‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 25 sur 251 · C. IV. La Perse · texte numérisé non relu

C. IV. La Perse

celui-ci, il se trouvait à la partie postérieure en communication avec la rue où s’élevaient, sur deux longues lignes, les magasins de dépôt et de vente des colons. Ces deux quartiers n’étaient point renfermés dans l’enceinte de la ville; ils faisaient partie du faubourg des Jardins; mais ils étaient entourés de murailles et protégés par de fortes tours.* Vues de l’extérieur, elles leur donnaient une apparence imposante à laquelle ne correspondaient déjà plus ni l’activité ni la prospérité du commerce. La péiiode la plus ni brillante dura tout au plus jusqu’en 1340; à partir de cette date, l’empire commence, comme la Perse sa voisine, à montrer les signes d’une décadence qui n’était rien moins que favorable au développement du trafic.

4* La Perse.

L’un des résultats de la destruction de l’empire des califes par Houlagou, khan des Mongols, fut d’enlever à Bagdad et aux villes voisines une grande partie de leur importance. Jusqu’alors, situées au centre de la vie politique et commerciale du monde musulman, elles vivaient en pleine prospérité; à partir de ce moment, la décadence commença. Il est vrai qu’elle ne se produisit pas tout d’un coup; après avoir visité Bagdad, Marco Polo pouvait encore s’étendre en tenues admiratifs sur ses vastes dimensions, sur l’importance de l’industrie des soieries et des brocarts d’or dont elle était le siège, sur l’activité de son trafic avec l’Inde par le Tigre et le golfe Persique,* sans être accusé de répéter une tradition et d’attribuer à cette ville un éclat dont elle n’avait joui qu’à l’époque des califes. Un autre voyageur, qui vit Bagdad au commencement du XIV® siècle, Chemseddin-Dimichki la dépeignait également comme le rendez-vous des navires de la Chine, de l’Yémen, de l'Hind et du Zendj (côte orientale de l’Afrique) venus par le Tigre et des mariniers de l’Euphrate qui lui apportaient les produits de l’Arménie, de l’Aderbeïdjân, de la Grèce, de la Syrie, de l’Égypte et de l’Occident* Au temps de Marco Polo, on ne songeait pas davantage à reléguer parmi les grandeurs passées la coi'poration des marchands de Mossoul, spécialement adonnée au commerce des épices et des étoffes précieuses, qu’elle expédiait au loin.* Le commerce n’abandonne pas

' C'est aioBi que les décrit le castillan Clavijo qui passa par Trébiüondc en 1404, se rendant en ambassade & Samarkand; p. 83, 84 (éd. de Madrid, 1782). Cf. FaUmeraycr, Fragmente, p. 48, 97.

’ Éd. Pauthier, p. 47 et ss.

* Voy. son Manuel de cosmographie.

trad. Mebren, p. 113.

* M. Polo, éd. Pauthier, p. 46 et s.

108 Beurihne période. — IL Développement du commerce du Levant.

tout d’un coup des routes qui relient des pays lointains ; il ne brise pas en un moment des relations solidement établies. Cependant, ces deux grands marchés n’étaient déjà plus seuls: une rivale avait surgi depuis quelque temps. Tauris, autrefois chef- lieu d’une province importante, habitée par une population nombreuse, enrichie par l’industrie et le commerce, avait échappé par une soumission volontaire à la rage de destruction des Mongols; les conquérants en firent la métropole de leur empire occidental. ‘ La population s’accrut dès lors avec une extrême rapidité et bientôt naquit, à côté de la vieille ville, une ville nouvelle qui fut appelée Ghazanièh du nom de Ghazan-khan, auquel elle était surtout redevable de sa création.* En 1305 et pendant les années suivantes, Oldjaitou, successeur de Ghazan, fit construire une deuxième résidence, Sot/Üanièh, au sud-est de Tauris, dans la province d’Irak-Adjemi.®

Ces deux villes acquirent vite une grande importance commerciale. On y trouvait sur le marché, d’abord de magnifiques soieries, des brocarts, des tapis fabriqués à Tauris même,‘ puis un beau choix de pierres précieuses dont elles avaient la spécialité,* et enfin tous les articles imaginables de toutes les parties du monde: Tauris avait effectivement les lelations les plus étendues;* Maico Polo n’en indique que la minime partie quand il dit qu’on y voit arriver des marchandises, d’une part de Bagdad et de Mossoul, d’autre part de Germsir (Cremesor) et de l’Inde.* Le nom de Germsir (traduction littérale: pays chaud) désigne ici assurément le littoral méridional de l’Iran qui s'étend le long du golfe Persique et de l’Océan Indien, et était connu pour la température extraordinairement chaude de son climat;* c’était par là qu’arrivaient dans l’intérieur de la Perse les produits de l’Inde et les perles du golfe Persique. La résidence d’été des khans profitait largement des relations de Tauris; peuplée d’abord de marchands qu’on avait obligés par contrainte d’y transporter leur demeure, elle n’était d’abord, comme place de commerce qu’une création artificielle;* cependant elle prospéra et ses bazars toujours bien approvisionnés acquirent de la réputation.'®

Les produits les plus recherchés de l’empire tatar occidental étaient

* Yaqout, p. 132 — 134.

’ D’Ohsson, IV, 276 et sa.; Rasebiileddin, é<l. Quatremère, p. xvii.

’ D'Ohsaon, IV, 486; Hammer, Oesrhirhie der Itchane, H, 185 et a.

* Yaqout, p. 133; M. Polo, p. 59 et a. ‘ M. Polo, p. 60; Ibn-Batouta, II,

129 et a.

“ Oderico da Pordenone, p. ii, iii; Pegol., p. 7 — 9.

’ M. Polo, p. 60.

• Ritter, Erdk., Vin, 723.

’ D’Ohsaon, IV, 487.

Oderico, p. üi.

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