C. V. L’Inâe
qoab'té.i Koulam donnait son nom aux espèces les plus fines de bois du Brésil et de (gingembre.’ En outre, les Chinois y apportaient de la Chine et de llndo-Chine des articles rares dont nous aurons à reparler. Nous avons dit que ce mai'chè était fréquenté par des marchands occidentaux; nous possédons à cet égard le témoignage de deux voyageurs. L’anglais MaundeviUe, dont la relation contient, au milieu d’histoires plus ou moins fabuleuses, plus d’un renseignement véridique, affirme que des Vénitiens y allaient fréquemment charger du poivre et du gingembre.^ Marignola met en scène indirectement un Génois qui, nécessairement, devait avoir voyagé dans ce pays. Étant à Koulam, ce missionaire se trouva en relations avec un Hindou qui, tombé un jour entre les mains des pirates, et revendu par eux à un Génois, avait été converti au christianisme et baptisé par son maître.
Notre troisième zone part du cap Comorin; elle correspond à peu près à la région nommée Maabar par les géographes arabes et côte de Coromandel par les géographes modernes. Nous avons déjà dit que le Maabar recevait du golfe Persique et particulièrement de Hle de Kich d’énormes envois de chevaux, et que ce commerce était réglé par des traités passés entre les souverains des deux pays. Les navires affectés à ces transports déposaient leur chargement au Maabar dans le port de Cail (Cael);< de nos jours aucun bâtiment n’aborde plus au point où s’élevait cette ville ; ses ruines, qui portent encore le nom de Vieux-Kayl, se voient dans l’intérieur des terres à un mille et demi de l’embouchure du Tamrapami, dans le district de Tinnevelly.* Suivant Marco Polo, le port de Cail ne recevait pas exclusivement des chevaux; on y déchargeait encore d’autres produits de l’Arabie et de la Perse; il se faisait là un trafic considérable et le voisinage des pêcheries de perles du golfe de Manaar contribuait à donner de l’animation à ce marché. De temps à autre, quelque marchand d’Occident arrivait-il jusqu’à Cail, à bord d’un navire persan ? il ne nous serait pas possible de le démontrer, mais cela n’aurait rien d’invraisemblable. En tout cas, ceux qui passaient par l’Inde pour se rendre en Chine faisaient relâche en passant sur la côte de Coromandel et visitaient quelques-uns des points principaux, tels que le pèlerinage de Méliapore (près de Madras),® illustré par le
* Marignola, p. 88; Oderico da Pordenone, p. xi.
’ Nous reparlerons de cela dans le chapitre relatif aux articles de conunerce.
’ M. Yule (Cathay, I, 72) emprunte ce détail & HaundevUle. Je dois cependant faire remarquer que j'ai entre les mains une édition de MaundeviUe (Lond. 1727)
et que, dans le passage où cet écrivain parle de Koulam et dit que le pays produit le gingembre, il nomme les commerçants en épices sans indication de nationaUté (p. 206).
* M. Polo, p. «41.
‘ Yule, M. Pàlo, n, 307 et ss.
® M. Polo, p. «22 et 88.; il dit, U est
1 50 Dcuxitmie jwriode. — II. Dêrelopi>emcnt du cxmmncc du Levant.
tombeau de S. Thomas, et le marché aux diamants de Moutflli (Motoupalle, au sud-ouest de Masoulipatam) ; * ces deux édiles sont portées sui* la carte catalane sous les noms de Mirapor et de Bntifilis,* Nous ne suivrons pas plus loin les voyageurs dans leur navigation à travers le golfe du Bengale vers les côtes et les îles de l’Indo-Chine, car ni Pierre de Lucalongo ni aucun des autres marchands qui firent après lui le voyage de Chine par mer, pendant la période que nous étudions, ne nous en a laissé de relation.
Beaucoup, voyant qu’ils trouvaient dans l’Inde les produits de la Chine, s’épargnaient la fatigue de ce pénible voyage. L’épocjue du plus grand éclat de la djmastie mongole, vers la fin du XITl® siècle et au commencement du XIV®, correspond à une période d’actives relations i»olitiques et commerciales entre la Chine et l’Inde proprement dite. Le grand khan Koubilaï prétendait faire reconnaître sa suzeraineté par les princes souverains des côtes de l’Inde ; il y réu.ssit. H y eut un échange l éeiproque d’ambassades; les unes allant au nom du grand khan sommer les princes de faire leur soumission, les autres lui portant les hommages et les présents des princes de Maabar, de Koiilam et d’autres pajs de l'Inde.’ Dès lors, les marchands chinois pouvaient aller dans l’Inde sans crainte d’y être inquiétés, et ils profitèrent de ces conditions favorables pour y expédier un grand nombre de jonque.s. Nous veirons, (piand nous parlerons de la Chine en particulier, quels étaient les ports d’où ces flottes pai-Uiieut de préférence. Pour le moment, nous n’avons à rechercher que les provinces et les villes de l’Inde qu’elles visitaient. D’après Rachid-eddin et Wassaf, les “grands navires marchands de la Chine" abordaient d’habitude dans les ports du Maabar. Il est tout naturel de songer d’abord ù ceux du delta du Kaveri (Negapatam, Kaveripatam) car, dans la pensée de ces historiens et géographes, quand ils parlent du “royaume" de Maabar, il s’agit non pas du pays entier auquel cette dénomination est applicable, mais seulement du territoire appartenant aux pi-inces de la dynastie des Pandya, dont le centre était dans les plaines de Tanjorc. En l’an 1300, ce royaume obéissait k un rizir tout puissant, l’arabe Taki-eddin-Abderrhaman; il se résen^ait le droit de faire faire un choix par ses agents et ses facteurs, avant toute autre personne, parmi les marchandises apportées pai‘ les bâtiments chinoLs. Après leur visite, il était permis aux marchands de faire leurs achats, mais pas
vrai, que le nombre des marchands qui visitaient cette petite localité était fort restreint.
’ M. Polo, p. 627 et ss.j Yule, M. Polo, n, 297.
’ Carie eatal.. p. 136.
* Vo)‘ez les extrait» de sources chinoises, dans Pauthier, M. Polo, p. 603 et ss., 643; Yule, M. Polo, II, 273, 314 et s.