C. IV. La Perse
de préférence.' C’est précisément de là qu’est datée la lettre d’Oldjaïtou à Philippe le Bel, roi de France, dont il a déjà été question,* et cette lettre est de la même année que le privilège accordé aux Vénitiens dont nous cherchons l’auteur. De là à supposer que le sultan Çnci et Oldjaïtou ne sont qu’un seul et même personnage, il n’y a qu’un pas. Un détail \nent à l’appui de notre hypothèse; c’est ce titre de Sultan, que l’on ne voit nulle autre part accolé au nom d’un khan mongol; Oldjaïtou l’avait adopté en se convertis.sant à l’islamisme.* Il n’en reste pas moins une différence du tout au tout entre les noms Çuci et Oldjaïtou: il faut donc quelque chose de plus solide pour appuyer notre hjqwthèse. Cette base, je la trouve dans le fait suivant: le messager qui remit au doge la letti e du sultan était, en outre, chargé de porter à un citoyen de Venise, nommé Pietro Rodulfo, de la paid d'un certain Khodja Abdallah, une déclaration écrite en langue tatare; l’auteur de la déclaration renonce à tonte satisfaction pour un tort à lui causé par ce Pietro et promet de n’en faire retomber la responsabilité siu- aucun autre sujet vénitien. Cette promesse e.st confirmée par deux témoins, deux Occidentaux, Balduccio Buffeto (Buffero’:*) et Tomazo Ugi de .Sena (de Sienne), évidemment établis dans la localité habitée par Abdallah ; tous deux signent en italien et le deniier j)récise sa situation par ces mots; „Alduci (IJdmi) del Soldano“.* Or, nous savons qii’Oldjaïtou envoya, en 1305 — 1306, .son “iidduct“ (Jouldoutchi, porteur de sabre)* nommé Tomaso, porter des lettres à Philippe le Bel, roi de France, à Edouard II, roi d’Angleterre, et au pape Clément V, pom* solliciter leur alliance contre l’Egypte.® Il est clair que le Thomas témoin d’Abdallah et le Thomas porteur des lettres du sultan, ne font qu'un. MaLs alors le maître de l’un et le maître de l’autre ne sont également qu'une seule et même j^rsonne; en d’autres termes: l’auteur du privilège accordé aux Vénitiens est Oldjaïtou. Dans ce privilège, il est dit expre.ssément que, depuis une époque déjà reculée, les marchands vénitiens ont coutume de fréquenter la Perse, et défense est
raie et le cours inférieur du Kour; voy. .\boulféda, Oéoÿr., II, 2, p. l.")3 et s.; d'Uhsson, De» peuples du Caucase, p. 156; Di)m, Caspia, dans les Mém. de V Acad, de .V« l’Hersb., 7» série, XXTII (1875), passages cités dans l'index au mut Mugan: V. aussi la carte.
' .tbel Rémusat, Second mém. sur les relat. pnlU. des princes chrétiens arec tes emi>ereurs mongols. Mém. de l'Acad. des Inscr., VII (1824), p. 372, 398 ; Hammer. Oesch. der llchane. II, 184.
’ .\bel Rémusat, 1. c., p. 438 (du moins d'après la traduction italienne contemporaine); l'original est daté d'.Vliyau (village de la plaine de Moghau'?): voy. M. Polo, éd. Pauthier, II, 781.
’ D'Ohsson, 1. c., IV, 480, 486.
* Ces deux attestations se trouvent dans Taf. et Tliom. , inéd. ; regeste du premier volume des Commcmoriali, p. 54.
‘ Hammer, op. cit., II, 242.
" Abel Rémusat, L c., p. 398 —401, 437.
124 Deu.rihue période. — II. Développement du commerce du Levant. .
faite 'd’inquiéter l’un d’eux sous prétexte qu’un de ses compatriotes aurait laissé des dettes dans le pays ou causé un tort quelconque à l’un de ses habitants. La déclaration d’Abdallah , on le voit , est la conséquence directe de ce décret. Pour en finir sur ce point, il ne nous reste plus qu'à rectifier la date que porte le document dans la pièce qui est parvenue jusqu’à nous. L’année du Serpent du cycle tatar de douze années, correspond non pas à l’année 1306 de notre ère, chifire indiqué dans la traduction latine, mais à l’année 1305.' On peut admettre que le Siennois Tommaso Ugi, garde du corps d’Oldjaïtou, remplit sa mission en un seul voyage et fit au fui- et à mesure la remise des dépêches dont il était chai’gé poui’ différents princes, de la lettre écrite par son maître au doge et de la déclaration d’Abdallah, contresignée par lui -même. Il est vrai que ces diverses pièces poident des dates assez éloignées les unes des autres: 13 — 14 mai, 13 septembre, commencement de novembre 1305; mais on peut admettre que Tommaso était resté en Perse jusqu’après la rédaction de la dernière, car noms ne constatons son arrivée à la cour de Rome qu’au commencement du mois de mars 1306, et à la cour d’Angleterre que postérieurement au 7 juillet de la même année.*
La mission de Tommaso Ugi (et de son compagnon, un oriental, nommé Mamalak) marque le début des relations diplomatiques entre l'empire tatar occidental et Venise; à partir de ce moment, le Sénat commença à diriger ses vues du côté de la Perse, et il semble que l’objet des premières négociations fut l’envoi d’une ambas.sade dans ce pays.® Michèle Dolfino accepta cette mission en 1320. Il avait à choisir enti’e les deux routes que nous avons décrites: un détail nous fait connaître celle qu'il piit; c’est que le baile vénitien de Trébizonde, Giovanni Sanuto lui remit, à son passage dans cette ville, une somme de cinquante lihrcc (jrossorum.* Cette mission aboutit à un traité que nous possédons.
' Voyez les considérations sur la ebrouolofrie, dans Abel Réniu.sat, 1. c., p. 397; .sur ce cycle en général, voy. Ideler, Zcitrcrhnungcn ron Chala tout Jgur, Abh. (1er liint. pliit. Ct. eier herl. Akad., 1*™ part., p. 270 et ss. ; du même, Zeitrrehnung der C'hinesen, dans la même publication, année 1837, p. 203, 278 et ss.
’ .\bcl Rémusat, 1. c., p. 399 - 401.
•T'ni traité ce sujet avec plus d'étendue dans l’article: Contributions i l’histoire du commerce du Levant au XrV’e siècle, inséré dans le Feslsehrifi der K. o/fenll. Bibliothek xu .Stuttgart xur Jubelfeier der
Unir, 'l'dhingeii 1877: on y trouvera le texte de la lettre d’Oldjaïtou au doge.
’ Berchet, La repuhbliea di Venexia e la Persia, Xuori doeumenti e. regesti. Venise 1866 (eitr. de la Raeeolla Veneta, T. I), p. 36. Le regeste “1320 — 1326. Deliberazioni del Senato veneto intomo ad una ambasciata in Tauris“ résume plusieurs actes qu’on peut lire maintenant séparément dans VArchir. Venet., X^^I, 136, XVni, 327 , 330, mais qui ne font pas plus de lumière sur ce point.
‘ Taf. et Thom., IV, 171.