C. IV. La Perse
chai^g^ de mules ou par deux charges de chameaux. .Âu temps de Ghaxan-khan, il n’y avait pas moins de dix mille Tangauls constamment sur pied, rien que pour assurer la sécurité des routes. Ces mesures ne manquèrent pas de produire leui' effet* Elles furent, d’ailleurs, maintenues sous les successeurs de Ghazan-khan; nous en avons la preuve par Pegolotti, car il écrivait le passage cité plus haut du vivant d’Âbou- Saïd-khan (1316 — 1336X et aussi par certains passages du traité conclu par les Vénitiens avec ce même khan, en 1320. On y trouve reproduites les ordonnances concernant les Tangauls ; responsabilité partagée avec les autorités et les habitants des localités voisines de leur poste, pour tous les vols commis aux dépens des caravanes; défense d’exiger pour le “tamtaulaço“ une somme supérieure à la taxe réglementaire, n semble que cette taxe était alors plus élevée que du temps de Ohazankhan, car il est certain, d’une part que les mots aktchè et aspre désignent une seule et même monnaie (valant environ 60 centimes de la monnaie actuelle), et d’autre part que l’un et l’autre mot ont la même signification: “blanc". Au temps d’Abou-Saïd-khan, on payait pour chaque chai ge la même somme (un demi aspre) que du temps de Ghazankhan pour deux chai'ges de chameau ou quatre charges de mulet Un marchand se rendant de Lajazzo à Tauris avec une bête de somme pouvait compter sur une dépense moyenne de 163 aspres à payer aux receveurs des douanes et aux postes de garde sur les routes, plus 60 aspres environ pour les bandes de Mongols, coureurs de grand chemin (Moccoli cioè Tartari .scherani), qu’il risquait de rencontrer en route, soit un total de 203 aspres (Pegolotti dit 209, mais c’est une erreur d’addition). Cette somme correspond à environ 120 francs de notre monnaie.*
En voici assez sur le tracé de la route de Lajazzo à Tauris et sur les taxes qu’on y percevait Occupons-nous maintenant de celle qui lui faisait concurrence, c’est à dire de la route de caravanes de Trébizonde à TaurLs.
D n’existe malheureusement point pour celle-ci comme pour la précédente une description spéciale. Pegolotti se borne k dire que les marchands isolés voyageant k cheval parcourent cette distance en douze k treize jours, et les caravanes en trente à trente-deux jours.® Il ne cite aucune des villes traversées par cette route. Giosafatte Barbaro donne
' Ce qui précède est emprunté à Bacliid eddiu. M. Bemhauer a reproduit ce passage dans son Mémoire sur les insiilutioru de police ehex les Arabes, les Persans et les Turcs, dans le Joum. asiat., 5® série, T. XV, p. 489 et ss. ; son texte
est meilleur et plus complet que celui de d’Obsson, Hist. des Mongols, IV, 470 et ss.
’ D’après les tableaux comparatifs des monnaies, de M. Desimoni, dans sou édition de L:ingele, 1. c., p. 647 — 680.
’ PegoL, p. 11.
120 Deuxième période. — II. DéveJopjyemenf du commerce du Lecnnt.
bien le tracé d’une route, mais celle-ci s’écarte tellement de la ligne droite NO-SE, qu’il nous parait impossible qu’elle ait jamais pu ser\ir, d’une manière générale, au trafic entre les deux marchés; tout au plus pourrioasnous admettre que des voyageurs isolés lui aient quelquefois donné la préférence.* Reste Clavijo qui fit aussi le voyage de Trébizonde à Tauris ; mais il fit tant de détours, la durée de son voyage (du 27 avril au 11 juin)* dépasse tellement la moyenne indiquée par Pegolotti, que, pour lui aussi, il nous est impossible d’admettre qu’il ait suivi la route ordinaire. Ce n’est donc pas dans ccs deux journaux de route que nous pourrons découvrir la direction de la route commerciale : nous en dii*ons autant pour le chemin suivi, au retour de sa mis.sion, par le chevalier Langele: pour revenir à Trébizonde, il pa.ssa par Khoï, Erdjich (sur la rive septentrionale du lac de Van), Melazkert et Erzcroum.* 11 est cependant bien probable que, pendant le Moyen-Age, la route des caravanes ne devait pas s’écarter beaucoup du chemin suivi de nos jours, par Baïbourt, Erzeroum, Diyadin, Khoï.* Cette ligne est déjà tracée jusqu’à un certain jwint par la nature elle-même, et le total des journées de marche indiqué par Pegolotti pour les caravanes allant de Trébizonde à Tauris correspond exactement au temps employé de nos jours par les caravanes pour faire, par la route que nous venons d’indi((uer, les cent cinquante lieues qui séparent les deux villes. ® Pour les deux premières journées, nous pouvons prouver, pièc.es en main, l’identité des deux trajets: en effet, nous possédons un diplôme de, l’an 1314, dont noirs avons déjà donné précédemment une analyse, et les comptes de voyage du chevalier Langele. Dans le diplôme,* l’empei-eur de Trébizonde Alexis, fait défense à tous les sujets grecs de se joindre aux caravane.s génoises jusqu’à une localité désignée sous le nom de “ Cabanuni “ ; sous cette forme il est impossible de ne pas reconnaître le village de Kara- Kaban (le Kaban noir), situé dans le montagne, à neuf lieues de Trébizonde, et où font encore halte de nos jours les caravanes ijui se dirigent de là sur Baïbourt et Erzeroum.* Nous retrouvons le nom
‘ Viaggio nelia Persia , p. 48 , 49.
C,ette route prend dès l’origine, d’une niiinière trop marquée une direction méridionale; elle va tout droit sur Erzinghian et Karpourt.
’ Viage, p. 86 — 108.
' Atti Mla Soc. Ug.. XIII, 610—614.
* Voir la description de cette route dans Blau, Dir rommercieUm Xust/indc Prrsiens. p. 210 et ss.
‘ Dans un rapport sur la route commerciale de la mer Noire (MitHieilinigeti
über Handel, Oeirerbe imd Verkdirsmitiel. 1ère année , Vienne 18.50) , M. R. Itoedel, consul d’Autriche il Trébizonde, écrivait que, pour jiarcourir cette distance, les caravanes mettent au moins de vingt-sept à trente jours quand la route est en parfait état, et qu'il leur en faut quarante quand elle est en mauvais état (ji.- 119).
“ Atti delta ftoe. Lig., XIII, 517.
’ Hamilton, Ifeixen iti Kteinaxieii.
Pontwt und Arménien, I. 158; Ritter, Erdk.. XVIII, 905.