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dont la détermination n’ofli'ait aucune difficulté.' Un savant anglais, M. Yule, a fait sur ce routier une étude d’une valeiu: infiniment supérieuie:* moi -même, dans l’édition allemande de cette étude, j’ai fait mon possible pour aniver à éclaircir certains passages, mais, l)armi tous les travaux auxquels il a donné lieu, les meilleurs sont ceux de M. H. Kieimrt. ® Cependant il reste encore beaucoup à faire avant qu’on n’ait fait la lumière sur tous les noms qu’il renferme, d’autant plus qu’une grande paitie de la route en question traverse des pays qu’a rarement foulés le pied d’un Européen. En tout cas, il suffit d’un coup d’œil pour reconnaître que les plus importantes des stations intermédiaires étaient Sivas, Erzingbian et Erzei-oum. Partant de là, nous pouvons diviser la route entière en quatre sections.
Dans la première, nous lisons les noms suivants: AJazzo, Colidara, Gandon, Casena, Gavazera dell’ amiraglio, Gadue, Gavazera di casa Jacomi. Pegolotti passe malheureusement- sous silence les localités que travei-sait le voyageur dans la partie basse de la Petite -Arménie. C'olidara et Gandon étaient les stations voisines des fi’ontières des états l esjæctifs du roi d'Arménie et du khan de l’erse. La première, située sui’ la frontière arménienne, était probablement la forteresse de Gobidar, l’une des plus anciennes possessions des Arméniens dans cette partie de l’Asie-Mineuie, à ce qu’il paraît; mais il est inutile de la chercher sur les cartes modenies, on ne la trouverait pas; elle se trouvait dans la partie de la chaîne du Taurus qui borne la Cilicie au nord.‘ Quant à Gandon, où l’on percevait poui- le khan des Tatars un droit d’entrée de 20 aspres, personne n’a encore pu en déterminer l’emplacement. Pour la station suivante, au contraire, celle de Casena, on peut reconnaître sous ce nom, avec une certitude suffisante, le Coxon des croisés, le Gogison des Arméniens, le Geuksun des Turcs." Poui' bien nous rendi-e compte du chemin parcouru jusqu’ici, arrêtons-nous un instant, pi-enous la carte d’Asie-Mineure de Kiepert, et jetons un coup d’œil sur le terrain compris entre Lajazzo et Geuksun; cet examen nous dé-
' Langloif), Trésor des chartes d’Arménie. introd., p. H7; Dulaurier, Recueil des hist. des croisades, documents arméniens, 1. introd., p. ci.
’ Cathay, U, 299—301.
* Étude sur ritinéraire de l’Asie occidentale, de Pegolotti, par M. Kiciwrt, dans les Silxungsberichic der philos, hist. Cl. der Berlincr Akad., IBSl, p. 901 et 89. (avec- carte).
* Mathieu d'Êdesse, dans la Bibliothèque arménienne, éd. Dulaurier, p. 216, 432; Dulaurier, Chrotiologie arménienne, p. 163; Recueil des hist. des crois., doc. armén., éd. Dulaurier, I, 30; Langlois, Trésor des chartes, p. 63, 97.
‘ Ritter, Asie», XIX, 32 et as., 270 et 8.
114 Deuxième période. — II. Développement du rommerce du Levant.
montre que très probablement, en quittant Lajazzo, les marchands occidentaux longeaient le Djihan jusqu’à Anaba<l; là, ils s’écartaient de ce fleuve pour suivre son affluent l’Anabad-Sou; ce chemin les faisait passer sous les murs de Geben ou Gaban. Précisément, un diplôme de l’empereur Léon II, du mois de mars 1201, nous apprend que les Génois payaient un droit entre les mains du maître de ce château-fort, au passage du Djihan; c’était le point où ils passaient de la rive droite du fleuve sur la rive gauche; puis, ils continuaient leur route le long de l’Anabad-Sou dont le bassin était sous la domination du seigneur de Gaban. De ce bassin, on gagnait Geuksun sans difficulté. * Des trois stations que nomme encore Pegolotti entre Geuksun et Sivas, deux ne sont que de simples caravansérails (gavazera): seule, Gadue, située entre les deux, est une bourgade. Il est extrêmement probable qu’à partir de Geuksun la route s’infléchissait vers le nord -ouest pour atteindre le bassin du Sarus, qu’elle suivait le cours de cette rivière jusqu’à sa source, traversait le contrefort de l’Anti-Taurus et entrait enfin dans le bassin de l’Halys, qu’elle ne quittait plus jusqu’à Sivas.
