‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 51 sur 251 · C. VI. Z>,s colonies de la côte sefitentrionale du Pont · texte numérisé non relu

C. VI. Z>,s colonies de la côte sefitentrionale du Pont

Naturellement, Venise ne pouvait voir d’un œil indifférent les rapides progrès de la jeune colonie génoise de Caffa, la concurrence énergique qu’elle faisait à son commerce. En 1296, en dépit des clauses inscrites par les empereurs grecs dans divers traités* en \Tie de prévenir tout conflit armé entre les Vénitiens et les Génois dans la mer Noire, l’amiral vénitien Giov. Soranzo y fit irruption à la tête de vingt-cinq galères, capti'ra un grand nombre de bâtiments génois, et finit j)ar aller mettre le siège devant Caffa: la place succomba après une résistance prolongée; Soranzo profita encore de cette circonstance pour brûler deux galères et quatre vaisseaux portant pavillon génois. Mais, tandis qu’il était ainsi occupé, il se laissa surprendre par la mauvaise .saison; obligé d’hiverner en (!rimée, exposé à tontes les intempéries d’un climat rigoureux, réduit à manquer de vivres, il perdit une partie de son armée; à son retour à Venise, en 1297, il ne ramenait que seize galères.* La présence de sa flotte était la condition indispensable du maintien de sa conquête; lui parti, ou, an plus tard, au moment de la paix de 1299, les Génois reprirent possession de Caffa. On a soutenu que, dans ce traité de paix, Venise avait pris le double engagement de payer des indemnités pour les actes de piraterie commis à Péra, â Caffa et à .Acre, et de n’envoyer aucun vaisseau de guerre soit dans la mer Noii-e, soit en SjTie, pendant un délai de treize années.’ La première de ces deux prétendues clauses du traité de paix de 1299 est historiquement inadmissible, et ce qui le démontre, c’est l’introduction du nom d’Acre, qui, â cette date, n’existait déjà plus depuis huit ans. D’ailleurs, ni l’un ni l’autre point ne sont même effleurés dans le texte original dn traité* et l’on peut remai'quer encore

• ' T»f. et Thom., III, 96, 141, 329.

’ Handolo, p. 407; Sauiito, Vite eiri Ongi. p. 578; Xavagero, p. 1009; Jacquet* de Voragiue me parait rabaisser par trop les su<*ês de .Stirauzo; U dit que l’amiral ue put faire aucun mal et s'eu retourna avec sa courte bonté (Alti delta Soe. Lig., X. 498).

' Le deuiième de ces article.s du traité se trouve dans Giov. Villaui, é*l. Dragomanni. H, 30, et a été reproduit d'après cet auteur par Muratori, Annnli d'IlaJia. VII, 524 (à l’année 1299), par Fanucci, l Ire popoti marüimi, III, 158, etautrtis: Serra (é*l. f'apolago. H, 212) donne les ilem.

‘ Il â été publié dans le Lib. jur.,

II, 344 et SS. ; au reste, Laur. de Monacis (p. 205), Xavagero (p. 1011) et Marin (V, 127 et SS.) en avaient déjà donné des extraits plus ou moins longs; aussi eston en droit de s’étonner de ce que les indications sans valeur de Villani aient trouvé si longtemps créance chez les historiens. M. Canale avait sous les yeux le document original et l’a copié à peu prés littéralement IStoria di Oenoea, II, 142 — 144); aussi a-t-il rejeté avec raison le récit de Villani, ce qui ne l’a pas empêché lie reproiluire lui-même, plus tard fOeWnCWmea, I, 204), le passage qu’il avait rejeté en se contentant d'y faire un changement que rien ue motive d'ailleurs, celui de la date 1299 en 1300.

170 Deurième période. — II. Développement du commerce du Levant.

que pas un mot n’y a trait aux relations des deux puissances dans la mer Noire. Il est donc faux de prétendre que Venise ait payé des indemnités pour les dommages causés à Caffa; loin de là, les deux puissances renoncèrent expressément à toute réclamation réciproque de ce chef.

A peine sortie de la tourmente, la colonie de Caflfa se vit en butte à de nouveaux périls. Ayant appris que les Génois de Caffa et d’autres Occidentaux enlevaient des enfants de race tatare pour les vendre comme esclaves aux Mahométans, Toktaï, khan des Tatars (1291 — 1313) fit saisir les marchands génois à Saraï, sa capitale, et sur toute l’étendue de son tenitoire, confisqua leui-s biens (1307) et les relégua à Solgat, où pi'esque tous moururent en captivité. La même année, une armée de cent mille hommes, conduite par son fils, se présentait devant Caffa et en commençait le siège. Défendue par trois cents Génois et trois cents Grecs, la place tint bon pendant huit mois; mais, à la fin, jugeant une plus longue résistance impossible, les défenseurs mirent eux-mêmes le feu à la ville et se sauvèrent sur leurs vaisseaux (20 mai 1308).‘

Gênes ne négligea rien pour relever sa colonie des ruines causées par ce double désastre. Après la mort de Toktaï, elle envoya auprès d’Ouzbek, son neveu et successeur, deux ambassadeurs. Antonio Grülo et Niccolo di Pagana, chargés de demander l’autorisation de reconstruire les maisons et les remparts: le prince l’accorda et l’on se mit sur-lechamp à l’œuvre.* Le relèvement de CaflFa était, pour la république, une question d’honneur, mais la relever n’était pas tout, il fallait encore l’entourer de bonnes fortifications; il allait de la sécuiité du commerce génois dans la mer Noire. Pour cela, il fallait de l’argent; en conséquence, on imposa à tous les propriétaires et capitaines de navires génois, tant à ceux qui faisaient voile de Constantinople vers la côte orientale de la mer Noire, qu'à ceux qui redescendaient de la mer d’Azov vers les pays soumis à l’empereur, l’obligation de toucher en pas.sant à Caffa et d’y relâcher pendant un jour au moins; là, ils avaient à payer un droit proportionnel, calculé, pour une partie, sur le poids de la cargai.son, et pour l’autre sur la fortune des marchands embarqués. Pour- accroître l’affluence des marchands dans les murs de la ville, on interdit aux commerçants génois de prolonger leur séjour sur les marchés voisins: puis vinrent, comme corollaires de cette mesure, la défense à tout Génois, sous peine d’une forte amende, de rester plus de trois jours à Sol-

' Voyez UConiitt. deJacti. de Voragine ' Contin. de Jaeq. de Voragine, 1. c., (Atii, I. c., X, 600) et les extraits de No- p. 503. waïri, dans d’Ohsson, Hi»t. des Mongols,

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