C. IV. La Perne
elle avait été conquise (1229 — 1230) par Abou-Bekr-ben-Sàad, prince de la famille des Salgonriens, attaché aux khans mongols de Perse par les liens d’une dépendance presque nominale, et qui gouvernait la province du Fars, comme ses prédécesseurs, avec le titre d’Atabek (1226 — 1260).* Après sa mort et celle de ses fils, qui lui survécurent peu, la province du Fars, les îles et la côte d’Arabie retournèrent aux khans Mongols et ceux-ci les firent administrer, à partir de ce moment, par des gouverneurs et des intendants. L’un de ces demiere, Djemaleddin, originaire de Schiraz, joua un rôle considérable, de 1296 à 1306; à la dignité spirituelle de Cheik -ul- Islam il joignait celle de fermier-général (Mélik-ul-Islam) des provinces du Fars et de l’Irak.* Possesseurs de Eich, Abon-Bekr et, après lui, Djemaleddin se trouvèrent nécessairement en rapport avec l’Inde et nouèrent, par la force des choses, des relations avec quelques princes de ce pays.
L’élève des chevaux n’avait jamais existé dans la partie occidentale de l’Inde; on les y faisait venir de toutes parts, de la Chine et de l’Indochine," des environs d’Azov,* du pays des Turcs," de l’Yémen, de l’Hadramaut et de l’Oman,® et surtout des côtes et des îles du golfe Persique, de Bahreïn, de Kich et d’Ormouz. Les marchands persans et arabes les expédiaient en nombre immense et tiraient de ce commerce d’énormes bénéfices.’ On pouvait, d’ailleurs, en expédier autant que l’on voulait sans arriver à suffire aux besoins; soit incapacité de supporter le climat, soit mauvais traitements, les meilleurs chevaux y périssaient vite.® Wassaf, écrivain bien informé, rapporte qu’à l’époque d’Abou-Beki‘, on expédiait des îles et côtes dépendant de ses états, au Maabar (sur la côte de Coromandel), à Cambaye et vers d’autres parties de l’Inde, dix -mille chevaux par an.* Plus tard, Djemaleddin, fermier -général du Fars et Soundara-Pandi, le roi le plus puissant de la région de Maabar,** conclurent un traité
' Hammer, Oaek. der Ilehane, I, 387 et as.
’ Hammer, Op. nt., I, 240 — 244; H, 3.5, 50 et a., 63 et as., 103, 197 et as.
' M. Polo, p. 396, 429.
* Ibn-Batonta, H, 371 — 374.
‘ Chehabeddis, p. 178.
' Ibn-Batouta, U, 374; ChehabeddÎD, 1. c.; M. Polo, p. 704, 711, 718.
’ Chehabeddiii , p. 178, 184; H. Polo, p. 67—69, 88, 614 et a., 641.
' U. Polo, p. 614 et a.; Wasaaf, dans Elliot, Hùtory of India, III, 34.
' Wassaf, Op. eit. H. Hammer (Qach.
der Ikhane, I, 340) insiste également, d’après Wasaaf, sur l’attitude humble du sultan de Cambaye 4 l’égard d’Abou-Bekr; le besoin d’obtenir de lui des chevaux était assurément un des motifs qui la lui imposaient
** C’est le Sonder Bandi Dawar de M. Polo (p. 602). n semble que le district de Tandjore formait le centre de ses domaines, mais que son pouvoir s’étendait jusqu’aux pêcheries de perles du golfe de Hanaar (Yule, M. Polo, H, 269 et ss.). n mourut (suivant Wassaf) en 1298.
136 Deujricme. période. — II. Développement du cotnnurre du Levant.
en vertu duquel les deux princes s’engageaient, le premier à fournir annuellement 1400 chevaux arabes de Kich et 10,000 chevaux des antres îles dépendantes du Fars, et le second à les prendre au prii de 220 dinars d’or par tête et à payer la valeur de chaque bête morte pendant la traversée.'
Ce commerce nécessitait un mouvement incessant de navigation vers l’Inde: on peut être certain que les vaisseaux qui avaient transporté des chevaux n’en revenaient pas à vide. Le pays de Maabar, sur lequel la plus gitinde partie était dirigée, foumi.ssait déjà par luimême des pi'oduits variés et, en outre, il recevait en grandes quantités les articles les plus précieux et les plus rares de la Chine et de l’Indochine.* Pourquoi les marchands de chevaux n’auraient -ils pas échangé leurs bénéfices dans les bazars du Maabar contre des épices, des pierres précieuses, des perles, pour en charger leurs navires au retour? Suivant Wassafi toute la richesse des îles du golfe Persique et une bonne partie des objets de luxe dans d’autres pays, depuis l’Irak et le Khorassan jusqu’à l’Asie -Mineure et à l’Europe, provenaient du Maabar.* Si l’on a la curiosité de suivre le courant des marchandises expédiées de Kich vers l’Occident, les textes nous le montrent remontant en partie le golfe Persique et le Tigre, vers Bagdad, et traversant d’autre part la Perse, pour aboutir à Tauris.*
Mais ne nous écartons pas du golfe Persique: il est intéressant d’étudier la transformation de l’un de ses principaux marchés. Quelques années après le passage de Marco Polo, Ormouz fut investie par une armée ennemie; reconüaissant la résistance impossible, vu sa supériorité numérique, le roi et la plus grande partie des habitants se sauvèrent sur des vaisseaux et cherchèrent un refuge provisoire dans l’île de Kichm (Broct); au bout de quelque temps, le roi se décida à fixer sa résidence et celle de son peuple dans la petite île de léroun, voisine de celle de Kichm : l’ancienne Ormouz fut abandonnée à son malheureux sort et, à partir de cette époque, ses raines ne furent plus habitées que par une population clairsemée et misérable. Suivant Touran-Châh, qui fut plus tard prince d’Ormouz (1347 — 1378) et écrivit l’histoire
' Bachid-eddin et Wassaf, dane EUiot, Eût. of butta, I, 69; III, 33 et 8.; & rapprocher la relation abeolument contemporaine de M. Polo, p. 614: tous se confirment mutnellement Âboulféda (Oéogr., n, 8, p. 116) parle déjà du grand commerce d'importation de chevaux qui se faisait dans le Uaabar et particuliérement à Biyyardawal (Birdhul), capitale du ro-
yaume ; M. Yule démontre (E. Polo, II, 872) qu’il faut chercher cette ville non loin de Tanjore.
’ Bachid-eddin, dans EUiot, I, 69; Wassaf, ibid. HI, 32.
* Elliot, 1. c„ III, 32, 35,
' M. Polo, p. 47; Sanuto, Secr. fidrl.
ente., p. 22 et s.