours de leurs voyages, Marco Polo et Clavijo passèrent par diverses villes où on le fabriquait, le premier en ('bine, le second en Perse.* On s’est demandé si, avant de savoir le fabriquer eux-mêmes, les Occidentaux en faisaient venir par 'fauiis et Soultanièh, ou peut-être par la mer Caspienne et Tana,® mais le fait est douteux. Les romans de chevalerie français en parlent comme d’un produit de Tyr et de Candie:’ d’après Pegolotti, on le trouvait sur .les maichés de Constantinople, de Satalia et de Famagouste, et, dans cette dernière ville, il se vendait comme article indigène.® Il était très répandu en Occident,* où l’on en faisait, notamment, des bannière.s, des tentes et des c.ouvertures.

Zdani. Ibn Batouta nous apprend que c'était de la ville bien (Mnnue de Zayton (Tsuen-tchéou-fou, prov. de Fo-Kien) que sortait le “satin" de qualité supérieure dit Zeitounijjah."* Cet article était connu et recherché dans une grande partie de l’Orient Ibn Batouta en vit personnellement arriver à la fois cent pièces, envoyées en présent, de Chine à la cour de Delhi:” quand le Persan Âbderrazzak fut reçu en audience pai- le roi de Bisnagor (dans l’Inde), le prince était vêtu d’une robe faite en satin de Zayton et assis sur un coussin recouvert de la même étoffe.” D’autre part, Clavijo vit à Samarkand et à Tauris des étoffes de soie d’une grande finesse, appelées “setunis“, qui arrivaient dans ces deux villes par l’intermédiaire du commerce; mais on en fabri-

' Michel, n, 167 et as. ; Douet d’Arcq, II, p. iii.

’ Lirre de l' estât du grant Cnaii, p. 67 ; cf. Yule, Mareo Polo, I, 269.

’ Michel, I, 219 et a.; Yule, 1. c.. Il, 5; Dozy et Engelnuum, Glossaire, p. 378.

* L’fle d’Andros eat citée déjà, à ce point de vue, k partir du commencement du XII* aiècle, voy. vol. I de notre étude, p. 247, et Oay, Gloss., I, 295; Schultz, Dos hôfisehe Lebett, 1, 266.

‘ Marco Polo, p. 352, 370 , 457, 654; t'iavb'o, p. 114; cf. p. 109, 190.

“ Lea “cendaua de Bousie" uommAa dana Michel, I, 209, pourraient bien avoir auivi cette voie.

’ Michel, I, 202, 208.

* Pegol., p. 18, 42, 66.

• Ibid. p. 99, 114, 212; üzz., p. 6—8; Capmany, II, 8, 17; Douet d'Arcq, I, p. xiii et a., 367 ; H, paaaim ; IneeiUaire de Charles V, p. 344; Coll, des doe. inéd.. mil. kist., m, 338, 350, 582.

'* Ibn Batouta, lY, 269.

“ Ibid. p. 1.

” ElUot, Hist. of India, II. 118, 120.

70U SuppUment I. — Articles d’ échange entre l’Orient et l'Occident.

quait aussi dans le pays même, aux environs de ces deux villes.^ Le mot Zeituni, qui n’était d’abord qu’une épithète employée pour désigner le satin de Zayton, était donc devenu un nom propre, spécifiant une étofie de soie d’une espèce particulière, quelle qu’en fût l’origine, et alors même que ce n’était qu’une imitation du satin sorti authentiquement des ateliers de Zayton. Les Castillans nommaient setuni et les Italiens eetani une étoffe qu’ils tiraient d’Alexandrie.* Cette étoffe était-elle un article chinois authentique, venu à Alexandrie par voie de l’Inde, ou seulement une imitation fabriquée à Alexandrie même? Nous ne pouvons plus le savoir; mais il est certain qu’il s’agit du même tissu, et ce qui le prouve, c’est l’épithète raso, accolée par Uzzano au mot eetani dans l’un des passages que nous avons cités.* En effet, raso est synonyme du mot arabe atlas* et le tissu de Zayton rentiait dans la catégorie des atlas (satins). D’un autre côté, il est extrêmement probable* que le nom français satin est, grammaticalement et matériellement, synonj'me des mots eeUuni, setuni, eetani. Au Moyen-Age, il n’était pas une maison tant soit peu considérable qui n’eût un approvisionnement de pièces de satin de toutes couleurs et de toutes nuances; c’était de tout temps une étoffe très appréciée pour sa richesse, et on la voulait souvent brochée d’or.®

Nous avons énuméré les diverses étoffes de soie d'origine oiientale qui s’importaient en Occident: passons de même en revue les quelques autres tissus de qualité moins précieuse, que le commerce allait chercher dans les mêmes paj's: nous procéderons comme pour les soieries, par ordre alphabétique.

Boccasino: c’était une simple toile de lin, mais les tisserands égyptiens savaient lui donner une telle finesse et un tel brillant, qu’on pouvait la prendre pour de la soie:* on la frbriquait aussi en Chypre.®

* Clavÿo, p. 182, 190, 191, 2U.

» Uïz., p. 107, 108, 163, 171 ; cf. Laborde. Les dues de Bourgogne, ni, 153.

* Uzz., p. 108: Toy. Ooll. des doe. inéd., I. c., p. 153: “brachia 29 cetanini raxi cremexini". Dana un document eapagnol publ. par U. Fr. Michel, on trouve une expression analogue: “Aceytuni raso".

* Michel, II, 222 et s. La signification primitive du mot Atlas est “chauve": voy. Kremér, OuUurgeseJi. des Orients, II, 339.

® M. Yule avait d^à émis cette opinion dans son Oailutg, II, 488; il la re-

produit d’une façon plus affirmative dans son éd. de Marco Polo, II, 189 et s.

* Michel, II, 220 et as. Les formes "satanin“ et “soudanin" paraissent être des diminutifs dérivés de l’italien “zetanino“.

' Frescobaldi, p. 45 et s. ; Sigoli, p. 177, 218. On trouve l’expression “Pnckenschin de Nazareth", dans Un rogage d Jérusalem en 1444, puhl. par M. Birlinger dans Herrig's Àrehir, XL, 306.

' Mas Latrie, Hist. de Chgpre, III.

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