C. IV. La Perse
de ce village dans les comptes de Langele: ce fut sa première étape au départ de Trébizonde vers Tauris. Baïhcmrt fut la troisième : ' suivant M® Polo,* dans l’édition de Ramusio, c’était un château-fort sou» lequel on passait, en allant de Trébizonde à Tauris. On retrouve encore, dit -on, dans les anciennes fortifications de Baïbourt, d’Erzeroum, de Hassan - Kalèh , de Bayézid, les restes de châteaux - foi-ts élevés sur ces divers points par les Génois, imur la protection de leurs caravanes, et l'on i-encontre, le long de la grande route actuelle, des khans (caravansérails) dont la fondation remonte au Moyen-Age et qui aui-aient été élevés par cette nation; c’est, du moins, la tradition populaire.* M. Brant, consul d’Angleterre â Eraeroum, l'a acceptée sans hésitation comme un fait historique, quoiqu’il n’existe pas trace de fondation de ce genre dans aucun document. M. Brant va ,jus<iu’à dire que les Génois avaient obtenu des “rois d’Arménie “ l’autorisation d elever ces châteaux - forts : c’est une affirmation qu'il aurait eu de la peine à prouver, car, à l’épisiue où les caravanes génoises parcouraient la route de Trébizonde â Tauris, c'est à dire au XIV® et au XV® siècles, il y avait déjà longtemps que ces pays ne dépendaient plus des rois d'Arménie; tout le pays, jusqu’à la frontière du petit empire de Trébizonde, appartenait aux khans de Perse. Mais, nous l'avons vu, ces khans tatars veillaient à la sûreté des routes, ils entretenaient à cet effet des postes nombreux; en outre, ils étaient trop jaloux de leur autorité pour permettre à une nation étrangère de construire sur leur territoire des châteaux -fori s et des caravansérails. Ce qui subsiste encore de ces constructions présente si peu le caractère de l’architecture occidentale, (jue le voyageur Hamilton, très expert en cette matière, reconnaît iwsitivement dans les unes le style sarrazin et dit, que dans les autres, il peut être tout aussi bien byzantin que génois.* Quand on sait avec quelle facilité les Turcs d’Asie-Mineure attribuent la qualification de génoise à toute construction tant soit peu ancienne, on attache, dans le cas présent, peu de prix à la tradition populaire. Cela n’empêche que si, pour prouver que la route commerciale au Moyen-Age. et de nos jours
' Ani deUa Soc. Lig., XIII, 608; (’abanum iuont.-»nuni — Pniiertuin; cf.
p. 595, Papertum.
’ Rainus,, n, p. 4, b.
* James Brant, Jmimeg Irnugh a part of Armcnia ami Asia Minor, dans le .httni. of the gcographiral Society, VI (1836), p. 188; Hamiltou, op. cit., I, 177.
* <>p. cit., I, 175 — 177. M. Karl Ritter fErcU'., X, 391) cite ces remaniiieM de
Hamiltou et traite avec raison, de légende la tradition eu question; ou ne comprend pas comment, après cela, il peut, au (Siura du même ouvrage (XVni, 866) revenir dire que les Génois obtinrent des “rois d'Arménic“ l’autorisation de construire des postes fortifiées de dix en dix lieues sur la route commerciale de Trébizonde à Bayézid, et d'y placer des garni-sons.
122 Deuxième )}érii)de. — II. Développemenf du commerce du Levant.
est toujours restée la même, il faut renoncer à la preuve par les monuments, le fait de l’identité n’en subsiste pas moins. Les caravanes paidies de Trébizonde gagnaient Ereeroum par Baibourt en sept ou huit jours de marche; à partir de là, elles suivaient exactement le même itinéraire que les caravanes parties de Lajazzo et profitaient comme elles des mesures prises par les khans tatars pour la sécurité des routes: les taxes à payer aux postes échelonnés sur le chemin coûtaient assurément moins que ne l’eussent fait la construction de châteaux - forts aux principaux gîtes d’étape et leurs réparations, ainsi que l’entretien de leur garnison.
Nous en avons fini avec les routes commerciales de la Perse; si, maintenant, nous cherchons à quelles nations appartenaient les voyageurs qni les fréquentaient, nous rencontrons en première ligne, et laissant les autres bien en arrière, les Vénitiens et les Génois.
Le premier acte publie émanant d’un khan mongol de la dynastie de Houlagou en faveur des Vénitiens, paraît être un décret dont un messager du “Souverain tatar (domini Tailari)" remit au doge de Venise, d’abord le texte original en langue tatare, puis une traduction latine. Le texte original a, malheureusement, été perdu; la traduction indique, comme date, le commencement du mois de novembre 1306. Elle commence par ces mots: Verhum Çuci (Var.: Zuci) Sotdani diici Venetiarum.^ Ici se pose déjà une question: existait- il, à cette éj)oque, dans un des royaumes tatars, un souverain portant le nom de Djoudji ou un autre nom de consonnance analogue? Le grand khan résidant en Chine était Timour, petit-fils du grand Koubilaï (1294 — 1307); le khan du royaume d'Ogotaï se nommait Tchapar (1301 — 1309?), celui du royaume de Tchagataï avait nom Doua (mort en 1307); le souverain de Kiptchak était Toktaï (1291 — 1313); en Perse régnait Oldjaïtou (1304 — 1316).’ Pas un de ces noms ne rappelle paisa consonnance le mot Çuci, et cependant nous devons retrouver sons cette füi me celui d’un souverain tatar, cela est incontestable, cai' la date du (hxîument est également indiquée d’après le cycle tatar des animaux ; c’est l’année du Serjicnt. Voyons si le nom du lieu d’où il est daté ne nous rapprochera pas de la solution. Facta in Mugantis, dit le texte. Sous ce nom il faut, très probablement, entendre le district de Moghan, au sud du Kour,’ tciTitoire dépendant des khans de Perse et où ils résidaient
' Taf. et Thom., I\^, 47 (Onnmem.
reg., I, p. 66, n" 289).
’ Oldjaïtou lui-même doune. dans une lettre à Philiin)€ le Bel les uoms des khaus de la race de Oeugis - khan qui régnaient à la même époque que lui :
yoy. d'Olisson, Hitt. des Mongols , IV, 483; Uammer, Oesch. der Hchatu. H, 144 et 8., 183.
’ Plus exactement; le district de Moghan, situé dans le triangle formé par la mer Caspienne, le cours inférieur de l'A-