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C. VI. Les colonies de la côte septentrionale du Pont

ciennes parmi ccs légendes, relevée déjà par Giorgio Stella,' désigne comme premier colon de Caffa un certain Baldo Doria ; suivant M. Canale, on peut lire une mention de ce genre dans un arbre généalogique de la famille Doria, où le nom de ce Baldo, ou Sinibaldo, est accompagné des dates 1211 — 1263.* Suivant une autre tradition, répandue à Caffa même et recueillie par Agostino Giustiniani,’ le nom du premier colon serait Antonio delV Orto. Il est certain que la famille dell' Orto jouissait à Caffa d’une situation à part. On la^iit voû' dans le ]>lus ancien des statuts de la colonie que l'on connaisse et que nous signalions plas haut, ainsi que dans un autre, pins récent, de l’année 1318, que, par privilège exceptionnel, les descendants de Bonifazio dell’ Orto avaient le droit de lever une taxe sur le commerce de Caffa.' La colonie payait, sans doute, de cette manière, une dette contiactéc envera cette famille, pour la remboimcer des frais de premier établissement. M Canale attribue à ce privilège une autre origine ; suivant lui, la commune de Caffa n’aurait pas joui tout d’abord d’une organisation républicaine; elle aurait appartenu aux Orto comme une soitc de propriété féodale;® à l’appui de son opinion, il cite deux brefs du pape, de l’année 1340, où le chef de la famille alore vivant, Petranus dell’ Orto, est qualifié de olim dominas de Capha.^ Mais tout ce que nous savons de Caffa depuis 1289 nous fait connaître cette colonie comme une commune avec un consul à sa tête; on ne peut donc prétendre que le Petranus qui vivait en 1340 ait jamais pu être seigneur féodal de cette ville: c’est une affirmation insoutenable; tout au plus la chose aurait -elle une apparence de possibilité s’il était question de son père ou de son giandpére. n est beaucoup plus vraisemblable que, pai' ces termes assez vagues, le S. Père entendait simplement rappeler que Petranus avait été autrefois revêtu des fonctions de consul.' Telle était déjà l’opinion d'Oderico, mais il n’a pas osé inscrire ce personnage sans autre preuve dans la liste des consuls de Caffa; MM. Elie de la Primaudaie, Kcehne et Canale lui-même ont été plus hardis; ce dernier, sans doute, ne s’est point aperçu de la contradiction dans laquelle il tombait."

' P. 1095: 'Baldus de Auria Ûaifæ DOD habitatæ domicilia primitas fieri fecit et primug ibidem habitavit.“

’ Canale, Delta Crimea. I, 159.

* Annali di Genora, fol. 109, b.

‘ Canale, Delta Crimea, I, 152 et s., 227; Monum hUt. pair. I^egee municipale» lOff. Oax.), p. 396. Un réglement général de l’année 1304, & Tugage des foDctionnairea colonianx génois, reprodnit

ce privilège exceptionnel. Mise, di star, pair., XI, 77B.

* Canale, Delta Crimea, I, 153; M.

Bruun est du même avis, op. cil., p. 32.

’ Wadding, Annal, ord. minor., VII, 227, 229.

’ Voyez dans Canale, Delta Crimea.

I, 311, un exemple analogue, où le titre de “Seigueur” remplace celui de consul.

" Élie de la Primaudaie, Éludes sur te

166 Deuxihne jwriode. — II. Dévélopfwntent du commerce du Lcrauf.

La colonie de CalFa une fois fondée dans les conditions que nous avons dites, le marché de la mer Noire devint pour les Génois l’objet d’une préférence marquée. Le constraste qu’offrent k ce point de vue le Xn® et le XIII® siècles est extrêmement curieux. Nous possédons, pour la deuxième moitié du XII® siècle (1165 et ss.) une série d’actes constitutifs d’associations formées entre marchands génois en vue de voyages d’affaires à entreprendre en commun; le but du voyage, pays ou ville, y est toujours indiqué; or, si nombreux que soient ces documents,* on n’y relève pas une seule fois le nom de Caffa ou de Tana.* A partir du règne de Michel Paléologue, au contraire, les Génois mirent la main sur la mer Noire comme sur un bien à eux, et leure c.apitaines de. navires acquirent une telle expérience de la navigation dans ces parages qu’ils ne craignaient pas d’y lancer leurs tarides au milieu des tempêtes de la saison d’hiver.* Ils firent si bien qu’ils finirent par en expulser entièrement les Grecs, au grand détriment de ces derniers.* D’ailleurs, sous le règne d’Andronic l’Ancien, la marine grecque tomba dans un tel état de décadence que toute concurrence devint bien vite impossible.* Les objets les plus nécessaires à la vie n’arrivèrent même plus à Constantinople par navires grecs; c’étaient, pour la plupart, des bâtiments génois qui y apportaient les blés et les poissons salés du PonL et nous avons déjà vu, en racontant l’histoire de Galata, comment, plus d’une fols, les Génois ayant airêté ce trafic par mauvaise volonté ou par force majeure, la capitale de l’empire grec se trouva à deux doigts de la famine.

Parmi les concun-ents possibles que leur prospérité ne pouvait manquer de susciter aux Génois, les Pisans étaient les moins redoutables. Ds possédaient cependant, eux aussi, une colonie ou plutôt une e.scale avec factorerie, dans les eaux de la mer Noire: c’était le Porto Pisano qui se trouve indiqué, dans les cai-tes italiennes, sur la côte septentrionale de la mer d’Azov. D’après le Manuel des commerçants, de Pegolotti,"

rommerce au Moym-Agr, p. 389; Kœbne, Deferiplioti du mutée du prince Kotschouhey, I, 314; Canale, Delta Crimea, II, 332.

* Mon. hist. pair. Charité, II, 287

' Remarquons qu'ft cette époque Manuel leur interdisait encore l'accès de Matraclia et de Roussia.

' C'est, du moins, ce que dit l'historieu jfrec Pachymérès dans le passage dont il va être question: au reste, en 1300, Gavino Tartaro, représentant de la république dans la Romanie et le Pont, publia

encore une ordonnance portant défense à tout navire, fût -ce une galère ou un vaisseau à deux ponts, de faire voile de Péra pour la mer Xoire depuis le commencement du mois de décembre jusqu'au milieu du mois de mars, et de quitter les porta de la mer Xoire avant le milieu du mois de mars: ^fiscell. di eloria palria, XI, 762.

‘ Pacbym.. I, 419 et a.

‘ Nicépb. Grég., I, 175, 209.

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