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C. VT. Les colonies de la côte septentrionale du Pont

à son arrivée, outre les droits de douane ordinaires, une taxe de trois •‘saoum“ (environ quinze écus d’or). Voici l’origine de cet impôt: pendant la rupture, divers Arméniens sujets de l’empire du Kiptchak, embarqués sur des navires génois, avaient été pris par des Vénitiens avec les vaisseaux qu’ils montaient, et les vainqueurs avaient saisi leurs marchandises, en promettant toutefois de les indemniser; maLs les indemnités n’avaient pas été payées; il y en avait pour de grosses sommes; Taidola, femme de Djanibek, émue de leur malheur, était venue à leur aide en leur avançant une partie des sommes perdues: l'impôt extraordinaire était destiné à faii-e rentrer le gouvernement tatar dans cet argent; ce n’était donc qu’un impôt provisoire et il devait être supprimé le jour où il aurait produit la somme avancée.*

La paix de 1355 laissait également aux Vénitiens toute liberté de renouer leurs relations commerciales avec les parties de la Crimée possédées par les Tatai’s. Le gouverneur de la province se nommait alors Ramazan et résidait à Solgat. Andrea Venier, envoyé en mission auprès de lui par son gouvernement, obtint d'abord un diplôme (du 2 mars 1356), puis une lettre (du même mois). Pai‘ cette dernière, Ramazan confirme une partie des concessions énoncées dans le diplôme et donne plus d’extension aux autres ; il ouvTe aux capitaines de navires et aux marchands vénitiens le port de Provanto (ou Provato), les autorise à y relâcher, leur promet d’y faire constniire des maisons pour leur usage et de leur y céder des propriétés ; enfin, il leur permet d’y établir un consulat et décide que les aff'aires litigieuses seront portées devant le consul dans le cas où un indigène porterait plainte contre un sujet vénitien, et devant les tribunaux du pays dans le cas inverse. Les marchandises importées par des Vénitiens seront soumises à un droit de douane (tamoga, k proprement parler, droit de timbre) de 3®/o, mais seulement dans le cas où elles seraient vendues par leur propriétaire; l’auteiu' de la lettre ajoute en remaïque, que son but, en fixant un taux si peu élevé, est d’engager les marchands à s’abstenir de la fraude; il les prévient en même temps que si, malgré cela, (jnelqu'un d’eux se rend coupable de ce délit, il encourra la peine de la confiscation. Les cabai-etiers établis dans la colonie vénitienne seront

‘ Ce fait est mentiouné dans trois pièces relatives au traité précédent (Taf. et Thom., inéd.; Canale, II, 487; Commem., II, p. 288, n« 61; p. 289, n®* 64, t>ô). Ou donne A l'impératrice le nom de Thaydelu, accompagné une fois de l'épithète “caton“ (khatoun, princesse); ce nom

se retrouve encore dans le traité avec Berdibeg, mais transformé en “Tay de Lucaton” (lisez Taydelu-Khatoun, ou, suivant la version des Comment., H, p. 177, n® 310, Tbaytalucaton). Sur cette femme, voy. Hammer, 1. c., p. 311.

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exempts d’impôts. Les vaisseaux chargés pour retourner dans leur patrie seront soumis avant leur départ à la visite d’un délégué du souverain, assisté d’un commissaire désigné par le consul et chargé de s’assurer qu’aucun esclave fugitif ne s’est glissé parmi les passagers. Tel est le contenu du diplôme et de la lettre de Bamazan ; la lettre se termine en outre par une réclamation d’indemnité adressée au doge en faveur des Arméniens dont il a été question plus haut.'

Cette lettre fiit suivie, à très peu d’intervalle, d’une autre, sans date; mais cette dernière fait si évidemment suite au diplôme accordé par Berdibeg en 1358, que nous n’hésitons pas k lui attribuer la même date. Dans l’intervalle, Ramazan avait été remplacé comme seigneur de Solgat par Cotuletanmr. Faut-il écrire ce nom Kotlough-Timour, comme le veut M. Hammer,* ou Cothloudomour, nom donné par Ibn-Batouta* é l’un des fils d’un précédent gouverneur de SolgaL Toloktomour? c’est une question que je ne me charge pas de résoudi-e. Ce gouverneur, (luelque soit son nom, confirmait dans sa lettre les tarifs de douane arrêtés par Ramazan, et désignait deux nouveaux ports où les Vénitiens pourraient dorénavant faire escale, Caliera et Soldadia, ce qui, avec Provanto, en portait le nombre k trois.' De ces trois localités, l’une, Soldadia (Soudak), est bien connue. Les deux autres sont situées entre Soudak et CafFa. Dans cet espace, nous lisons sur les cartes.

' On trouve un extrait du dipIAme dan» les Commem., H, p. 242, n“ 140; M. de Ma» Latrie, l’a publié en entier une première foi» dans le» Arehiret rfe» missionx scientifiques, I, 345 et »., en entier une deuxième fois avec la lettre, dan» la Bibl. de l'École des chartes, 6® série, IV, 589 et ss., .590 et »». (Commem., n, p. 245 et »., n“ 152). Ce que donne Marin, c’est cette lettre, avec quelques coupures; mais cet auteur admet la concordance de l’an 757 de l’hégire avec l’année 1383 de l’èrc chrétienne, ce qui est inexact. Le diplôme porte en tête la date vraie, 1356. Le» deux pièces portent également la date du 1®'' Bebi, d’après le calendrier arabe: or, en 1366, ce mois commençait le 4 mars; par conséquent, la date 2 mars inscrite en tête du diplôme n’est pas tout é fait exacte. Le lieu d’où le diplôme est daté, est uommé, en tête du diplôme Ak-Seraï, et, dans le contexte, é la lin, Calnsta, c’est

A dire, sans doute Alousts sur la côte méridionale de la Crimée, nom qu’Edrisi écrit Chalousta. Xaturellement, quand il y a doute, c’est le contexte qui fait autorité.

’ Ooldene Horde, p. 256.

’ Ibn-Batouta, II, 359 et ss.

' I/e diplôme a été publié plusieurs fois: Marin, VI, 71 et s.; Hammer, Op. cit., p. 521 et s.; Canale, Crimea, II, 473 et ».; Mas Latrie, dan» la BM. de l'École des chartes, I. c., p. 592 et ». Les Commem. en contiennent un extrait, II, p. 289, n® 66 (la date, 2 oct., est probablement celle du jour où la traduction a été faite). Dan» les cbartriers vénitiens, il est classé immédiatement après le diplôme de Berdibeg; il est daté du même lieu (Lordo, la résidence du khan) du même mois, Chevval (le 16, ce qui correspond au 20 sept), et, remarque essentielle, il est confié aux mômes ambassadeurs.

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