C. VI. Les colonies de la côte sefïtentrionale du Pont
le Porto Pisano était le premier que l’on rencontrait en remontant la côte à partir de Tana ou, pour employer le nom actuel, à partir d’Azov. Les cartes italiennes dont noué pai-lions concordent toutes à cet égard; ^ seulement, entre les noms des deux ports elles intercalent d’ordinaire celui de Magromissi,' probablement pour Macronésos, appellation qui désigne sans doute l’ancienne ile d’Âlopékia, disparue, par la suite des temps, au milieu des atterrissements du delta du Don.* A l’exemple de Potocki, de Lelewel et d’Élie de la Primaudaie, je cherchais autrefois l’emplacement du Porto Pisano aux environs de Tagani-og;® mais depuis, il m’a paru démontré que le port indiqué sur les cartes immédiatement après lui, celui de Kabardi,* avait plus de titres à être considéré comme ne faisant qu’un avec Taganrog; cela admis, il ne reste qu’un point qui puisse correspondre à la situation du Porto Pisano : c’est Siniavka, autrement dit l’antique Tanaïs, à l’ancienne embouchure du Don actuel. Les chroniques et les chartes pisancs sont complètement muettes sur ce marché lointain. On ne sait rien de l’époque de sa fondation, sinon que la première carte où ce nom soit porté remonte à l’année 1318. En tout cas, il fut encore fréquente par les Occidentaux pendant un temps assez long après cette date; nous en avons pour témoins le manuel de Pegolotti et un document vénitien de 1373, où il est question de trois Vénitiens qui, ayant pris ù leur bord, ù Porto Pisano, quelques passagers Tatars avec promesse de les transporter à Caffa, s’en étaient saisis traîtreusement et les avaient vendus comme esclaves.® Le nom de Poilo Pisano se trouve jusque dans les cartes du XVI* et du X VU® siècles : reste à savoir quelle fut la durée de la colonie pisane établie sur ce point. Peut-être fut -elle enveloppée dans la grande catastrophe de 1343, à la suite de laquelle les Génois et les Vénitiens se virent expulsés de Tana ; ces deux derniers peuples furent assez puissants pour venger leur échec et restaurer leurs colonies de Tana, mais la puissance maritime de Pise était dès lors sur son déclin, et il peut bien se faire qu’elle ait dû renoncer à réoccuper Porto -Pisano. ’ Ses revers dans la mer Noire ne
' Lelewel, Portulan, p. 13; Periplus Ponti Euxini ortuplus, «lana Tafel, Conttant. Porphyrog. Europa, p. 40 et s«.
’ Bniun, Colon, liai, en Oaxarie, p. 31 ; Deeiniom, Suoti studj ituW Atlante Luzoro, dan* les Âtti delta Soe. Liyur., V, 257 et s.
' Potocki, Voyage dans Us steps d’Astrakhon. II, 367; Leleicel, l. e.; Élie de la Primaudaie, Études, p. 231 et s.; voy. aussi, BisUet. de l’Arad. de Pétersb., V (1863), p. 83.
* Après avoir lu Pegolotti (p. 39), il d'est pas permis de prendre ce nom pour celui d’un peuple ou d’un pays.
* Bruun, l. e.; Desimoni, l. e.; Serristori, Illustraxione di una earta del mar nero del 1351, p. 36; Hommaire de Bell, Les steppes de la mer Caspienne, III, 133.
* Cibrario, Délia srhiavitù e del serraggio, I, 193.
’ C’est l’opinion de Pardessus, l. e., p. ix.
1 68 Deuxihtie jiériode. — II. Dévelojtpeïnmt du comméra: du Levant.
se bornèrent pas là. Le seul conflit engagé' dans ces parages entre Génois et Pisans tourna au désavantage de ces demiere; en 1277, une galère pisane s’était mise en course, dans l’intention de piller les nombi-eui Génois établis le long des côtes de la mer Noire; elle avait déjà visité le port de Sinope, puis celui de Soldaja, quand, attaquée en \Tie de cette dernière ville par une galère génoise, elle fut prise et brûlée.* Les seuls rivaux capables de lutter sur ce terrain à arme.s égales avec les Génois étaient les Vénitien.<i. Loin de renoncer au commeiTC de la mer Noire, ils ne se résignèrent même jamais à accepter dans ces régions un rôle secondaire. Entre Michel Paléologue et les Génois, les relations n’avaient pas tardé à se tendre et à aboutir à une rupture ouverte ; dans ces conditions, l’empereur renonça de lui-même à son projet de fermer aux Vénitiens l’accès de Ta mer Noire; quatre années s’étaient à peine écoulées depuis le traité de Njnnphæum, qu'il leur offrait des établissements à leur choix sur les côtes,’ et le revirement était assez complet pour (ju’un ambassadeur grec, au retour d'une mission auprès du khan des Tatars, n’hésitât pas à s’embai-quer à Soldaja sur un navire vénitien.* Les Vénitiens continuèrent donc, comme autrefois, à aller charger des grains dans la mer Noire; entre eux et l’empereur, le désaccord ne subsistait plus que sur le point de savoir s’ils avaient le droit de se défaire de ces grains sur le territoire grec, ou seulement de les y faire passer en transit.* Il semble même qn’après avoir évacué précipitamment les côtes du Pont au moment de la restauration des empereurs gi-ecs à Constantinople, les colons vénitiens aient mis un empressement à peu près égal à y revenir; des colonies se formèrent à nouveau, d’abord à Soldaja, puis sur divers points de la Crimée; en 1287, le consul nommé à ce poste était, en même temps, chargé des mêmes fonctions pour toute la Gazarie (nom que l’on donnait généralement à la Crimée). Néanmoins, il est plus que douteux que le gouvernement de la mère-patrie ait organisé officiellement un service régulier de navigation entre Venise et Soldaja. On pourrait supposer que les “galece maris majoris", dont il est souvent fait mention au commencement du XIV® .siècle,® étalent précisément destinées à faire le voyage de Crimée; mais cette hypothèse ne reposerait sur aucune base solide, et il est, au contraire, probable que*ces “gale» maris majoris“ ne sont autre chose, sous un autre nom, que les “galeœ Tra]>csmida‘‘ dont nous avons déjà parlé.
' Annat. Jan., p. 286.
’ Traite du 8 juin 1266: Taf. etThom., m, 70.
* Ibid, m, 246.
‘ Tuf. et Thoiii., III, 144, 171 et ».,
179 et s., 189 et s., 237 et s., 240. 249, 268, 274, 276; IV, 125, 129, 141 et »., 161, 189 et 8., 200 et 8.
‘ Registre des Misii, dans Wirehir.
leiiel., XVIII. .324 et .ss.