‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 52 sur 251 · C. VI. Le.1 colonies de tn cMe septentrionale au Pont · texte numérisé non relu

C. VI. Le.1 colonies de tn cMe septentrionale au Pont

daja, de passer l’hiver à Tana ou d’y acquérir une maison d’habitation ; l’ordre à tous de considérer Caffa comme le premier des marchés; l’interdiction de vendre ou d’acheter n’importe quoi h Soldaja, de débarquer des marchandises ou un objet quelconque sur un point de la côte compris entre Caffa et Soldaja, au détriment de Caffa.* Les amendes infligées par le consul de Caffa aux contrevenants devaient être versées à la caisse des constructions. Enfln, dans le but de hâter les constructions sur les terrains inoccupés, il fut décidé que l’achat d’un terrain à Caffa entrainerait, iwnr le propriétaire, l’obligation d’y bâtir une maison dans les dix-huit mois.*

Toutes ces mesures émanaient de l’administration des colonies et de la navigation créée, en 1314, sous le nom de “Octo sapientes constituti ■tujwr fadis navigandi et maris majorift‘ et plus connue à partir de 1341, sous celui de Offieium Gazariœ ; ces deux dénominations dénotent d’ellesmêmes l’immense intérêt que l’on attachait, dans la mère -patrie, à la na\ngation de la mer Noire et aux colonies de Crimée. Cette administration des colonies jouissait des pouvoirs les plus étendus; les consuls de Caffa étaient ses délégués, renouvelables tous les ans. Le texte des instructions qu’elle leur envoyait était arrêté en conseil, et elles ne se bornaient pas à des prescriptions d’ordre général; elles entraient, au contraire, dans les plus petits détails de l’administration locale. Ainsi, nous lisons dans les instructions remises à un consul au moment de son départ pour Caffa, à l’automne de l’année 1316, qu’il devra construire un abattoir sur pilotis dans la mer, en face du magasin communal (fonticum), établir autour des murs un glacis sur une largeur de cent aunes, réserver, du céité de Solgat, un emplacement pour un marché aux victuailles et au bols etc. Le consul de Caffa était assisté d’un grand et d’un petit conseils, composés d’habitants de la ville; il ne pouvait faire aucun acte important de ses fonctions sans leur assistance. Dans chacun des deux conseils, la moitié des membres était choisie parmi les nobles, l’autre moitié parmi les plébéiens; dans

' Nous revieudrons sur un décret analogue, relatif nu trafic avec Solgat.

’ .Statuts pour Caffa, de l’année 131H, dans les pair, monum. Legee mtinieipales (Off. Gax.), p. 378—382, 408 et s. (reproduits en partie dans les Mücell. di slon'a pntria, XI, 764 et 8.). Si, d’après ces statuts, les navires marchands génois de passage à Caffa étaient tenus de payer un impôt, il en était de même a Péra pour les navires venant de la Crimée; cela ressort de r“Instrumentum vendicionis

quam (?) pene dacite seu collecte imposite super rebus et mercibus que adducentur, velientur seu mittentur de terris subditis olim imperatori Cotay (plus exactement Totny, i. e. Toctai) et nunc imperatori Usbech, scriptum manu Enrici de Castiliono notorii MCXXXIII die ....“; son existence n’est, d’ailleurs connue que par deux documents de l'année 1343, concernant Péra; voy. Atti delta Soc. Lig., Xm, 294, 311 et s.

172 Deuxieme période. — IL Dévelopjmnent du cotnmerce du Levant.

tous deux, les Génois, en qualité de citoyens (cives) étaient assurés d’une majorité écrasante aux dépens des autres habitants, considérés seulement comme bourgeois (Imrgenses); ainsi, dans le petit conseil, composé de six membres, les burgenses n’étaient représentés que par un seul, et, dans le grand conseil, qui comptait vingt-quatre membres, il ne pouvait y en avoir que quatre au plus.*

C’est que, si les Génois entendaient rester maîtres à Caffa, ce qui était bien naturel, s’ils y formaient, au point de vue politique, l’élément le plus considérable de la population, le i-este, numériquement plus nombreux peut-être, se composait d’individus de nationalités diverses, les uns originaii'es du pays même, les autres attirés plus ou moins récemment pai- le développement du mouvement commercial; on y trouvait notamment des Russes, des Grecs et des Arméniens.^ Ces derniers, la chose est du moins très probable, faisaient partie de ces malheureux qui, chassés de leur patiûe par l’invasion des Tatars, obligés d’émigrer de gré ou de force, s’étaient d’abord fixés aux environs d’Astrakhan; de là, ils étaient passés en Crimée en si grand nombre, que certains historiens ai'méniens du XIII® et du XIV® siècle ne la désignent que sous le nom d’.4rmen»<i marUima.* En 1316, le consul de Caifa fut avisé d’avoir à céder en location, aux Arméniens, Grecs et autres chrétiens non Génois, un certain emplacement situé hors des murs; nous connaissons, d’autre part, l’existence d’un traité passé entre le consul génois et l’évêque arménien, poui’ l’entretien d’une conduite d’eau construite par ce dernier.* Dans une population composée d’éléments aussi divere, les confessions religieuses les plus diverees devaient nécessairement se trouver en présence. La religion chrétienne y était représentée pai* trois groupes, dont le plus nombreux, et de beaucoup, était, naturellement, le groupe catholique-romain. Avec leur justesse de coup d’œil ordinaire , les papes saisirent tous les avantages que présentait cette ville, par le développement rapide de sa prospérité, par sa richesse, par sa nombreuse population, pour en faire un centre de propagande. Déjà, dans une bulle du 28 mars 1318, le pape Jean XXII parlait de l’évêché de Caffa comme d’un siège de création récente;* le 26 février 1322, il fixait les limites du diocèse en déterminant deux points extrêmes : Saraï, capitale des Tatars, à l’est, et la ville bulgare de Vama, à l’ouest.® Le premier évêque de Caffa

' Off. Qax., p. 388 et s.

* Ibid., p. 407 et s.

’ Saint-Martin, Mrm. sur I Arménie, I. 114; Joum. asiat., II, 23 et ». ; Argtitiuski-DoIgoniki, dans Sieetrzencevicz, p. 320; Kitter, Erdk., X, 441, 597.

* Off. Qax., p. 407, 408, 380.

‘ Riant, Dépouillement de Sttarex, dans

le» Archires de l'Or. la!.. I, 285, n" IV.

* Bulle, publiée par M. Wadding, Annal, ont. min.. VI, p. 548 et s.; Raynald, a. 11. a. n" 45 lui attribue la date de 1322; suivant M. Riant, 1. c., p. 289, n® XXXV, elle est exacte. Sur le tracé de diocèse, voy. Desinioni, AHi delta Soc. Lig., XIII, 583 et 88.

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