Deuxième section: Salvastro, Dudriaga, Greboco, Mughisar II est très curieux que M. Langlois n’ait pas reconnu Sivas sous le nom de Salvastro, car cette appellation a beaucoup de ressemblance avec Sébaste, le nom de Sivas dans l’antiquité, et avec le nom de la même ville en
' Jusqu'ici, je n’ai fait que reproduire la description de la route que j’avais donnée dans l’édition allemande de cette étude. Suivant M. Euepert, les caravanes italiennes parties de Lajazzo n'auraient suivi le cours du Djihan que jusqu’aux environs de Misais (Massissa) ; de là, elles auraient fait un crochet au nord, pour atteindre Sis, la capitale de l’Arménie; au delà de cette ville, elles auraient passé par les gorges où coule le Sarus et fini par aboutir, dans la région montagneuse du Kozan, à une station de même nom, la Casena de Pegolotti. J’avoue qu’il m’est difficile de croire que la ville de Sis ait pu avoir un attrait suffisant pour déterminer les marchands italiens à prendre cette direction, car elle ne jouissait que d’une importance commerciale médiocre, et, en tout cas, moindre que celle de Lajazzo, de Massissa et d’Âdana; d’autre part, les défilés du Taurus, au nord de Sis, I:abités
par des tribus qui ne vivaient que de brigandage, furent, de tout temps, la terreur des voyageurs. Enfin, il est impossible de faire entrer dans ce cadre les noms de Colidara et de Casena, tant qu’il subsistera une incertitude aussi complète qu’elle l’est jusqu’ici sur la situation de Gobidar (voy. la note finale de M. Kiepert) et qu’on n'aura pas démontré dans le district du Kozan l’existence d’une localité de ce nom. Je reconnais que le tracé de M. Kiepert a l’avantage de se rapprocher davantage de la ligne droite, mais ne peut -on pas admettre que, pour éviter de passer par les gorges mal famées du Sarus, les marchands prolongeaient leur marche dans la vallée du Djihan, sur la route qui aboutit à Marach, jusqu’au point où la vallée s’infléchit vers le col de Gaban, et ne prenaient qu’à partir de ce point la direction du nord?
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langue arménienne, Sevasdia, Sevasd,* que Marco Polo* rend par le mot Savast, la Carte catalane® et le Franciscain espagnol anonyme* par Savasto, et enfin Langele, dans ses comptes de voyage, par Savaste ou Sevastum.® Dudriaga, la station suivante, doit, à mon avis, être le \illage actuel de Todourga (Todorag), k dix lieues E-N-E de Sivas, dans la partie supérieure de la vallée de l'Halys.® Ainsi, à partir de Sivas, la route suivait en général la direction de l’est, avec légère inclinaison au nord. En prolongeant cette ligne jusqu’à Erzingbian, nous rencontrons dans les cartes modernes une localité nommée Mouchar (ou Meliar) qui poiiirait bien être le Mughisar de Pegolotti. Reti-ouver la station de Greboco (entre Dudiûaga et Mughisar) semblait être un problème à peu près insoluble, car il est bien impossible de trouver rien d’approchant sur une carte moderne; mais M. Kiepert a donné là une fois de plus une preuve de sa science et de sa sagacité; en suivant ses indications et parcourant à sa suite la carte des frères Pizigani (1367), on n’est pas peu surpris de trouver également entre Sivas et Erzinghian une station d’Agreboce qui, bien probablement, n’est autre chose que l’Arauraci des Romains.’ Troisième section: Arzinga, Gavazera sulla montagna, Ligurti, Ponte, Gavazera fuori d’Arzerone, Bangni d’Ajzerone. La ville d’Erzinghian est bien connue, inutile de nous y an-éter : notons seulement, en passant, quTbn-Batouta vante la bonne organisation de ses mairhés.® Dans tout le reste de cette section, nous ne trouvons que deux caravansérails, un pont (sur l Euplirate) et un seul nom de bourgade, celui de Ligurti, qu'il est impossible de retrouver dans l’état de nos connaissances actuelles. De nos jours, la route ordinairement suivie par les caravanes traverse l’Euphrate à peu près à moitié chemin entre Erzinghian et Erzeroum, à Mamakhatoun, sui- le vieux pont bien connu de Korgeun. Comme il faut chercher le Ponte de Pegolotti plus près d’Erzeroum, M. Kiepert admet avec raison qu’il existait alors une route plus septentrionale, qui traversait l’Euphrate tout au plus à Aqkala. Entre ce pont et la ville d’Ei-zeroum, il n'y avait plus que deux points d’arrêt, un caravansérail et un bâtiment renfermant à la fois un établissement de bains et un bureau de douane, situé probablement dans le faubourg d’Erzeroum.
