‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 26 sur 251 · C. IV. La Perse · texte numérisé non relu

C. IV. La Perse

les pierres précieuses, turquoises, rubis, lapis-laxuli, puis les perles du golfe Persique, enfin la soie des côtes de la mer Caspienne et l’indigo du Kerman. L’industrie indigène, particulièrement celle du tissage, déjà florissante l’époque des Sassanides, fabriquait aussi des articles très estimés à l’étranger. Sous ce rapport, la ville de Yezd primait toutes les autres ; ses habitants, presque tous tisserands, travaillaient la plus fine soie du Taberistan; leur habileté était tellement connue qu’on recherchait les étoffes sorties de leurs ateliers dans toutes les pallies de l’Orient depuis la Chine jusqu’à l’Asie Mineure:* ces étoffes portaient son nom* et le répandaient dans tout le monde connu. A côté de ces tissus hors ligne, les soieries et les cotonnades de Nichapour," de Merv,* d’ispahan,® de Chouster,® de Chiraz * conservaient leur antique réputation. Mais une énumération des centres manufacturiers de l’empire tatar occidental serait incomplète si elle s’arrêtait à ceux de la Perse proprement dite, cai' les limites de cet empire s’étendaient beaucoup plus loin à l’ouest et embrassaient encore le Kurdistan, la grande Arménie, la Mésopotamie. Là aussi l’industrie du tissage était florissante: on connaissait partout les brocarts et les cotonnades de Bagdad, de Mossoul, de Mardin, de Mouch et d’Erzinghian.*

D nous serait impossible d’énumérer toutes les villes grandes et petites qui se livraient à cette industrie. Un grand nombre de leurs produits, fabriqués spécialement pour le climat de ces régions ou dans

‘ H. Polo, p. 70; Clavÿo, p. 114; Contarini, p. 70; Oioa. Barbare , Viaggio in Persia, p. 42; Mohammed Medjidi, cité dans Yaqout, p. 611, not Nous verrons plus loin qu'Yezd était située sur une route de caravanes très fréquentée; c’était une ville de commerce importante et ses marchés jouissaient d’une grande réputation: Ibn-Batouta, II, 68,

’ Suivant M. Polo, op. cit., ces étoffes étaient désignées sons le nom de Zasdi.

’ Ibn Haoukal, dans le Journal of Ou Bengal Soeiety. XX, p. 163 et s. ; Isstachri, p. 121; Ibn-Batouta, III, 81.

' Ibn-Haoukal, op. cit., p. 167 ; Isstachri, op. cit.; Yaqout, p. 626.

* Ibn-Haoukal et Kazwini, dans Uylenbroek, Daeriplio Jraca peraietr, p. 6, 28; Edrisi, II, 167; Yaqout, p. 390.

* Isstachri, p. 69; Edrisi, I, 383. Même après que Bagdad lui eut enlevé une grande partie de ses tisserands, Chouster

(Touster) conserva, jusqu’au milieu du XTV® siècle, de florissantes manufactures de velours et de satin; c’est ce que démontre M. Karabacek dans un article des Miitheilungen de» KK. oesterr. Muséum»

für Kunst und Industrie, 15® année, 1880, p. 78 et sa.

’ Clavijo, p. 114.

* M. Polo, p. 37 et 8., 46 , 48; voy. aussi le passage ajouté probablement par M. Polo lui-même, et, en tout cas, emprunté à une bonne source, qui se trouve dans le texte ramusien, éd. Baldelli Boni, p. 32; Yule, p. 57; l’exactitude de ce que dit cet écrivain au sujet de la ville de Mardin est confirmée par les passages d’Ibn-Batouta, H, 143, et de Barbare, Viaggio in Persia, p. 28, b. Ibn-Batouta, n, 294, vante la beauté des étoffes fabriquées è Erzinghian et qui portaient le nom de cette ville.

110 Deuxihne période. — IL Développement du commerce du Levant.

le goût des habitants de ces pays, ne sortaient pas de l’Orient; il n’eût pas été possible de les importer tels quels en Europe. Mais d’autres avaient acquis droit de cité en Occident: nous n’en voulons pour preuve que le grand nombre d’étoffes dont les noms, d’origine orientale, se trouvent dans les documents de l’Europe du Moj'cn-Age et dont nous reparlerons plus loin en détail. En tout cas, la soie grège fut toujours très demandée par les marchands occidentaux, et les riches Européens recherchaient les perles et les pierres précieuses avec la même passion que les Orientaux.

Dès que l’Asie centrale s'ouvrit au commerce, les nations commerçantes d’Occident se hâtèrent d’envoyer des explorateui-s dans les pays qui renfermaient de pareils ti’ésors.* Parmi les Italiens qui se fixèrent â Tauris, le premier nom que nous rencontrons est celui d’un Vénitien, Pietro Viglioni (Vioni). Son testament, écrit à Tauris le 10 déc. 1264, a été conservé jusqu’à nos jours, et c’est à ce hasard qu’il doit d’ouvrir la série.^ Parmi les objets dont il dispose, les uns sont des articles de fabrication occidentale, des draps de Venise, de Lombardie, d’Allemagne et de Flandre (stanforti di Melana = Malines); d’autres sont des produits naturels d’origine indubitablement orientale, tels que des perles et du sucre, d’autres enfin, jeux d’échecs, selles, coupes, chandeliers, verres à boire, sont de provenance douteuse. Tous ces objets n’appartenaient pas en propre au testateur; il semble qu’il fût là plutôt en qualité d’agent d’une compagnie, ou de commissionnaire opérant pour un certain nombre de ses compatriotes. S’il y en avait eu d’autres établis à poste fixe à Tauris et fonnant une colonie régulièrement organisée avec un chef, il serait difficile de comprendre pourquoi Viglioni ordonne que ses marchandises ou les sommes produites par leur vente seront remises en garde au baile vénitien d’Acre; mais il était probablement un des premiers pionniers. D’autres noms connus de commerçants européens établis en Perse nous sont fournis pai- des relations de missions catholiques: c’est une coïncidence qui ne surprendra personne, si l’on se souvient de ce qui a déjà été dit précédemment. Sous le règne d’Argoun-khan (1284 — 1291) protecteur et ami des chrétiens, vivait à Tauris, évidemment en qualité de commerçant, un noble Pisan dont le nom. Joins ou Ozolus, ne nous est parvenu que sous une forme altérée; il prêtait aux missionnaires son assistance matérielle et morale et prenait lui -même part à l’œuvre de

' Nous possédons un témoignage de l'antiquité des relations entre l'Europe et la Perse, dans un ouvrage volumineux, le dictionnaire latin-persan<uman écrit en 1303 par un génois, surtout en vue de

rendre service aux commerçants. Nous en reparlerons avec plus de détails quand nous traiterons des voyages à travers les pays tatars.

’ Arehir. Verni., XXVI, 161 — 185.

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