‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 65 sur 251 · C. VI. IjCS colonies de la rôle septentrionale du Pont · texte numérisé non relu

C. VI. IjCS colonies de la rôle septentrionale du Pont

les Goths avaient renoncé depuis longtemps à leur antipathie pour les villes fermées: c’est Procope qui signale chez eux ce trait caractéristique de la race germanique à l’époque de la plus haute antiquité: mais Guill. de Rubrouck apprit à Soldaja qu’il existait entre cette ville et Cherson quarante villages fortifiés* et dans chacun desquels, ou peu s’en faut, on parlait un idiome particulier; dans cette population mélangée il y avait, d’après lui, beaucoup de Goths qui parlaient l’allemand.* De nos jours encore, cette partie de la côte méridionale de la Crimée est très peuplée et les nombreux restes d’antiques fortifications que l’on y retrouve démontrent la véracité de GuilL de Rubrouck.* Pour ceux qui seraient curieux de connaître les noms de ces villages, il peut être intéressant de savoir que l’on en trouve, dans la “Gothie“ des Génois, toute une série qui se sont conservés jusqu’à nous à peu près sans altération. Ainsi, en suivant la côte de l’est à l'ouest, nous retrouvons encore (abstraction faite de Sondak qui appartenait aussi à la Gothie dans l’acception la plus large de ce nom): Alousta, (Lusce, Lusta), résidence d’un consul génois, le grand et le petit Lambat (Lambadie),* Parthenüe (Pertenite, Pertenice),* résidence d’un consul, Oursouf (Gorzovium, Gorzonium), également siège d’un consulat, Nikita (Sykita, Sicita dans l’antiquité), lalta

' Sur ce point il faut voir Aboulféda, Qiogr., U, 1, p. 282. Là aussi, nous trouvons ce nombre quarante, car il dit que le district de Krim renferme environ quarante localités , dont les principales sont Soldat, Soudak et Caffa. Les “quarante localités" des environs de Soudak figurent encore dans un diplôme de Timour Kotloug khan, de l’année 1397 (Hammer, Fundgruben, VI, 369 et ss.; Vambéry, Uigurische Spraehmonwnente, p. 172 et 8.). Il s'agit de ne point faire de confusion (à l’exemple de M. Bruun, Col. Ual. en Oax., p. 62; Oothen am Pontua, p. 68), car le nom de la forteresse de I)}oufout-Kalé, en langne turque, “Qirq -ïcr“ (“Cherchiarde" dans Barbaro, Viaggi alla Tana, p. 17; “Kerker" ou “Eerkri" dans Âbonlféda, 1. c., p. 319) signifie également “quarante localités":

voy. Barbaro, 1. c.; Tomaschek, Op. ci/., p. 43. Ou bien la solution de ce problème serait-elle peut-être qu’en temps de guerre la forteresse servait de refuge aux habitants des quarante localités éparses

dans la plaine (v. Aboulf., p. 319), de sorte qu’alors Djoufout-Kalé représentait les quarante localités dont les habitants étaient réunis dans ses murs?

’ Rubr., p. 219.

* Les Génois trouvèrent à Alousta et à Oursouf des fortifications du temps de Justinien: v. Procop. , éd. Dindorf, III, 262; il nomme la première de ces localités to*..4âoiwjtoi', la deuxième vi> h ^o^^^ov^^Tcuç gnwr.jtur-^ il parait que les Génois s’occupèrent de restaurer et de perfectionner ces fortifications: Pallas, Op. rit., II, 176 et 8. ; Dubois de Uontpéreux , VI , 33; Ausland, 1840, janv., p. 70. La tradition attribue encore aux Génois les anciennes fortifications de Liméné (près d’Aloupka, entre lalta et Balaclava), mais elles sont probablement d’origine grecque: Dubois de Montp., VI, 84 et s.

‘ Aafijiàini, dans Scymnus, de Chio.

