‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 38 sur 251 · C. TV. La Per.ie · texte numérisé non relu

C. TV. La Per.ie

de ses prédécesseurs en langue persane, le prince sous lequel se passèrent ces événements se nommait Mir-Beha-eddin-Ajas-Seifln ; il indique comme date de l’émigration l’année 700 de l’hégire, c’est à dire l’an 1300 — 1301 de l’ère chrétienne. Pedro Teixeira donne un extrait de l’œuvre de Touran-chah dans sa Breve reladon dd principio dd regrw Harmue y de sus Reyes,^ et reproduit ce renseignement, mais avec une erreur ; il suppose que l'année 700 de l’hégire correspond à l’année 1302 après Jésus-Christ.* Des écrivains postérieurs, parmi lesquels nous citerons Ahmed Ghaffari (mort en 1667) et Mohammed Medjdi (1593), ont attribué au roi d’autres noms et indiqué des dates différentes; d’après eux, il faudrait faire reculer la migration des habitants d’Ormouz dans 111e jusqu’à 1310 ou 1315;* mais Touran-Châh vivait à une époque bien plus rapprochée des événements et son affirmation doit peser dans la balance d’un tout autre poids que la leur. Il en est autrement pour Hamdallah Moustofi, de Kazwin, (mort en 1349); celui-ci vivait à une époque plus rapprochée de l’évènement que Tonran-Châh, et, comme historien, il mérite généralement toute confiance; or, d'après M. Ouseley,* il dit que la fondation de la nouvelle Ormouz eut lieu sous le règne du prince Kontb-eddin, son contemporain. Il sera malheureusement impossible de contrôler l’affirmation de M. Ouseley jusqu’au jour où l’on aui’a donné une édition de l’œuvre de Hamdallah. Mais, à supposer même que cet historien ait avancé ce qu’on lui prête, et nous nous permettons encore d’en douter, nous nous verrions dans l’obligation de lui donner tort sur ce point. Touran-Châh devait être assez exactement renseigné sur l’histoire de Koutb-eddin, son prédécesseur et son père, pour savoir si réellement l’émigration des habitants d’Ormouz avait eu lieu sous le règne de ce prince ou seulement plus tard Or, il place cet événement dix-neuf années avant l’avénement de Koutbeddin et, dans sa relation du règne de ce dernier, il se borne à dire qu’il défendit Hle avec succès contre des attaques venues de l’extérieur et fit diverses conquêtes dont nous aurons à reparler. Il est évident qu’un indigène, surtout un homme placé dans une haute situation, pouvait en savoir plus à cet égard qu’un auteur étranger, alors même qu’il avait vécu avant lui. 11 existe, d’ailleurs, un autre argument, moins décisif, il est vrai, à opposer à ceux qui veulent placer l’émigration soas le règne de Koutb-eddin; c’est que, dans sa Géographie, terminée au mois de septembre 1321, Aboulféda, s’appuyant sur le témoignage

' Dans son ouvrage intitulé: Beladd origtn, detcendencia y succesmion df loi Reyea de Peraia y de Harmux. Ainberes, 1610.

• Ibid. p. lü.

• Ouseley, Trareh in earioua countriei of the Eaat, more partieulary in Peraia, I, 157, 173.

* Ibid. p. 167.

138 Deuxième période. — II. Dévelo/tpement du commerce du Levant.

d’un témoin oculaire, parle déjà de la destruction de l’ancienne Ormouz et de la fondation de la nouvelle ville du même nom.* On pourrait, il est vrai, concilier les deux choses en plaçant l’événement en question dans les premières années du règne de Koutb-eddin, car son avènement remonte à l’année 1319; mais alors il faudrait mettre absolument de côté la relation de cette émigration faite par Wassaf dans le troisième livre de son histoire de la Perse: elle tranche positivement la question en faveur de l’affirmation de Touran-Châh. Wassaf termina son œuvre en 1311; il en avait même déjà dédié les trois premiers livres, entièrement achevés, à Ghazan-khan, en 1303,* par conséquent longtemps avant l’avénement de Koutb-eddin au trône d’Ormouz. D est malheureux que la partie où se trouvent relatés les faits que nous discutons soit précisément celle qui n’a pas été traduite, car les emprunts faits par M. Hammer* à l’histoire d’Ormouz sont en partie très confus* et le reste a plutôt rapport aux faits antérieurs à l’émigration qu’à cet événement lui-même. Nous devons donc nous borner à dire que Wassaf place, comme Touran-Châh, la destruction de l’ancienne Ormouz aux environs de l’année 1300. Les faits ainsi placés concordent très bien avec l’histoire du sud de la Perse à cette époque. Tout le pays, jusqu’à la côte chaude (Germsir), fût alors ravagé par les hordes du prince Eotlogh-Châh, descendant de Djagatai, maître des provinces situées au sud-est du khanat de Transoxiane.® H est vrai que, suivant Touran-Châh, l’armée qui détruisit l’ancienne Ormouz aurait été composée de Turcs venus du Turkestan;* mais le pays que les indigènes appellent Turkestan est celui auquel nous avons continué de donner le nom de Transoxiane. * Aboulféda parle de Tatars et, en cela, il est également dans le vrai, car les Tatars étaient la nation prépondérante dans la Transoxiane, et Kotlogh-Châh était de la race de Gengis khan. Mentionnons encore que, suivant d’autres chroniqueurs, les habitants d’Ormouz auraient été attaqués par des hordes de brigands:* cette manière de présenter les faits s’applique également bien à l’invasion de Kotlogh-Châh, car ce prince était allié aux Karaounahs, tribu de brigands établie à l’est de la Perse et toujours prête à se jeter sur les provinces voisines, plus favorisées de la nature.*

' Ofogr., n, 2, p. 104.

’ Hanuner, Oeseh. der Itehane, II, 122 et 8,, 161 et 243.

' Ibid, n, 60 et 8.

* M. Yule (M. Polo, I, 113 et s.) les caractérise très exactement en ces termes; “incomparable muddle.“

' D’Ohsaon, Hist. des Mongols, IV, 288 et 88.; Hanuner, Itehane, H, 98 et ss.

" Teiieira, p. 11.

' Vambéry, Oeeeh. Bœhara's oder D'onsoxaniem, p. 166.

■ Silv. de Sacy, Antiquité* de la Ferme, p. 277; Yaqont, p. 696, not.

• Noi. et extr., XTV, 1, p. 282 et sa.; Yule, M. Polo, I, 94.

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