‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 63 sur 251 · C. VI. lies colonies de la rôle sejitentrionale du Pont · texte numérisé non relu

C. VI. lies colonies de la rôle sejitentrionale du Pont

en allant de l’ouest à l’est, les noms d’Otouz, de Koktebel et de Tekié (Porto genovese ). J’admettais autrefois ‘ l’identité de Caliera et d’Otouz ; M. Thomas écrit ce nom Calitrn et on trouve cette ville indiquée sim diverses cartes du Moyen-Age, sous les appellations de Caletra, Callitra etc., à l’est du cap Meganome; mais comme on trouve déjà sur une carte de 1461 un Otum locus (accompagné, d’ailleurs, de la mention que cette localité est de construction nouvelle), je penche maintenant à croire que c’est plutôt Koktebel qui aura pris la place de Calitra.* •lusqu’ici le nom de Provato ne s’est retrouvé que sur une seule carte, celle d’Andrea Bianco (1436), à la Bibliothèque de St. Marc; sur les antres on lit, à l’emplacement indiqué, les noms de Pefidima, Pecfldima etc. Cette localité, évidemment très voisine de Caffa, se trouvait sans doute dans la baie de Tekié.’ Ainsi, les Vénitiens avaient dorénavant à leur disposition, sur la côte méridionale de la Crimée, trois ports en communication facile avec Solgat, de sorte qu’ils pouvaient se dispenser de passer par Caifa, la colonie génoise, et, au point de vue de la douane, ils y trouvaient des conditions plus favorables qu’à Tana.

Les Génois ne se montrèrent point jaloux de la faveui’ accordée à leurs rivaux; en ce moment, précisément, les relations entre les deux nations étaient des plus amicales et, dans les instnictions envoyées aux autorités coloniales du Pont., leurs gouvernements insistaient énergiquement en ce sens.* Les Génois, d’ailleurs, conservaient toujours l’avantage, en ce sens que le siège de leur colonie était leur propriété ; ils l’appréciaient maintenant d’autant mieux que par deux fois, en 1344 et en 1346 — 1346. quand les Tatars étaient venues l’assiéger, ils avaient été sur le point de la perdre. Vers l’époque où nous sommes arrivés, on s’occupait activement de compléter les fortifications de Caffa. Suivant une tradition recueillie par l’annaliste Giorgio Stella, un des promoteurs les plus zélés de ces travaux fut le consul GofiFredo di Zoagli (1352 — 1363).’ On ne tarda pas à en reconnaître rutilité, car, en 1361, la ville fut assiégée, à la fois par terre et par mer, par les Turcs de

' Suivant Dubois de Montpéreui, V, 31 5.

’ Cette opinion, mise en avant par M. Bniun, Colon, liai, en Qax., p. 42 et a., est appuyée par M. Desinioni, AU. Lier., P 252 : dans ce dernier ouvrage, & la p. 255, l'auteur constate que le nom d'Otouz est celui d’une localité qui existait au Moyen- Age.

’ Bninn. 1. c., p. 43; Lelewel, Portulan. p. 13.

* Commem., II, p. 317 et 8., n"* 223, 227, 228; m, p. 7, n'^lô, 17; p. 17, n” 79.

* Voy. Stella, p. 1195, ad. an. 1367; il se contente d’indiquer approximativement l’époque (cirelter hoc tempus), mais elle est précisée par deux inscriptions; cf. Oderico, Lettere ligtisliehe. p. 178 et s., 196—198. Planch.. 1 et 2; Jurgiewicz, Mémoires (en russe) île la SoeWé d'orrhéologie d'Odessa, V, 162 et s. Ces inscriptions étaient, à l'origine, suspendues aux murs de l’église de S*® Madeleine à Caffa, elles sont maintenant au Musée de Féodosie.

204 Deu.rihnfi période. — IL Dévelopjyemevf du commerce du Levant.

Sinope; l'ennemi fut repoussé, mais le mérite en revint surtout, il faut ' le dire, aux galères de Caffa et de Péra.* Peu de temps après cette alerte, les Génois ne se contentaient déjà plus de défendre leur bien; ils devenaient conquérants à leui* tour. La période de désordre et d’anarchie où tomba le Kiptchak après la mort de Berdibeg-klian * leur offrait, il est vrai, une occasion favorable. Le 19 juillet 1366, sous le consulat de Bartolommeo di Jacopo, ils s’emparèrent de Soldaja® et des dix-huit hameaux (casaux) compris dans son tenitoire. Cette conquête n’était pas seulement une acquisition teiritoriale ; les intérêts du commerce y avaient leur paît, car Soldaja était un marché important très fréquenté, et rival de celui de Cafifa;* moins de sept ans auparavant, le gouverneur de la Crimée avait invité les Vénitiens à y réorganiser la station qu’ils y avaient eue au siècle précédent A un autre point de vue, cette conquête était un bénéfice pour la religion chrétienne, car, depuis le jour où les Tatars y avaient établi leur autorité, l’islamisme y avait pris le dessus. En 1320, Ouzbek-khan avait interdit aux chrétiens de la ville l’usage des cloches; cette mesure n’avait pas encore satisfait les Musulmans; ils avaient enlevé de force les cloches des églises, transformé celles-ci en mosquées et expulsé les chrétiens hors des murs.'* En 1334, Ibn-Batouta y avait trouvé une population à peu près exclusivement mahométane; la communauté chrétienne, réduite à quelques ouvriers grecs, était insignifiante; il y avait eu précédemment un grand nombre de chrétiens de religion grecque; mais, vaincus dans une guerre civile, la plupart avaient été massacrés ou chassés.** Aboulféda, contemporain d’Ibn-Batouta, ne mentionne même

' Mntt. Villani, étl. Dragom., U, 3fi9.

’ Haninier, Ooldene Horde, p. 315 et sa.

** M. C'anale, (Crimea I, 269, H, 343), a cru devoir admettre que les Génois avaient déjà pris possession de Soldaja avant cette époque: il s'appuyait sur le témoignage du D' Casareto, qui avait visité les ruines des fortifications de cette ville et disait avoir lu sur une inscription latine encastrée dans la muraille, la date 1332. L’abbé Oderico avait eu, lui aussi, sous les yeux, des faosimile d'inscriptions provenant de Soudak, sur lesquelles on voyait les dates 1285 ut 1314. Mais M. Jurgiewicz lOp. eil., p. 169 et ss.) s’est donné la peine de relever exactement les onze inscriptions murales de l’époque génoise qui subsistent encore à Soudak.

L’inscription que Casareto avait en vue, est celle qui porte le n” VI, dans l’ouvrage de M. Jurgiewicz, et la date véritable qu’on y lit est 1392. Quant à l’abbé Oderico (1. c., p. 132), il a émis lui-méme la supposition que sur les inscriptions qui lui étaient communiquées, au lieu de 188.5 et 1314, il fallait lire; 1386 et 1414, ce qui est parfaitement exact, comme on le voit en rapprochant ses planches 1 1 et 12 des inscriptions I et X de l’ouvrage de M. Jurgiewicz. Pas une des inscriptions génoises de Soudak connues jusqu'à ce jour ne remonte audelà de 1385.

* Aboulf., Qéogr., trad. Reiuaud, II.

‘ Raynald, ail. an. 1323, n° 3.

° Ibn-Batouta, U, 415.

Page 1