‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 6 sur 251 · C. I. Apparition des Taiars · texte numérisé non relu

C. I. Apparition des Taiars

contre l'ennemi commun. Les papes commencèrent par prêcher la croisade contre les Mongols; puis, voyant l’inutilité de leurs efforts, ils en vinrent à l’idée d’employer contre eux les armes spirituelles; dans ce but, ils firent appel aux ordres mendiants, nouvellement fondés et encf)re animés de toute l’ardeur de leui- zèle pour la foi. H ne fallait pas peu de courage pour aller prêcher à ces khans tatars, qui s’estimaient les maîtres du monde, la soumission à la loi du Christ et à son représentant sur la terre. Il en fallait aussi pour oser enti-ctenir un commerce quelconque avec une race dont la férocité et les coutumes révoltantes étaient un objet d’épouvante et d’horreur pour le monde entier. Mais aussi, quelle conquête d’un prix inestimable en cas de succès! Le fait est (jue la conversion des Mongols au cliristianisme ne semblait pas tellement impossible que toute tentative fût superflue. Déjà, au centre même de l’Asie, autour du noyau de la lace dominante, s’était formée une agglomération de peuplades qui renfermait plus d’un élément chrétien. De la Mésopotamie et de la Perse, résidences de leurs principaux groupes, les Nestoriens répandaient sans bruit autour d’eux la notion du christianisme, et leur influence se faisait sentii’ jusque là. C’est ainsi que les Kéraïte.s, tribu considérable établie sur la frontière de la Chine, étaient depuis longtemps gagnés à la foi chrétienne ; nous en avons pour témoins l’iiistorien chrétien Aboulfaradj (Bar Hebræus)' et le mmsulman Rachideddin;* celui-ci le répète même à plusieui's reprises, et ce double témoignage venant de deux camps opposés, nous paraît suffisant pour baser une certitude.* Une autre tribu, non moins considérable, celle des Xaïmans, fixée sur le coui-s supérieur de l’Irtich, aurait été également, à ce qu’on prétend, rattachée au rite nestorien: du moins, le fait est affirmé par Guill. de Rubrouck et quelques écrivains orientaux; mais un autre missionnaire, mieux doué que Guill. de Rubrouck sous le rapjwrt de l’esprit d’observation, Jean da Piano de Carpinc nous dit que les Naïmans étaient païens.^ Quoi qu’il en soit, il est certain que des chrétiens, en assez grand nombre, vivaient au milieu des peuplades non converties au christianisme, par exemple chez les Ouigours.* En général, les premiers voyageurs occi-

* Hûl. dÿtuuL, éd. Pococke, p. 427 ; Chron. -Syr., éd. Bruns et Kirsch, versio Ut., p. 219; voy. Asseinani, BM. orient., II, 444 et s.; III, 2® part, p. cccclxxxv et B. La peuplade cbrétienne-nestoricune que mentionne Guill. de Kubrouck (p. 261) sous le double nom de “Crit et ilerkit" doit être la tribu kéraïte ; voy. les remarques de M. d’Avezac dans l’introd. de Joh. de Plan. Curfiin-, p- 564 et s.; Zanicke IPrirster

Johannes, diss., 2, p. 66, 91 et ss.) se ranime A cette opinion.

’ Hist. des Mongols de la Perse, cd.

(^uatremère, I, 63; v. aussi un passage citA |»aT S‘ Martin, Méni. sur l'Arménie, II, 280.

“ M. Zamcke (op. rit., p. 66 et ss.) exprime cependant une donte.

‘ 6. de Hubr., p. 260, 29.o; Erdmann, Temtulsehin, p. S68; Zamcke, Op. eit., p. 67.

