C. r. Llndr
historiographes de cette expédition ont été des annalistes génois relativement modeimes, tels que Oiustiniani et Foglietta, on leur a, parfois, refusé toute créance. Mais depuis, MM. Canale et Pertz, mal satisfaits de l’édition des anciennes annales génoises publiées par Muratori, où ils constataient par trop de lacunes, se sont livrés à une étude approfondie des manuscrits les meilleurs et les plus complets, et, au cours de ce travail, ils ont mis au jour un témoignage absolument contemporain et incontestablement authentique en faveur de la réalité de ce voyage de découvertes.* La véracité de ce document est d’autant moins attaquable, que Jacopo Doria, auteur de la relation, était proche parent de Tedisio Doria, l’un des associés intéressés dans l’entreprise. Or, il le déclare formellement: l’expédition avait moins pour objet d’étendre les connaissances géographiques de l’époque, que de reconnaître s’il n’était pas possible de faire venir les produits de l’Inde par mer et sans transbordements.' Cette tentative échoua, et l’on ne revit jamais les hai'dis explorateurs: dans leurs propre patrie, k l’époque où écrivait Jacopo Doria (1294), on ne connaissait leur itinéraire que jusqu’ù Gozora, c’est k dire jusqu’à la région déserte située dans le Maroc an sud de l’Âtlas, vers le cap Noun, et connue encore sons les noms de Gazula, Gozola, Gazolla, etc.;' à partir de là, on perdait leurs traces. Environ un demi-siècle plus tard, on apprit en Espagne que l’une des deux galères avait fait naufrage près de la viUe d’Amenonan, tandis que l’autre avait continué sa route dans une direction inconnue. Ceux qui, de la galère échouée, avaient pu gagner le rivage, avaient, disait-on, été pris par les indigènes et emmenés dans l’intérieur du pays. Un bruit analogue dut se répandre de bonne heure jusqu’à Gênes, car l’un des fils d’Ugolino Vivaldi, nommé Sorleone, organisa une expédition pour
' AntuU. Jan., dans Pertz, SS., XVIII, 386. Sar ce paæage, voyez Belgrano, Dtgli annali Qmoveti di Caffaro, dans VArehiv. stor. ilal., 8* série. H, 124 et ss. Déjà, la déconverte de cette relation avait été portée i la connaissance du monde savant, par H. Canale, antérieurement à la publication de la nouvelle édition des Annales génoises, dans sa brochure intitulée: Degli anlieki navigaiori e teoprilori Oenovui; il l’avait dédiée, à titre de bienvenue, au huitième congrès des Savants italiens tenu dans sa ville natale en 1846; trois ans après il l’insérait de nouveau dans le troisième volume de son Histoire de Gênes. M. Pertz n’avait pas eu
connaissance des travaux de M. Canale, quand il écrivit, beaucoup plus tard, son étude intitulée: Der àUesU Vernteh t«r Entdtehmg de» Seetcegi naeh Oetindim, Berl. 1869.
’ La propagation des missions venait en seconde ligne; c’est ce qui explique la présence à bord de deux franciscains: Atmai. Jan., L c.
' Voyez l'ouvrage espagnol dont il sers parlé en détail à la note ci-dessons, p. 48, 67, et, en fait de cartes, celle des frères Pizigani, où se lit la légende: eapui fini» Ooxole (Cap Noun), la Carte catalane et celle de BartoL Pareto (d’après les Memor. délia Soc. geogr. ital., I, 67).
142 Deuxième période. — IL Développement du commerce du Levant.
aller à la recherche de son père. Supposant qu’il lui serait plus facile de le retrouver en partant de la côte orientale d’Afrique, que de la côte occidentale, il se rendit à Magadoxo; mais là, on l’empêcha de pousser plus loin, sous prétexte qu’il s’exposait à trop de dangers. ' Plus heureux que le jeune Vivaldi, un autre Génois, Antoniotto üsodimare, ayant entrepris un voyage au Sénégal, en 1456, poui’ y charger de l’ivoire, y fut mis sur la trace de l’unique et dernier descendant des naufragés de 1291. ’ Une relation fut rédigée d’après le témoignage d’Usodimare, mais nous y relevons tout d’abord une erreur; les deux Vivaldi se nommaient Ugolinus et Vadinus; elle leur donne poui' prénoms Vadinus et Guidus; quoiqu’il en soit, voici, d’après elle, l’historique de l’expédition; dans la mer de Ghinoia, l’une des galères s’échoua sur un banc de sable; l’autre continua seule le voyage et poussa jusqu’à une ville d’Éthiopie, nommée Mena, située près de l’embouchure du Gihon (ad marinnm prope flumen Gion); loin de faire bon accueil aux étrangers, les habitants se saisirent d’enx et ne voulurent jamais les relâcher.’ Comme l’auteur de cette relation écrivait plus de cent cinquante ans après l’expédition des Vivaldi, il est permis de douter de sa véracité. Ce-
' Cea deux expéditiona août racontéea par l’auteur anonyme du Libro del eonosçimxtrUo de todoa lot reynot, etc.; c'était nu moine franciacain de Séville. Il prétend avoir appria aur place lea faite qu’il relate, au cours d'un voyage à travers l’Afrique; parti d’Âmenouan, sur la cAte occidentale, il aurait atteint la côte orientale à Magadoxo (p. 63, 67 et s.). Nous ne voulons pas discuter la question de savoir si cette traversée de l'Afrique dans le sens de la largeur est aussi réelle que les autres voyages racontés par le même auteur. Son récitprésentebeancoupde points fiubles; c’est à la critique à les découvrir; mais il faut reconnaître que cet ouvrage renferme un grand nombre de renseignements précieux, parmi lesquels on doit compter l’histoire de Sorleone i la recherche de son père. Ugolino avait effectivement un fils de ce nom; le fait est établi par un document publié par Belgrano. Nota luUa spedixione dei fratelli Vivaldi: Atti delta Soe. Lig., XV, 323. Il est vrai que nous ne connaissons pas d’antre exemple de voyages entrepris par des Génois ou autres occidentaux, dont
Magadoxo ait été le but; mais cela n'empAcbe que c’était alors une florissante colonie arabe, que des Occidentaux pouvaient en avoir entendu parler par des marchands revenus de Perse ou d’Égypte, et que ce pouvait être un point de départ bien choisi par un explorateur qui .se proposait de pénétrer au centre de l’Afrique : voy. Dévie, Le pays des Zendj (1883), p. 60 et SS.
’ Voyez sa lettre du 12 déc. 1455, dans \' Itinerarium Antonii Ususmari», publ. par Grâberg di HemsA, dans les Annali di geografia e di staiieliea, Il (Qenova 1802), p. 287.
* Cette relation est enfouie au milieu d’une quantité de légendes préparées par un géographe du XV® siècle pour une carte qu'il se proposait de dresser, ou extraites d’une carte de l’époque par un amateur de géographie. Le texte entier a été publié par M. Codine, dans le Bulletin de la Soc. de géogr., 6® série, V (1873), p. 414, not, et par M. Belgrano dans les Atti délia Soc. lig., XV (1881), p. 320; il est meilleur que celui de Grâberg de Hemsü, op. cil.