‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 5 sur 251 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

’ Iæ nom adopté pour les désiifiier est l’appellation arabe zerme, dans le texte ramusien de M. Polo, p. 59; germe, dans Amari, Dipl. arab., p. 339; giarnie, dans Frcscobaldi, p. 32; lenne ou sarme, dans Piloti, p. 346, 390, 397, 409; germes, dans Lannoy, p. 68, 71, 111 et 8., 127 et ss., 136 et 8., (si. Potviu; jerme, dans Ohistcle. p. 192; gienuo, dans Pegol., p. xxiii; gerba, dans Tafur, p. 76; ce dernier en donne une de.scription détaillée.

* Clette branche est aippelée talgiata (fossé) par Sanuto, p. 22; calizeue, dans le texte ramusien de M. Polo; caligine

dans 8igoli, )i. 168; ealiz ou colis dans l’iloti, |i. 345, 391. Dans la langue ambe le mot KImlidj signilie un «anal eu général. mais il s'emploie spécialement jiour ilésiguer les hmnehes du Nil, sans autre épiÜuHe: cf. VUujgi alla Tana, p. 144.

et encore, les Notes de Poggi, dans l’éd. de Sigoli, p. 120. celles de M. de Sacy dans l’é<i. d'.\bdallatif, p. 429, et celles de M. Yule dans son éd. d. M. Polo, II, 374.

* Ludolpli.. p. 64.

‘ Calcachandi (mort en 14181, OVoyraphif iiuil Vrncaliuny von Æyypten, trad. de l'arabe par Wllstenfeld, Abhandl. rifr (la-tt. (les. <ter Wiss., XXV, p. 170.

“ Zeitsehrifl des Vereins für .ViwArsaeltsen, für das Jahr 1852. p. 284.

’ Ludulph., p. 98.

Ji. II. L’Effyj)tf et la Syrir.

ébahis des quantités d’épices, de parfums, de soieries, de brocarts d’or, de pierres précieuses qu’ils y virent. Ludolphe de Suthem ne se préoccupe pas de l’origine de ces marchandises, mais Boldensele, plus curieux, indique la voie pai- laquelle elles arrivaient; or, ce n’est pas celle que nous indiquions plus haut, et il pourrait bien se faire qu’il trace réellement la plus importante et de beaucoup. Effectivement, la plus grande partie des produits de l’Asie arrivait k Damas, non pas par la route des caravanes de la Mecque, mais pai- le golfe Persique et Bagdad^ Ide Baldaco) ou entièrement par voie de terre, à travers la Perse et la Mésopohimie. Outre ces articles étrangers, le commerce trouvait à s’approvisionner à Damas des produits de l’industrie indigène, car la ville imssédait des artisans d’une grande habileté dans diverses branches: nos deux pèlerins ne manquent pas de le noter. Mais ce n’est pas le moment d’entrer dans les détails, car, pendant cette période, le trafic direct entre Damas et l’Occident se réduisait k fort peu de chose. Le marchand de Barcelone qui se risquait, en 1335, k passer de Chypre en Syrie et k aller jusqu’à Damas faire des affaires avec les Sairasins, en dépit des défenses de l’Église,* ne semble pas avoir trouvé beaucoup d’imitateurs. Alep même, le deuxième marché de la Syrie par .son importance, dont les bazars regorgeaient d’une telle quantité d’articles de l’Inde qu’on la surnommait parait-il, la petite Inde,* n’est mentionnée que très rarement dans les sources occidentales de cette époque. Cependant, il ne serait pas permis de passer sous silence qu’en 1352, le moine récollet florentin Giov. dei Marignolli passa pai' cette ville au retour' de son voyage en Chine et dans l’Inde et qu’il y vit beaucoup de chrétiens vêtus à la mode occidentale et parlant le français en dialecte chypriote:* c’étaient sairs doute aussi, pour- la plupart, des Chypriotes. Entre Famagouste et les côtes voisines de la Syrie, il se faisait, naturellement, im trafic actif; il fallut les fréquentes attaques dirigées par les flottes chypriotes sur les villes maritimes de la Syrie, à la fin de la période que nous étudioirs, pour l’interrompi'e momentanémant. Ârtssi, le peu que Pegolotti sait srtr la Syrie, il le dit à propos de Famagouste. U indique * im certain nombre d’articles que l’on trouvait sur les marchés de ce pays; les noms même indiquent une origine chypriote: ce sont les fils d’or, les samits, les camelots etc. La Syrie y était représentée par son coton, d’une qualité supérieure, on le sait, et par les épices que lui amenaient des caravanes. Il y eut un temps où les marchands de Beyrout et de Tripoli passaient

‘ Une de» légendes de la Carte eaialatie de 1375 (p. 122), dit également que les perles et lea produits de l'Inde qui arrivent du golfe Persique en Syrie patnent par Bagdad et surtout par Damas.