‘ G. de Ruhr., p. 282, 288; Hayton, Ik

66 Deuriènw jiériode. — II. Dévehpjtement du commerce du Levant.

dentaux qui visitèrent les pays tatars y trouvèrent pai-tout disséminés des chrétiens du rite nestorien, ayant leui-s prêtres et leurs églises.* Certains Nestoriens remplissaient à la cour des khans tatai-s les fonctions de ministres, de médecins, de précepteurs, et y jouissaient d’une assez grande influence.’ Enfin, il ne faut pas oublier l’action exercée par certaines femmes chrétiennes, mères ou épouses de khans. A ce point de vue, on pouvait attendre de grands résultats des alliances conclues entre les descendants de Temoudjin (Gengis-Klian) et la famille des chefs de la tribu Kéraïte, devenus vassaux des Tatai-s. (^tte famille chrétienne avait donné naissance à la mère des fameux khans Mangou, Koubilaï et Houlagou, à l’épouse de ce dernier, et k celle d’Argounkhan; leurs noms étaient Sioui’koukiti, Dokouz-Khatoun et Ourouk: toutes trois faisaient ouvertement profession de la religion chrétienne, et le.s deux dernières furent pour beaucoup dans la faveur surprenante dont les chrétiens furent l’objet de la part de leurs époux.®

Ce fut en 1245 que les premiers missionnaires envoyés par le Saint- Siège dans le pays des Tatars se mirent en route: à cette époque, ou ne possédait aucune notion sur ce peuple, de sorte que, bien certainement, on ne faisait pas entrer en ligne de compte des éléments dont l’action pouvait être si efficace pour sa conversion. Néanmoins, deux moines, Ascelin, dominicain, et Jean da Piano de Carpine, franciscain, se lancèrent avec le courage de la foi et pénétrèrent, avec leurs compagnons, l’un jus<iu’aux avant-postes des Tatars en Perse, l’autre ju.squ’au campement des khans tatars eux-mêmes. Cette première mi.s.sion échoua complètement; les Tatars refusèrent nettement d’embrasser le christianisme et

Tartaris, cap. 2. Le miasioimaire Jean da Piano de Carpine s’e,Ht probablement laissé induire en erreur par le degré de civilisation plus avancé de cette peuplade, et c’est ce qui l’a amené à compter les Ouigours en général, parmi les chrétiens uestoriens (1. c., p. fifiO et s.).

* G. de Rubr., p. 292, 301 et ss.. etc. ; M. Polo, I, 163, 160 et s., 165 et s., 203, 206 , 214. Lertrc de Sempad, dans Guillaume de Nangis (Bouq., XX, 360 et ss.).

’ Abulfaragii, Ilül. dynaet., éd. Pococke, p. 321 ; Assemaui, Bibliol/i. or., III, 2, p. 106; Rachideddin, citation dans Saint- Martin, Mém. sur i Arménie, H, 280 et dans d’Ühsson, Iliet. des Mongole, II, 234 et 8. ; G. de Ruhr., p. 293, 320, 338 ; Orpélian, dans Saint-Martin, Op. rit., au bas de la p. 136.

’ Siourkoukiti était certainement chrétienne; Aboulfaradj et Rachideddin en sont témoitt,s: voy. Quatremère, karhideddin.

I, 90; Saint-Martin, Op. cil. Pour Dokouz Khatoun, voy. eu particulier Rachideddin. I, 94 et s. ; Hayton, De Tartnrie, cap. 27 ; Malakia, dans Bros-set, Hiel. de la Géorgie, addit. et értairriee., p. 466; Kiracos de Gantzag, dans Brosset, Deux hietoriene Arménirne (S. Pétersb. 1870 — 1871), p.

185, 194, et dans Dulaurier, Lee Mongole d'aprh tee liieloriene Arménirne, dans le Jonm. aeial., V* série, T. XI, p. 491, 607 ; Vartan, dans la Suite de cet article, Ibùi. T. XVI, p. 290 et s., 308 et s. Sur Ourouk. voy. Hayton, Op. rit., cap. 45; Hammer, Oeerli. der Itchnnr, I, 360, 395.

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