' Brant, dans le Journ. oflhe geogr. Soc.,
VJ(1836), p.214.not. 1 ; Yule, M. Polo, 1,45.
’ Éd. l'autliier, I, 37.
* Xot. et extr., XIV, 1, p. 100.
* Libro (tel cono$çimienlo, p. 82.
* Atti delta Soc. Ltg., XIII, 594 et s., 596.
* Voy. les Ilhiérairea de Tchiliatcheff, dans la 20® livraison supplémentaire des Pctcnnann's Mitthcilungen, p. 13, avec la carte spéciale de Kiepert.
’ Dans la description qui précède, j’ai suivi entièrement les données de M. Kiepert. M. Yule voulait lire à la place du Dudriaga de Pegolotti, Duvriaga, en grec Théphriké, eu turc Divrigi. Il existe, en effet, une route sur Erzinghian par Divrigi et la vallée de l'Euphrate, mais elle est plus longue et plus pénible.
116 Defixiime période. — II. Développemcfii du eomnierre du Leratif.
Quatrième section: Arzerone, Bangni d'Araerone verso Torisi, Polorbecch, Sermessa calo, Aggia, Calacresti, Tre chiese, sotto Larcanoe, Scaracanti, Locche, Piana di Falconieri, li Camuzoni, Piana del Fiumc rosso, Condro, Sandoddi, Torisi. En poursuivant sa route d’Erzeroum vers Tauris, le voyageur rencontrait d’abord le fauboui-g oriental d’Erzeroum, où se trouvaient, comme dans l’autre, un établissement de bains et un bureau de douanes; après une marche de neuf heure.s environs, il atteignait FAraxe, à un point nommé, en tangue arménienne, Polorabahag, c. à d. la forteresse ronde (le Polorbecch de Pegolotti); là, il traversait le fleuve sur un pont de sept arches dont le nom actuel est Tchoban-Keupri. Au bout de la plaine arrosée par l’Araxe, il s’engageait dans les montagnes pour arriver au col de Delibaba; c’est sur ces hauteurs qu’était située à ce qu’il semble, la localité maintenant disparue que Pegolotti indique sous le nom de Sermessa calo et Oderico da Pordenone sous celui de Sarbisacalo. Après avoir dépassé le col et la station d’ Aggia dont la situation est inconnue, on rencontrait sur le haut Mourad deux gites d’étape qui sont encore actuellement connus et très fréquentés par les caravanes: Karakilissè (le Calacresti de Pegolotti) et Utchkilissè (c. à d. Trois églises, le Tre chiese de Pegolotti).* La halte suivante se trouvait dans les envdrons de la ville actuelle de Diyadin, sur une crête (sotto Larcanoe de Pegolotti) d’où l’on apercevait, au sud-ouest le pic de Massis, auquel on donne, à tort, le nom d’Ararat. Non loin de là, on atteignait la ville actuelle de Karakand (le Scaracanti de Pegolotti). Pour les trois stations suivantes, on n’est pas encore aiTivé à découvTir la signification des noms que leur attribue Pegolotti. Au reste, on a pu remarquer jusqu’ici que la route parcounie par les caiavanes au Moj^en- Age, à partir d’Erzeroum, suivait, à peu de cho.se près, la même direction que celle des caravanes de nos jours; on peut donc admettre qu’il en est de même pour la seconde moitié. M. Kiepert fournit un argument excellent à l’appui de cette hypothèse: c’est que le Fiume rosso* de Pegolotti n’est autre chose que le “Fleuve rouge “ (Kizil Tchaï), affluent de l’Araxe qui baigne les murs de la ville de Khoï; ceci établi, il ne reste plus rien dorénavant de l’hypothèse de M. Yule qui
' Dulaurier et I^anglois ont cherché beaucoup trop loin dans la directiou du nord le* Tre chiese, qu'il* ont voulu retrouver dan* la localité nommé Etchmiadzin: il est certain, eu tout cas, que les Turc* lui donnent également le nom d'ütchikiliasé; Bitter (Erdk., X, 350) nous avait déjà mi* en garde contre cette con-
fusion et M. Yule, arrivé à ce point dans sa discussion sur le Boutier de Pegolotti, a reconnu l'exactitude de ce que nous avançons: Calhay. II, 301.
’ Oilcrico da Pordenone passa aussi le fiume ro.sso entre le mont “Ararat“ et Tauris; voy. Yule, Cathay. II, 2« append.. p. xliv.