’ Mas Latrie, Ilisi. de Chypre, III, 734.

* Hanmier, IMiatie, I, 183.

* Dobner, Monum. hisl. Bohem., II, 92.

‘ Pegol., p. 65, 77 et ss.

62 Deuxihnc phiodc. — II. Dheloppmnemf rffY commerrc âu levant.

la mer pour aller vendre à Famagouste les produits de leur pays, le coton en particulier, et les épices venues du fond de l’Asie.‘ C’était l’époque brillante de Famagouste: elle rentre dans notre période. Comme, d’autre part, les marchands occidentaux y trouvaient commodément les articles d’Orient les plus recherchés et que, d’un autre côté, en cherchant à pénétrer en territoire Sarrasin, ils se seraient exposés aux foudres de l’Église ou aux attaques des croiseurs chj'priotes, la plujjart s’an-êtaieut là et se gardaient bien d’aller en Sjrie. Mais Chypre n’était pas le seul pays qui détournât les Occidentaux du chemin de la Syrie. Le royaume chrétien de la Petite-Arménie était parfaiU'inent situé pour former la tête de ligne d’une nouvelle route commerciale ; sécurité idus complète qu’en Syrie, distance moins longue à parcourir pour atteindre les paj-s de production des épices, enfin, possibilité de tracer cette route sans passer par le tenitoire prohibé soumis au .sultan d’Égj’pte, tels étaient ses divers avantages. Tant que Famagouste fut ouverte à tous les Occidentaux indifféremment, tant que l’Arménie à titre d’état chrétien et la Perse à titre de pays ami les reçurent à bras ouverts, ils ne s’occupèrent guère de la SjTie. Mais nous verrons bientôt se produire un revirement complet Au commencement de la période suivante, Famagouste tomba au pouvoir des Génois, et à partir de ce moment, les nations rivales s’en détournèrent; presque à la même date les sultans d’Égj’pte détruisirent le royaume de Petite-Arménie ; en Perse, enfin, le fanatisme et l’anarchie succédèrent à la tolérance et à l’ordre régulier des temps précédents. Le ré.sultat de ces changements fut qne les Occidentaux se montrèrent de nouveau plus assidûment en Sjrie. Cependant, Piloti va un peu loin en disant que ce fut à partir de l’occupation de Famagouste par les Génois que les autres Latins commencèrent (principiarent) à fréquenter Damas et le reste de la Syrie.*

Déjà, vers la fin de la période où nous nous trouvons encore, les relations directes du commerce d’Occident avec la Sj’rie commencèrent à se multiplier. Quand le pape donna la permission de visiter les pays samisins, les Vénitiens en profitèrent non-seulement pour envoj’er des galères en Egypte, mais aussi poui- faire de temps à autre des voyages en Sj rie et particulièrement à Beyrout: par exemple, en 1.34.5 (v. plus haut) et en 1366. Cette dernière expédition était composée de trois galères ayant à bord soixante-dix marchands, une riche cai’gaison et une grosse somme d’argent. A l'arrivée, on fit en apparence aux marchands l’accueil le plus favorable, mais, à peine les échanges avaient-ils commencé, que l’émir fit traîtreusement anéter tous ceux qui se trouvaient à terre.

' Pih.ti, 1). 386.

’ Piloti, p, 367.

B. IL Ij Égypte et la Syrie.

D’autres eurent le même sort k Tripoli.' Quand les Vénitiens poussaient le roi de Chypre, Rerre à faire la paix avec le Sultan, c’était, on le voit, un conseil intéressé; il s’agissait pour eux de mettre leuis compatriotes à l’abri de vexations de cette sorte. L’ardeui' avec laquelle les Catalans travaillèrent au rétablissement de la paix n’avait pas d’autre motif* Quelques-uns d’entre eux, en effet, avaient commencé à visiter Beyrout et même Damas de très bonne heure,* k une épo<jue où une excui-sion en pays sarrasin était encore un fait rare et une preuve d’audace.

