‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 58 sur 251 · C. VI. Lot colonies de la côte septentrionale du Pont · texte numérisé non relu

C. VI. Lot colonies de la côte septentrionale du Pont

trouve actuellement la petite forteresse de KopiL' Avant le temps de Pegolotti déjà, des navires marchands génois devaient y venir chercher des chargements île poisson salé, qu’ils portaient à Constantinople; en effet, en 1328, nous l’avons vu, Venise ayant à tiier vengeance de divers actes de piraterie commis par les Génois, l’amiral Qiustiniano Giustiniani alla mettre le blocus devant Galata; en même temps, un détachement de sa flotte croisait dans le Bosphore pour saisir au passage tous les bâtiments génois venant de la mer Noire; dans le nombre, il s’en trouva quelques-uns qui avaient été charger du poisson salé sur les côtes de la mer d’Azov, à l’embouchure du Kouban et dans le Delta du Don.* S’il nous fallait d’autres preuves, nous ne saurions citer mieux qu’un passage de M. Desimoni, où le savant écrivain nous apprend que le caviar de Copa est un des articles dont il est fait fréquemment mention dans les documents d’origine génoise* et que les Génois fondèrent un consulat dans cette ville ; nous aurons à reparler de ce consulat Continuons notre revue de la côte, mais laissons provisoirement de côté la presqu’île de Taman; notons seulement en passant que l’antique Matréga subsistait toujours et que nous la retrouverons plus tard devenue la résidence d’un consul génois. Les cartes du Moyen-Age démontrent que les Italiens de cette époque connaissaient dans leurs moindres détails le littoral du Caucase et de la Colchide; les noms de localités, de cours d’eau, de caps et de baies y fourmillent littéralement

‘ Lclewel, I. e., p. 14; Afti, 1. c., p.

129, 259; Brunn, I. e., p. 6; Dubois de Montpéreux, loy. niilotir du Couease,

’ Nicéph. Orèg., I, 417: “rûr 4* üfiar ôsrivia ylWfiynvai kiftrm Tl xai 3/mivTiâtç nai mira/iot '/amitîfç.**

Autrefois on admettait constamment que le premier des noms propres énumérés dans ce passage désignait te lac Kopals (voy. Boivin, commentaire de ce passage de Nicéph. Grég., Il, 1237, et Sauli, Oalaia , I, 2.36; Canale, Kuora iston'a di Genora. III, 217, et même Kœbler, dans sa célèbre étude sur le Tii^.i^oî , dans les ilém. de V Acad, de Pétersbourg, B® série, I, 379 et note 286). Mais faut- il vraiment croire que Constantinople reçût du poisson d'un lac intérieur situé en Béotie? Les vaisseaux chargés de ce poisson ne pouvaient-ils pas arriver i Constantinople sans difScultsé, quand les ga-

lères de Oiustiniani gardaient ‘‘«■os u^>o toô

'/lyoô uofjOfihr. or dij toc fînrxov xaÂocoir avxéra"'Ç Le rapprochement des noms propres contenus dans le passage de Nicéph. Grég. n'indique-t-il pas suffisamment qu'il faut chercher les llftrtu KunaUn dans les environs des Uiirai A/ooothIiç et des nnraiiol 'l'araidiiŸ Involontairement je pen.se au Kouban, qui forme à son embouchure tant de lacs et de marécages. Si d'autres auteurs Bj’zantius appellent ce fleuve Koviftt ou Kwifçr, Nicéphore Orégoras pouvait donner à son embouchure le nom de llnrai Kuantâiq, surtout s'il pensait à Kopa, localité que les cartes du temps pincent sur ce fleuve. J'ai déjà émis cette hypothèse en 1861 (Tüb. staatsir. Zeiischr., XVII, 489), et j'ai eu, depuis, le plaisir de la voir adoptée par MM. Desimoni, Belgrano (Atti, 1, c., p. 129, 259) et Bruun (1. c., p. 6).

’ Atti, 1, c., p. 269.

192 Dou ihue période. — IL Dvirlop)H:mmit du commerce du Levant.

La liste en est trop longue pour la reproduire ici; nous nous contenterons de citer le nom de Cavo Buxo, localité située dans le voisinage de Pitsunda, parce qu'il rappelle les grandes plantations de buis dont le bois faisait déjà à cette épo(jue et fait encore l’objet d'un grand trafic sur la mer Noire.* Non loin de là, dans la baie de Soukhoiun - Kalé * s’élevait la ville de Scbastopoli.‘i, encore importante alors, florissante autrefois sous le règne de Justinien, plus tard place forte de premier ordre sous la domination b}'zantine,* devenue à l’époque que nous étudions la résidence d’un prince géorgien.* Là, au milieu des Grecs schismatiques, des Musulmans et des Juifs, subsistait encore, en dépit des persécutions, au commencement du XIV" siècle, une petite communauté catholi(iue-romaine. En 1330, le pape lui avait donné un évêque; c’était un Anglais, nommé Petrus Geraldus; vivant dans une situation voisine de la misère, à peu près sans influence, il se lamentait de voir sous ses yeux des chrétiens vendus comme esclaves aux Sarrasins et de ne pouvoir mettre un frein à ce commerce.^ 11 serait intéressant de savoir si les “Latins** dont se composait son troupeau étaient tous des Géorgiens - unis , comme semble le donner à entendre la lettre citée en note, ou si, dans le nombre, il y avait aussi des Occidentaux. Il y eut là, par la suite, un consul génois ; le premier titulaire connu était, en 1354, un certain Ambrogio di Pietro; il pourrait se faire que la fondation de ce consulat remontât à l’époque de l’évéque Petrus Geraldus: nous aurons occa.sion d’y revenir.

Le conflit engagé avec Djanibek - khan était une gêne pour les nations commerçantes. Mais il i»esait sm'tout sur les Vénitiens comme un remords, car c’était un de leui-s compatriotes qui y avait donné lieu, et d’autres avaient profité des scènes de pillage de 'l'aua pour faire

* Lelewel, 1. c., p. 14; Àtti, 1. c., p. 263; Yule, Polo, I, 54; Dubois de Moutp., I, 269 , 271 et 8.; Hehu, Citllurp/Uiiixeit. 3® éd., p. 203.

’ Neumanu f£He Hellenen irn ttrytlieiiland, I, 577) et Uonunaire de Hell stepptj de ta mer Caepiciiiie, III, 115 et g., not.) avancent de bons arguments ]Miur défendre cette position contrairement à l’opinion de Dubois de Moutpéreiix (Voy. I, 306 et gg.). VAHaiile Luxoro (1. c., p. 263 et g.), semble fixer avec plus de précision encore la situation de cette ville au nord de la baie. M. Tschemjüwgki en a découvert des ruines recouvertes par l’eau de la mer ; voy. Qotl. gel. Am., 1878, p. 939.

* l’rocop., I, 289; n, 473 et s.; III. 261.

* “Princeps militiæ in tota Oeorgiauia:“ tel est le titre qui lui est donné dans une lettre (p. 122) dont il sera question dans la note ci-aprés. Il s’agit sans doute de Dadian Mamia, qui possédait d’une façon à peu près inilépcndante, de 1323 k 1345, le district situé aux alentours de la baie deSouklioum-Kalé; Bros.set, Hist. de la Géorgie, 2" part, trad. 1, 24.5

‘ Raynald, Ann. ecel., ad. aü. 1330, n" 57. Voir une lettre de ce personnage, également de l'année 1330, sur lu situation du pays, dans Kunstmaim, Saniuto der Æltere, p. 121 — 123.

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