‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 27 sur 251 · C. IV. La Perse · texte numérisé non relu

C. IV. La Perse

1a mission en cherchant à obtenir des conversions dans son entourage. On a conservé des lettres que lui écrivit, en 1289 et 1291, le pape Nicolas IV,‘ pour le féliciter et lui recommander en même temps des missionnaires franciscains. Si ces lettres avaient été perdues, on ignorerait absolument que les Pisans aient jamais été représentés sur- ce mai'ché. C’est également par des relations de missions que nous connaissons les faits relatifs aux premiers temps de l’apparition des Génois en Perse. Guiilielmus Adæ,* qui fut dans la suite le deuxième évêque de Soultanièh, parle de projets grandioses formés par eux d’accord avec Argoun-khan. Ds se proposaient de créer un port dans le golfe Persique et de détourner vers ce point le courant du commerce de l’Inde: on aurait posté à Âden des croiseurs chargés de barrer la route et d’empêcher les navires marchands d’aller en Egypte par la mer Rouge. Malheureusement, en jetant la division dans les rangs de la population génoise, la grande querelle des Guelfes et des Gibelins la réduisit à l’impuissance et ces beaux projets s’évanouirent*

Ce fut peu de temps après la mort d’Argoun-khan que les trois Polo passèrent par Tauris, au retour de leur voyage de Chine (1293 ou 1294); à cette occasion. Marco Polo ne se fait pas faute de noter qu’il vient dans cette vüle un grand nombre de marchands, Génois pour la plupart, qu’y attirent les beaux bénéfices à faire et les bazars bien approvisionnés en pierres précieuses et autres articles.^ Un peu pins loin, il signale, comme un fait récent, que les Génois ont organisé un service de navigation sui’ la mer Caspienne. Les débuts de ce service et leur apparition à Tauris étaient des faits à peu près contemporains. S’il faut prendre au pied de la lettre les expressions de

’ Mosheim, Hist. eccl. Tartar., app..

’ Dans son ouvrasre inédit: De modo exstirpandi Saraeenos : je n'en connais que les passages qu’a bien voulu me communiquer M. Desimoni, de Gênes; il doit être publié dans le Recueil des hist. des crois., doc. armén., T. II.

* En tant que le but de ces projets était l'abaissement de l’Égypte, ils rentraient dans les vues des khans de Perse; ceux-ci, on le sait, travaillaient sans cesse • a entraîner l’Occident dans une guerre contre cette puissance. Deux Génois étrangers au monde des affaires leur servirent d’agents: le premier se nommait Buscartllo de’ Ohisolfi; il était attaché en qualité de garde -du -corps à la per-

sonne d’Argoun-kban et de Ghazau-kan et fut employé par e\ix à diverses missions diplomatiques en Occident: voy. Abel Rémusat, Mém. de l’Acad. des Inser., VU (1824), p. 113, 362 et ss., 388, 430 et ss.; Hammer, llchane, I, 394 et s., U, 148; M. Polo, n, 777; Atti délia Soc. Lig., m, c., rV, cc.; Oiorv. ligust., 1874, p. 346. Le deuxième, Tommaso degli Anfossi (de Anfusis, surnommé Rancherius, ou, par corruption Banchrui) vint à la cour de Rome en qualité d’ambassadeur d’Argoun-kban et y fit des séjours en 1285 et 1288; voy. Abel Rémusat, Méfn. de l’Acad. des itiser., VII, 358 et s.; Desimoni, Arch. star, ilal., 1878, 4<> série, I, 306 et 8.

‘ Éd. Panthier, p. 60.

112 Deuxième période. — II. Devéloppetnent du commerce du Levant.

Marco Polo, les Génois faisaient passer leurs propres bâtiments dans cette mer intérieure; ‘ pour cela, il fallait Icui- faire remonter le Don jusqu’au point où son cours est le plus rapproché de celui du Volga, les transporter pai' voie de teiTC d’un fleuve à l’autre et enfin leur faire descendre le dernier. Après avoir parlé de ces débuts de la navigation, M. Polo ajoute: “et d’illec vient la soie geele“ (du Ghilan);* ces expressions démontrent que le but poursuivi par les Génois était l’exploitation des côtes méridionales de la mer Caspienne, où la production de la soie se faisait sur une grande échelle. Il n’e.st guère croyable qu’ils partis.sent de là poui' pénétrer au cœur de la Perse, par exemple pour- atteindre Tauris: la constitution géogi’aphiquc et politique du pays “ ne s’y prêtait guère. Le commerce de la mer Caspienne semble avoir eu pour unique objet le commerce de la soie. D’ailleurs, pour arriver en Perse, il y avait des chemins plus commodes que les défilés de l’Elbourz. Nous allons revenir à l’instant sur ce sujet.

La Petite - Arménie d’une part, l’empire de Trébizonde de l’autre, deux pays où ni les Génois, ni les autres nations commerçantes n’étaient absolument des étrangers, étaient reliés à Tauris par des routes de caravanes très fréquentées. Commençons par la route commerciale de Lajazzo à Tauris, celle que suivaient d’ordinaii'c les marchands italiens au temps de Pegolotti. * Cet écrivain en a laissé une description accompagnée d’une longue nomenclatui’e des localités qu’elle traversait et bien faite pour intéresser tous ceux qui s'occupent de l’histoire de la géographie: cependant, jusque dans les derniers temps, on ne lui avait pas accordé l’attention qu’elle mérite. Comme cette route avait son point de départ en Petite -Arménie, deux savants français, qui ont fait de l’histoire de ce pays l’objet de leurs études, MM. Victor Langlois et Edouard Dulaurier ont, il est vrai, consacré quelques lignes au Routier de Pegolotti, mais ils se sont bornés à la partie de la route qui rentrait dans leur- cadre spécial; en dehors de cela, ils se sont contentés d’indiquer quelques points principaux

’ Éd. Pauthier, p. 44: “Et ore nouvellement les marclians de Gennes nagent (c. à d. naviguent) par eeste mer, i>ar nefz qu’ils y ont porté et mis dedens.“ ’ Voy., au supplément, l’articlesurlasoie. ’ Jusqu’en 1306 les princes de Ghilan étaient indépendants: c’est seulement à cette date qu'Uldjaitou-khan les réduisit •sous son obéissance: Hanuner, Qeach. (1er Ilchane, U, 206 et sa.

* PegoL, p. 9—11. D est intéressant

de faire le rapprochement entre cet itinéraire et le commencement de la deuxième route du Cathay indiquée par l’auteur anonyme du Libro tld conosfimenlo de lodos los rcynos; cette route part de Chypre, passe sur le continent en Petite-Arménie, traverse la ville turque de Sivas, passe d’abord l’Euphrate à Argot (’i*), puis l’Araxe, et atteint enfin Tauris i l’auteur se borne é ces indications sommaires (p. 82).

Page 1