C. VI. IjCS colonies de la côte septentrionale du Pont
d’Azov et de se rendre compte de la possibilité d’3' faire naviguer des vaisseaux à grand tirant d’eau. Aussi est-ce, à ma connaissance, sur deux cartes génoises que se trouve porté pour la première fois le nom de Tana; ce sont: une carte dressée en 1306 par Jean, curé de l’église de St Marc à Gênes ‘ et une carte de 1318, dont l’auteur est Pietro Vesconte.* En dehors de ces deux cartes, je trouve encore dans les statuts de l’Offlcium Gazariæ une pièce de date ancienne mentionnant le nom de Tana; au moment de sa création (1313), cette commission des colonies reçut dans scs attributions la surveillance du trafic maiûtimc avec: Tana et la réglementation des relations entre Gênes et cette ville. Ne nous Imtons pas de conclure de là à l’existence d’une colonie génoi.se; cela signifie seulement que Tana était dés lors un des ports fréquentés d'une manière habituelle par la marine marcliande: quant à une colonie génoise, il est bien difficile d’admettre son existence à l'époque de la création de l’Officium Gazariæ, quand on songe qu’un décret de 1316 interdit encore à tout citoyen génois d’hiverner à Tana ou d’y acheter une maison, sous peine d’une amende de cinq cents hj'perpres d’or.® Cependant, la fondation de la colonie ne .saurait être bien postérieure à cette date, car Ouzbek-khan concéda aux Vénitiens, en 1332, un quaitier dans Tana® et il est spécifié, sinon dans le brevet de concession lui-même, du moins dans des diplômes de confirmation donnés en 1342 et en 1347, que ce quartier était distinct de celui des Génois. Par conséquent, la fondation de la colonie génoise avait dû précéder celle de la colonie vénitienne et elle se place entre 1316 et 1332.
Puisque nous parlons des Vénitiens, voyons, pour eux aussi, ce que furent à l’origine leurs relations avec Tana. Comme chez les Génois, elles se bornèrent d’abord à l’envoi de navires marchands. A
' Bulletin de la .Soe. de gêogr., 1. c., I». 306; cf. Gioni. ligtigl.. Il, 43.
’ Voy. li» première table des cartes historiques dams l’.ttlas de Horamaire de Hell, /xr.s .tlepiie.i de ta nier Caspienne.
• Off. Oax.. p. 306. 381.
* Je reviendrai plu.s loin sur ce diplôme, mais je dois, des à présent, eu discuter la date. Il a été donné dans une "année du singe". On sait que le cycle des Tatars comprenait douze années dont chacune était désignée par le nom d'un animal; la neuvième année du cycle était l’année du singe. H. Erdmann iTemudsehin, I». 650 et s.) a établi pour une série
d'années la concordance des années du cycle mongol et de l’ère chrétienne. En continuant, pour le XIV® siècle, la série commençée par cet auteur, et j’ai pu, ])our cinq exemples différents, faire la preuve de l'exactitude de ses calculs, il se trouve que, chez les Tatars, l’année 1332 était une année du singe. C’est donc cette année lA qu’a dû être rédigé le diplôme, et il a été traduit l'année suivante en latin, pour être envoyé an gouvernement vénitien. Venise, on n’avait pas attendu d’avoir cette traduction pour prendre toutes les dispositions relatives A l’organisation de la colonie: v. plus loin.
182 Detwirme période. — II. Développement du rommeree du Lermil.
partir de 1322 environ, les commandants des flottilles expédiées k Trébizonde reçurent i-égulièrement l’ordre de détacher une ou deux galères sur Tana. Ce n’était pourtant pas une règle absolue, et l’on pourrait citer des exceptions.* Après cela, ce furent quelques Vénitiens qui allèrent individuellement y fonder des comptoirs; vint le moment où l’on jugea à propos de leur donner un consnl; à partir de 1325 environ, il existe des preuves de l’existence de ce fonctionnaire.’ Mais tout cela ne pouvait se faire sans une entente préalable entre le gouvernement vénitien et les souverains tatars; aussi faut-il peut-être voir dans les “amhaxatore.t miW ad Tartarim“ dont la mission se place entre 1293 et 1.303,” les premiers pionniers qui ouvrirent cette voie au commerce de leur patrie. Le premier bi-evct de conce.ssion que nous connaissions et dont nous allons reparler dans un instant, se réfère déjà à des conventions antérieures qui sont perdues pour nous; en vertu de ces conventions, les pienes précieuses, les perles, l’argent, les fils d’or étaient, suivant un usage “de toute antiquité“, exempts de droits, tandis que les navires devaient acquitter à leur arrivée une taxe proportionnée au nombre de leui-s mâts. Après avoir relevé ces indices d’antiques relations, il est intéressant de citer le premier témoignage authentique connu d’une mission diplomatique. En 1332, Andrea Geno, ambassadeur de la Képublique de Venise auprès d’Ouzbek-khan, exposa au prince, au nom de son gouvernement, le désir d’obtenir à Tana un terrain propre à la construction de maisons d’habitation. Ouzbèk résidait en ce moment sur les bords du Kouban non loin de Tana; il mit à son consentement la condition que les Vénitiens paieraient un droit de 3'>/o pour leurs marchandises; le terrain qu’il leur concéda se trouvait dans la ville et s’étendait depuis la rive du Don jusqu’à la chapelle de l’hôpital. Le diplôme relatif à cette concession fut rapporté à Venise, au mois de novembre 1333, pai' Niccolo Giustiniani, consul de Tana, dont les fonctions venaient d’expirer (olim consul)-,* le moine dominicain polonais Dominicus l’avait traduit, au mois d’août de la même année, de l’idiome cuman, c’est à dire du turc, msité chez le.s Tatars, en latin.® Ce diplôme est l’acte de naissance du quartier
‘ Registres des livres perdus des dans VArehir. renet., XVIII, 329, 331, 886 , 887 et s.; XIX, 106; XXVII, 96; Oanale, DeUa Criniea. H, 445.
’ Ibid. XVn, 267; XVIH, 381, 838; XIX. 107.
• Ibid XVm, 324.
' L'ambassadeur A. Geno venait pri;cisÉmeut de le relever de ses fonctions
après avoir réuni une a.sseinbléc des niarchands pré.sents h Tana, pour procéder à l’élection d'un nouveau consul: Areh. Tenet., XVIII, 338.
‘ M. de Mas Latrie a publié tin texte très correct de ce diplfime dans la BihI. tic l’École des chartes. 6c série, IV (1868), p. 583 et s. : de même. Taf. et Thom., IV, 243 et 8. 11 y a, dan.s les regi.stres des