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C. VI. Les colonies de la côte septentrionale du Pont

dessus de l’emplacement occupé par les forts modernes; tous deux étaient indiqués sur les cartes du temps sous le nom de Giro,' mais Clavijo les distingue en Quirol de la Greeia et Guircî de la Turquia; il n’est pas difficile de retrouver sons cette transformation l’antique nom d’Hiéron. Clavijo raconte qu’à l’époque où les deux rives du Bosphore appartenaient à l’empire grec, le détroit était barré par une chaîne tendue de l’une à l’antre et supportée au milieu par une tour élevée sur le fond de la mer; les navires n’étaient autorisés à continuer leur route qu’après avoir payé l’impôt.’ De ces deux châteaux-forts il ne subsiste plus que des ruines ; on a prétendu attribuer leur construction aux Génois, mais le fait est douteux. Sui" les restes que l’on voit encore sur la rive d’Asie, on a placé une inscription,* d'après laquelle le Génois Vincenzo Lercari les aurait restaui-és (en ... ? la date est illisible); mais Pi’okesch von Osten a reconnu que ces constructions appartenaient “évidemment au type byzantin." < On peut admettre, en tout cas, que les Génois trouvèrent là un bureau de douane protégé par un ouvrage fortifié. Quoi qu’il en soit, ils s’en emparèrent en 1348, au mépris de l’autorité impériale, et y établirent en permanence une station navale; tous les navires montant ou descendant le Bosphore devaient payer un droit de passage, et ceux de nationalité grecque ou vénitienne qui se dirigeaient vers les ports de la côte septentrionale du Pont ne pouvaient continuer leur route qu’avec une permission spéciale.*

Les Vénitiens n’étaient point d’humeur à laisser entraver ainsi par des rivaux leur liberté commerciale.® Us en appelèrent aux armes: dans leur exaspération, ils ne parlaient de rien moins que d’une guerre à mort; ils annonçaient hautement l’intention d’anéantir la colonie génoise de Galata et d’exclure les Génois de la mer Noire.’ Us avaient entraîné dans leur parti l’empereui- Cantacuzène. Cependant, peu de temps après la bataille du Bosphore (février 1362), l’événement le plus important de cette guerre, les Génois firent séparément la paix avec ce dernier (6 mai); dans le traité, ils introduisirent une clause stipulant que les navires grecs ne pourraient aller à Tana, ou, en

’ Lelewel, Portulan, p. 15; Thomas, Peripltu des Pontus Euxinus, p. 257, 274 ; Atlante Luxoro, p. 135, 268 et s.

’ Clavijo, p. 73.

’ Seuil , Colonia di Oalata, II, 42; Serra, Storia deU' antiea Liguria e di Oenota, III. 179.

* Denktcürdigkeilen und Erinnerungm aw dem Orient, III, 232 et s.

* Nicéph. Grèg., Il, 844, 877. D’après ce dernier passage, les Génois avaient établi leur bureau de perception à l'endroit où s'élevait autrefois le temple de Sérapis; c’est Boumili Kawak.

‘ Dandolo, p. 420.

' Convention entre Cantacuzène et Venise, 1361 ; Taf. et Thom., inéd.

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général, dans la mer d’Azov, qu’aux mêmes époques que ceux des Génois; mais on ajouta cette réserve que l’empereur pourrait, s’il le jugeait à propos, envoyer une ambassade à Gênes en vue d’obtenir du doge la liberté de la navigation pour la marine grecque.* Trois ans plus tard. Gênes et Venise faisaient la paix à leur tour (1" Juin 1355); mais pour l’obtenir. Gênes avait dû singulièrement rabattre de ses prétentions primitives. Les deux puissances s’engageaient mutuellement à ne pas envoyer de navires marchands à Tana pendant une durée de trois ans; ce délai expiré, elles devaient reprendre leur liberté.’ Ainsi, Gênes renonçait pourtant à son projet de ruiner définitivement ce marché® et de faire de Gaffa le centre unique du commerce du Kiptchak, et Venise recouvrait le di'oit de reprendre son trafic avec Tana à partir de 1358. Ce traité fut assurément exécuté à la lettre, car nous voyons, précisément en 1358, deux ambassadeurs, Giov. Quirino et Francesco Buono, pailir de Venise pour aller demander au nouveau khan de Kiptchak, Berdibeg, le renouvellement des anciens privilèges. Berdibeg accueillit leur demande: le diplôme* pai‘ lequel il confirma les traités antérieurs est daté du mois de septembre® et de sa résidence sur l’Aktouba, c’est à dire, sans doute, de Saraï.® Le seul article nouveau est le pouvoir attribué au gouverneur de Tana, Tolobey (ou, plus exactement, Toghloubeg),’ de lever sur chaque navire vénitien.

* lÀb. jur., II, 603.

’ lAb.jitr., n, 620; cf. Dandolo, p. 426; Sanut., p. 639.

* A titre d’allié des VénitienB dans cette guerre, le roi d’Âragou voulut, parait-il, s'immiscer dans le débat pendant entre Venise et Oénes au sujet de la navigation de Tana, et proposa de prendre le pape pour arbitre; mais les Génois repoussèrent cette intervention et refusèrent de démordre de leurs prétentions: è les entendre, la fréquentation de Tana était un danger matériel et moral pour les Chrétiens , d’on qu’ils vinssent , de Gênes aussi bien que de Venise, et si les gens de Venise prétendaient passer outre, ils pouvaient toujours s’attendre è avoir affaire & eux; Mon. bUt. pair., X (Coâ. dipl. Sard., I), p. 767 (Charte sans date, entre 1352 et 1355).

* Hammer, Ooldene Uordc, p. 619 et SS.; Cauale, Crimea, II, 471 — 473; Mas Latrie, dans la BibliolJi. de l'Éeede îles chartes, 6<^ série, IV, p. 693 et ss. M.

Thomas a bien voulu mettre à ma disposition une copie prise par lui-même et où quelques passages sont plus clairs que dans les éditions précitées. Voy. aussi Marin, VI, 141, not

‘ La date est à la fin de la lettre et ainsi conçue: “a li VIII di de la luna, in lo mese de Si val. “ Si l'on admet, sans discussion préalable, avec MM. de Ma»

Latrie et Hammer que la date ainsi indiquée est le 8 Chewal (reste à savoir s'ils ont raison) eUe correspond au 13 septembre de notre calendrier. Dans toutes les éditions, l’entête du diplôme donne .seulement le mois (meusis Septerabris):

dans la copie de M. Thomas on lit : 24 sept. ; de même, dans le regeste des Cotnmeni . II , 287 , n“ 60. Dans cet état de choses je n’ai pas osé Axer une date plus précise que le mois.

* L’Âktouba est le bras oriental du Volga sur lequel était située Saraï.

' Hammer, Goldene Horde, p. 314.

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