‘ Act. SS. Bail. Juin, p. 190: /«

m^artxg; rùr Tar^iooerOûi' /ijç l'irn

Tr;r jfùuar twr Vôx&iav rflùfffjç têinoi>toy Xeyôgfyoe lla^trtTÙr.

210 Deiijcirrnt juriodc. — II. Développement du commerce du Levant.

(lalita) ' résidence d’an consul, Orianda, Miskor (Muzacori), Âionpka, (Lupico), Kikineïs (Chichineo), Foros (Fori), et enfin, à l’extrême frontière du district, également d’après le texte dn traité de 1380, Balaelava, dont le nom était alors chez les Grecs Symbolon, chez les Italiens Cembalo, résidence d’un consul génois dès 1367.* Cette date est importante en ce qu’elle nous montre que les Génois possédèrent Balaelava huit ans plus tût que Soudak. Il est probable que leur flotte avait enlevé cette ville par un coup de main, et remarquons que ses possesseurs étaient alors, non pas des Tatars, mais des seigneurs grecs. L’annexion du reste de la Gothie tributaire des Tatars fut postérieure. Comme ceuxci attachaient beaucoup moins de prix à la possession des côtes qu’à celle des vastes steppes de l’intérieur, ils ne firent pas beaucoup d’efforts pour la conservation de ce district, tandis que pour les Génois c’était une acquisition précieuse; les anses nombreuses dont la côte est découpée leur permettaient de donner du développement à nn cabotage actif, et c’étaient autant de refuges assurés, même aux vaisseaux de haut-bord, en cas de mauvais temps. Entre toutes, celle qu’ils étaient le plus satisfaits de posséder était naturellement la rade de Balaelava, protégée par une ceinture de rochers et extrêmement poissonneuse, ce qui n’était pas un détail à négliger au point de vue des bénéfices de la pêche."

Mais les résidences des Goths s’étendaient encore vers l’intérieur des terres, dans la ligne de montagnes boisées qui court parallèlement au littoral, au sud-ouest de la Crimée, et que coupent les vallées de la Tchernaïa, de la Belbek, de la Katcha, de l’Âlma et du Salghir: c’est même dans cette région montagneuse qu’ils s’étaient établis, à ce qu’il semble, dès l’origine et qu’ils se sont maintenus le plus longtemps.* C’est lé que s’élève l’antique et curieuse forteresse de Mangoftp

' Edrisi (II, 39B) écrit I)jalita, les documents grecs dans les Act. pairiarch. Opol. (I, 577; n, 68, 74 et s., 249) tantflt 7«A/r«, tantôt i'taUra.

’ M. Canale (Crimea, I, 299 et s.) avait cru pouvoir désigner comme le plus ancien consul de cette colonie Griffiotto Grifliotti, qui d’après une note du premier volume du registre de comptes de la Massaria de Caifa, occupait ce poste en 1374; mais, dans une inscription trouvée à Balaelava, on lit le nom de Simone dell' Orto, consul pour l'année 1367; v. Zapiski d’Odessa, V, 175.

• Alii délia Soc. lig., Vn, 2, p. 666. Les noms de localités de la Gothie énumérés dans le texte sont empruntés & une

note de U. Desimoni, dans son édition de VAU. Iaix. (Atti, l. e., V, 254): il en a trouvé les éléments dans des Cartnlaires de Caffa. Les plus importantes de cea localités sont également nommées dans Edrisi, II, 396 (cf. Lelewel, Otogr. du Moyen -Age, III, 196 et s.), dans les Acta pairiarch. Opol., II, 67, 148, dans les Portidans de Lelewel, p. 13, et dans Thomas, p. 241. Celles où résidait un consul sont indiquées dans un passage du statut de 1449, publié dans les Atti delta Soc. lig., vn, 2, p. 698: voj. spécialement, ibid. p. 661 et ss., “Ordinamenta Cimbali.** H. Tomasebek (p. 70 et ss.) en donne une description topographique détaillée.

* Dubois de Hontpéreux, VI, 225 et n.

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