C. III. Tr&)ie<mde
moins justifiée qu’à un moment donné les fortifications projetées pourraient leur être tout aussi utiles qu’aux Vénitiens eux-mêmes. Le doge de Gênes accueillit favorablement la réclamation de l’envoyé vénitien et, tout en faisant ses réseiTes quant aux droits de sa nation sur le terrain contesté, il expédia à ses compatriotes l’ordre de ne pas mettre davantage obstacle aux travaux de terrassement entrepris par les Vénitiens.'
Les Génois, de leur côté, n’avaient pas renoncé à tirer vengeance du massacre des colons francs et à obtenir la restitution de leur ancien quartier du Léontocastron. En 1348, ils s’empalèrent par force de Cérasonte, la deuxième ville de l’empire, la livrèrent au pillage et la réduisirent en cendres:* l’année suivante, deux navires de guerre, paitis de Caffa, vinrent se présenter devant Trébizonde même et offrir le combat à la marine impériale: bien que victorieux dans cette affaire, ils se retirèrent sans même tenter un débarquement (le furent les Francs habitants de la ville qui expièrent cette tentative: leurs maisons furent pillées et eux-mêmes jetés en prison. Mais, un mois après, les Génois se montraient de nouveau sous les murs de la ville: cette fois, ils amenaient trois galères de Caffa et une barque d’Amisos (Samsoun): l’empereur Michel alors régnant était affaibli par l’âge; effrayé par ce déploiement de forces, il céda. Remis par lui en possession du Léontocastron (1349), les Génois le conservèrent depuis lors sans interruption jusqu’à la chute de l’empire.* Dès la même année, la république de Venise envoya en mission à Trébizonde Nicolo Quirini:' ce qu’elle voulait, il est facile de le deviner, cai\ par le fait de la restitution consentie aux Génois, sa concession à elle était réduite, si même eUe ne lui était pas complètement enlevée; mais ces démarches échouèrent. Soit pour ce motif, soit par le fait de la guene acharnée que se firent à cette époque Gênes et Venise (1331 — 1355) il arriva que, pendant tout ce temps, par suite de la prépondérance exercée par les Génois dans la mer Noire, les Vénitiens ne purent plus naviguer qu’avec des vaisseaiuc armés en guerre,* et le
' Instructions pour le notaire, du 20 nov. 1344: Taf. et Thom., IV, 330 et s. Dépêche du même, écrite de Gênes, arrivée à Venise avant le 24 janv. 1345: ibid. 332; nouvelles instructions envoyées en réponse ê sa dépêche , datées du 7 févr., ihid, 332 et s. ; Lettre de Murta pour le réglement de cette affaire et de diverses autres, du 19 févr., ibid. 287 et ss.
’ Depping (1, 130; prétend qu'ils mirent eux-mêmes le feu au quartier qu'ils avaient
dans cette ville : c’est une méprise. On ne trouve nulle part rien qui indi que qu’ils en aient eu un.
" Midi. Pauaretos, dans Fallmerayer, Orig. Fragm., 2’' sect., p. 22 et 8., 51.
* Berchet, Del commercio dei Veneti mil' Asia, p. 103.
‘ Kn 1352, des galères vénitiennes surprirent les navires génois ê l’ancre devant Trébizonde et les brûlèrent: Panorotos, I. c., p. 25, 53.
106 Deujihne période. — IL Développement du commerce du Levant.
trafic entre Trébizonde et Venise subit une longue interruption.' RnfiTi. le gouveraement de Trébizonde ayant fait les premières avances à celui de Venise et prouvé son désir de renouer des relations par l’envoi d’une ambassade (1360),* le doge Lorenzo Celsi envoya Guglielmo Michiel avec mission de saluer l’empereur Alexis III en son nom et en celui du baile de Constantinople, Andrea Quirini (1364), d’annoncer le consentement de sa nation à l’expédition de nouveaux navires vers Trébizonde, et de demander la concession d’un terrain pour sa colonie. L’empereur lui assigna le terrain situé an dessous du monastère de S. Théodore Gabras: en outre, il accorda une réduction (de l®/o) sur le droit d’accise exigé des Vénitiens pour les ventes faites par eux dans l’intérieur de l’empire.* Le terrain assigné n’était nullement à leur convenance, à ce qu’il semble, et c’est peut-être dans ce détail qu’il faut chercher la cause d’une querelle violente qui éclata l’année suivante entre les chefe des colonies vénitienne et génoise, en présence de l’empereur, un jour que celui-ci se trouvait au Meidan avec sa suite, k l’occasion des fêtes de Pâques;* le chroniqueur ne le dit pas, mais on se trouvait sur le terrain disputé et il n’y aurait rien d’impossible à ce que cette pensée eût monté la tête du baile, jaloux du consul, l’heureux pos.sesseur du Léontocastron. En 1367, un nouvel amba.ssadeur, Pietro Dalmer, envoyé par le doge Marco Comaro, arriva à Trébizonde sur une galère bien ai'mée; il obtint de l’empereur le retrait de la précédente concession et la cession de la pointe dite de la Ste. Croix, d’après l’église de ce nom qui s’y élevait; il était autorisé à créer sur ce point un quartier, protégé par une muraille dont l’empereur promit de faire construire à ses frais un pan et une tour, entouré d’un fossé et relié k l’extérieur par des ponts. L’ambassadeur réclama encore un changement dans les taxes imposées au commerce; mais l’empereur maintint fermement les anciens droits de transit et ne consentit qu’à une faible réduction de '/jVo sur l’accise.* Ce qui fait l’importance de ce diplôme de 1367, c’est qu’il mit les Vénitiens en possession du terrain qu’ils habitèrent depuis lors sans interruption jusqu’à la chute de l’empire de Trébizonde. C’était un plateau formant pointe sur la mer, comme le Léontocastron; comme
* 'H in (aie) f^ovvtn.; Twr Btvt-
lixmt ytciTt'navtitr thvni;: ce sont les expressions (lu traité dont il ya être question.
’ Filiasi, Mem. dei Veneti, VI, 2, p. 217 ; cet écrivain cite une chronique de Paolo Morosini, que je n’ai pas pu me procurer.
‘ Privilège du mois de mars 1364, dans Pasiui, Cor/d. mser. Bibl. Taurin., I, p.
222 et SS., et dans Hiklosich et Muller, Acta et diplom. grcee. médit avi, III, 130 et SS. La traduction de l’original grec en latin par Pasini est très défectueuse.
* Pauaretos, 1. c., p. 32, 60.
• Taf. et Thom., inéd. : on trouvera un résumé dans les Commem. reg., in, p. 67, n“ 390.