‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 34 sur 251 · C. IV. Im Perse · texte numérisé non relu

C. IV. Im Perse

chacun n’est responsable que de ses propres actes ou de ses propres dettes. Les autorités devront se montrer serviables i\ l’égard des Vénitiens et contraindre leurs débiteure à s’exécuter. En cas de décès d’un Vénitien, il est interdit à tout autre qu’à son consul de toucher aux objets lui appartenant. Au cas où un Vénitien porterait plainte devant un tribunal persan, la cause sera entendue par le juge du rang le plus élevé. Dans les causes civiles et criminelles entre Francs (Vénitiens), les parties ne seront justiciables que de leur consul. Enfin, concession très importante, les moines latins remplissant les fonctions du ministère ecclésiastique auprès des marchands vénitiens sont autorisés à établir des missions sur tous les points du territoire à leur convenance.

Nous savons déjà que Michel Dolflno n’était pas le premier Vénitien qui fit le voyage de Venise en Perse; entre les deux pays, le trafic remontait déjà loin. Nous avons constaté précédemment que les Vénitiens s’étaient montrés de très bonne heure à Tauris; il est inutile de répéter ici ce que nous avons déjà dit à ce sujet. Vers 1320, un voyage de Venise à Tauris par Trébizonde ne paraissait à pereonne un fait extraordinaire : ‘ les Vénitiens y possédaient déjà un certain nombre des comptoirs. Aussi avaient -ils dès lors leur consul ou, pour le désigner sous le titre que lui attribue le traité que nous venons d'analyser, leur Maçor (chef de la colonie) et la colonie reçut peu de temps après des réglements d’administration dont l’obseiTation était confiée à ce consul et à ses quatre conseillers.* Parmi ces consuls, le premier nom connu est celui de Marco de Molino; le 6 juin 1324, il écrivit au doge de Venise une lettre qui présentait la situation de la colonie sous un jour assez peu favorable. Il avait interdit aux Vénitiens, dans leur propre intérêt, de trafiquer avec un certain San-asin. En dépit de sa défense, un nommé Francesco Quirini et deux de ses compatriotes s’adressèrent à ce Sarrasin pour acheter des épice.s. Cette désobéissance occasionna une querelle entre Quirini et quatre de ses compatriotes, dans le caravansérail dit delîe Telle: battu jusqu’au sang, Quirini, pour se venger, alla se plaindre à la mère du khan: à force de paroles et aussi d’argent distribué parmi les gens de la suite de la princesse, il obtint l’arrestation et l’incarcération de ses adversaires ; le consul ne put obtenir leur mise en liberté qu’en payant une somme de 270 besants. Ainsi, dans toute cette affaire, on avait vu des Vénitiens user de violence contre un de leurs compatriotes pour .se faire justice eux -mêmes, et celui-ci faire cause commune avec des étrangers pour se venger; et, comme si cela n’eût pas suffi, la communauté se trouvait

■ Areh. Venet., XVn, 268; XXVH, 94. ’ Bnd. XVm, 381; XVH, 270.

128 DeuTihtie pMode. — II. Direlop/iftiwtii du rommerre du Levant.

sous le coup (le devoir payer 5000 besants pour coiuTir les dettes d’un agent de la maison Marco Davanzo. Cette réunion de circonstances fâcheuses inspirait au consul de tristes pressentiments ponr l’avenir. Il dépeignait Tamis comme une place peu sûre, qn’il fauchait peut-être abandonner, à moins (jne le doge ne prit certaines mesnres, sm‘ l’opportunité d(\squelles il pourrait être renseigné par les commerçants au courant de la situation.' En 1328, le gouvernement vénitien envoya Marco Cornaro à Tauris, avec mission de, porter remède aux vices d'organisation qui lui avaient été signalés et de régler les dettes i)onr lesciuelles les marchands vénitiens avaient été mis en itrison; il y fut lui-même mis en état d’airestation ; qnant à sa mission, les résultats en sont inconnns.*

La colonie n’en avait pas fini avec les difficultés pécuniaires. Un habitant de Tauris, nommé Hadji Soliman Taïbi lui réclamait une indemnité de 4,000 besants et réussit à la faire condamner; il fallut lui permettre de lever sur tout Vénitien, à l’arrivée et au départ, un impôt de quatre besants par béte de somme, jusqu’à concurrence de la dette entière. H est vrai, que pour une raison quelconque, sur les quatre be.sants, Taibi devait subir une retenue de trois aspres en faveur de deux Vénitiens de la maison Sanuto, mais cela n’allégeait pas la charge imposée à la masse." Au même moment, le Sénat de Veui.se autorisait le baile de Trébizonde à lever sur chacun des marchands de sa nation, à sou dépait pour Tauris, un droit d'nn aspre pai' béte de somme:' le produit de cet impôt devait constituer un revenu en faveur d’un drogman nommé Avachi qui avait, paraît -il, rendu des services à Venise dans ces parages." C’était une charge de plus imposée au commerce et qui allait enrichir un étranger; mais il existait, sans doute, une conélation entre cet impôt et l’autre, car Avaclii était aussi le nom du drogman de Hadji Taïbi.

Après la mort d’Abou - Saïd - khan (1336), il ne tarda pas à se produire un arrêt dans le trafic entre Venise et la Peise; les charges imposées au commerce y contribuèrent d'ailleurs moins que le défaut croissant de sécurité des routes. Le khanat de Pei-se s’était subdivisé

' Taf. et Thoni., IV, 192 et as.

’ n existe dans les registres des Misii (Arch. Vntct.t XV'llJ, 332—336, 338) diverses notes relatives à cette ambassade.

La présence de Cornaro à Tauris en 1328 ressort d'un passage des Commem. rcg., n, p. 26, n” 155.

• Voyez les deux documents dans Taf.

* et Thom., IV, 222 et s.

* “Pro qualibet bestia, qiw ibit Torisium et redibit Marusam:" ce dernier nom est, probablement, estropié; Marin est assez coutumier du fait.

‘ Décret du Sénat, du 16 juin 1332, dans Marin, IV, 172.

Page 1