Si l’on demande quelles furent les villes de Syrie qui profitèrent de cette reprise du trafic, nous répondrons que Pegolotti ne nomme que quatre ports de mer. Acre, Beyrout, Tripoli, Laodicée et cinq villes de l’intérieur, Ramla (Lydda) Damas, Hamah, Antioche et Alep : il compare les poids et mesures de ces villes avec ceux d’autres places; pour quelques-unes il indique les taxes d’octroi k payer à l’entrée et à la sortie ; mais ces renseignements ont la sécheresse de la statistique et ne noua ouvrent pas de vues suffisantes sur la situation commerciale du pays. Les ports les plus considérables de l’ancien royaume de Jérusalem, ceux où l’activité commerciale des quartiers européens avait brillé avec le plus d’éclat, n’étaient plus que des ruines abandonnées. En 1330, en 1340, près d’un demi-siècle après la chûte des états latins, des pèlerins \Tsitèrent Acre, Tjt, Caifa, Césarée, Ascalon, Jaffa, et pailout ils trouvèrent le même spectacle de désolation.' Le gouvernement musulman ne faisait rien pour les relever, et, cependant, poui' Acre par exemple, il n’eût pas fallu de bien grands efforts; c’est qu’il voulait que la vue de ces villes ne donnât pas aux Occidentaux la tentation de les reconquérir, et que si jamaLs, au cours de quelque croisade nouvelle, ils venaient â s'en emparer, il entendait ne leur laisser entre les mains que des mines. De toutes ces villes. Acre seule présentait encore un peu de mouvement.* Mais la vie commerciale se concentrait désormais k Damas

' Machairas, p. 100; Comtaem. rtg., m, p. 43, n" 234; p. 52, n‘« 301, 302.

* Macbairas, p. 94, 100.

* On eu trouvera des exemples, pour les aimées 1335 et 1338, dans Mas Latrie, Hi*l. de Chypre, H, 732 — 734.

* Boldensele, p. 242 — 244; Ludolpbe de Sutbem, p. 38 , 46; i>our ce qui concerne Acre, voyez Ibn Batouta, I, 129, et, pour la plupart des villes nonimées dans le texte, Abouiféda, Oêogr., II, 2, p. 17, 20, 22.

‘ Les mots “bajuli Accon et Tjtü“ qui se trouvent dans la commission pour

l’île de Crète signée en 1360 par le doge Andr. Dandolo (publ. par Thomas, Abhandi. der bayer. Akad., Cl. I, vol. XIV, sect. 1, p. 189) sont de nature à inspirer des soupçons sur l'autbenticitè de cette pièce; mais il n'y a probablement lè qu'une formule officielle provenant de l'époque antérieure è la cbûte d'Acre, et qu'on a introduite dans la Commission en question sans songer que les bailes d'Acre et de Tyr étaient relégués dans le passé. Toute la commission, d'ailleurs, est un tissu d'anciennes formules du même genre.

64 Deuxième j)ériode. — IL Dévdopjmncnt du eommeirx du Tjevant.

et à Alep; seules, les villes maritimes en contact avec ces grands entrepôts, telles que BejTout, Tripoli, Laodicée, avaient de l’avenir ou même commençaient déjà à acquérir une certaine renommée, Beyrout surtout, que Guillaume de Boldensele ‘ décrit comme une ville brillante.

G. Kouyeaux maicliës et nouvelles voies ouverts par les Tatars.

l* Apparition des Tatars (Mongols).

L’apparition des Mongols (Tatars) sur la scène du monde exerça une action décisive sur le développement du trafic entre l'Orient et l’Occident. Cette tribu, à peine connue jusqu’alors, avait commencé par subjuguer et par s’incorporer une quantité d’autres tribus ses voisines. Le jour où, par ce moyen, elle eut suffisamment accru ses forces et où elle fit irruption hors de l’Asie centrale sous la conduite* de son khan, Témoudjin, dit Gengis-khan (Djinguiz-khan, le puissant khan), on put se croire revenu au temps des grandes invasions. Ce qui fait le caractère particulier de Gengis-khan et de ses successeurs, c’est un orgueil sans bornes qui leur inspirait la prétention d’étendre leur domination sur le monde entier, et, pour exécuter ce projet grandiose, ils levèrent des masses innombrables de guerriers bien disciplinés: un mélange de duplicité et d’énergie dont ils usaient pour renverser tous les obstacles qui s’opposaient à leur marche; enfin, un mépris de la vie de l’homme poussé à un degré inconnu jusque là ; victorieux ils mettaient le sceau à leurs conquêtes par de véritables hécatombes humaines et ils achevaient la niine des survivants en les pressurant avec des raffinements inouïs. Les Mongols ne tardèrent pas à se montrer aux avant-postes de la Chrétienté; en 1222 — 1223 ils traversèrent comme un ouragan la région du Caucase, la Cï-imée, la Rmssie méridionale; mais cette première apparition ne fut que pas.sagère. On les vit reparaître quelques années plus tard, avec leur khan Batou; cette fois, ils portèrent leurs ravages jusqu’en Silésie, en Bohême et en Hongrie (1241) et ils fondèrent un établissement permanent au sud de la Russie.

En Occident, la chrétienté, fatiguée des croisades, divisée en deux partis acharnés l’un contre l’autre par la querelle de la papauté et de l’empire, ne .songeait à rien moins qu’à se lever en mas.se poui' lutter

‘ Op. rit., p. as6.

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