‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 66 sur 251 · C. VI. Les rolotiies de la côte septentrionale du Pcnt. 'Jtt · texte numérisé non relu

C. VI. Les rolotiies de la côte septentrionale du Pcnt. 'Jtt

qui fut, ainsi que l’ont démontré les recherches de M. Dubois de Montpéreux, la capitale de la Glothie, et dont la situation commande les bassins de la Tchemaïa et de la Belbek. Les Génois ont -ils été, à un moment donné, en possession de cette forteresse? Un grand nombre d’historiens modernes se sont prononcés pour l’afBrmative ; ‘ cependant, les chroniques et les chartes d’origine génoise sont absolument muettes à cet égard, et les voyageurs qui ont étudié avec le plus de soin les vastes ruines de cette forteresse sont d’avis qu’elle ne leur a jamais appartenu. M. Dubois de Montpéreux ne put y découvrir aucune trace d’architecture génoise et, avant lui, Mourawiew-Apostol avait déjà remarqué qu’on n’y trouve nulle part ces écussons que les Génois avaient coutume de prodiguer dans leurs constnictions.* D en est de même poui’ les forteresses de Teherkess-Kerman (à l’ouest de Mangoup) et de Djoufout-Kalé (près de Baghtchèseraï) : en dépit de l’avis émis par Pallas et par Garke, il nous est impossible de croire qu’elles aient été construites par les Génois; pour combattre leur opinion, il suffit d’étudier de près les restes encore debout et de s’en tenir strictement aux sources historiques dignes de foi.® H est d’ailleurs contraire à toute vraisemblance que les Génois fussent allés élever de semblables forteresses dans une région montagneuse que ne traversait aucune route commerciale tant soit peu importante, ou même seulement qu’ils eussent tenté de s’y établir solidement

Le domaine colonial de Gènes ne comprenait pas davantage la Chersonèse héracléotique , vaste promontoire qui s’avance dans la mer entre la baie de Balaclava et celle de Sébastopol. Là, s’élevait encore l’antique Cherson; ruinée pai' la concurrence de Caflfa, elle était en pleine décadence. Il ne suffit pas de rappeler l’érection de cette ville en évêché latin, en 1333,* pour avoir le droit d’en conclure qu’elle devait politiquement dépendre d’une puissance occidentale. Ce fait démontre seulement la présence d’un certain nombre de colons appartenant à la religion catholique romaine et la sollicitude du pape pour leurs besoins spirituels. Cherson dépendait soit des empereurs de Trébizonde, soit des Seigneurs de Théodoros (Theodori), petits souverains d’origine grecque, vassaux de l’empire de Trébizonde à son origine, mais devenus indépendants par la suite. Maîtres ou non de Cherson, ces seigneurs de Théodoros jouèrent plus tard un rôle tellement im-

‘ Voy. p. ex. Fallu, op. eit.. Il, 120; Clarke, Voy. en Rusa., n, 4S0; Serra, Storia deW ont. Liguria, IV, 66.

’ Dubois de Hontpéreuz, VI, 272 et sa., 236; Mourawiew-Âpostel, Reise dureh Taurien. trad. Oertel, p. 161.

' Dub. de Montp., VI, 292, 343 et s.

* Lib. jur., n, 437 , 446; Theiner, Monum. Polon. et Lithuan., I, 347 — 360. Le ressort de l’évtché zrec s'étendait sur une partie du territoire génois: r. Paspati, BfÇftrrtynt ufitrtu, p. 247.

212 Deuxième période. — IL Développenumt du commerce du Levanf.

portant dans l’histoire de la colonie génoise, qu’ils s’imposent à notre attention. Les origines de leur principauté, le pays d’où ils étaient sortis restent plongés dans une obscurité également profonde. En tout cas, ils n’étaient pas de race gothe, mais de descendance grecque. Le nom d’Alexis, porté par le plus grand nombre d’entre eux, indique une parenté avec la maison impériale de Trébizonde; plus tard, le nom d’Olobeï (Oulough-bey) ' s’intercale de temps à autre; ceci décèle leur situation de dépendance à l’égard des khans tatars, dépendance qui d’ailleurs n’entraîna pas poui' eux le renoncement à la foi chrétienne. D’après une inscription, leur titre complet était: Seigneur de la ville de Théodoros et du littoral:* les sources occidentales les désignent habituellement sous celui de: Signori de lo Tedoro* et parfois sous celui de: domini Gothice.* Souverains de la Grothie, aux yeux des Génois ils n’étaient que des usurpateurs, puisque, suivant eux, cette province était une dépendance de Gaffa.® Il va de soi que, sous cette appellation de Gothie, nous entendons désigner non pas la bande de littoral que les Génois possédaient sous ce nom depuis 1380 en vertu des traités et qu’ils possédèrent sans interruption tant qu’ils eurent une colonie en Crimée,® mais tout le district montagneux qui s’étend en arrière de la côte méridionale; ce district, les Génois ne le possédèrent jamais, mais ils se figuraient avoir des droits sur lui parce qu’il était, comme le littoral, habité par une population de race gothe. Réciproquement, les seigneurs de Théodore se considéraient probablement comme les maîtres légitimes du littoral, aussi bien que des parties de la Gothie situées à l’intérieur des terres. Ce titre, “seigneur du littoi-al“ qu’ils s’attribuaient, n’était-il qu’un titre de parade? Faudraitil croire que jamais leur principauté ne s’était étendue jusqu’à la mer?

* Atti delta Soc. lig., VI, 118 , 655.

B32 (planche).

’ Inscription de l’année 1437, dans Dubois de Montpérenx. Voy. autour du Caucase; Atlas, 4® série, pl. 26; texte, VI, p. 257 et s. (= C. J. Gr. n® 8742).

’ Voy. les Annales génoises de Stella, p. 1311; Fogl., p. 567; Ag. Oiustiniani, p. 161, b, et les passages empruntés é des chartes, insérés dans les Atti delta Soc. lig., VI, 113 , 655 , 660 , 811, 815 et 8.; VU, 1, p. 490, 674, 769, 867 et s.

‘ Atti, 1. c., VI, 102; VII, 1, p. 731.

* Atti, 1. c., VI, 815: “indebite occupant Qotiam ad nrbem Caphæ pertinentem.”

‘ M. Vigua a publié des brevets de no-

mination à des emplois de la capitainerie de Gothie, qui vont jusqu’aux derniers temps de l’occupation: il donne des listes de ces fonctionnaires dans le supplément, VII, 2, p. 981 et 88. Cependant, malgré la souveraineté exercée par la république de Gènes sur le littoral de la Gothie, certains seigneurs, d’origine gothe, continuaient é jouir de leurs droits sur des villages enclavés dans ses possessions.

Ainsi, & Alousta, nous voyons, en 1474, é côté du consul génois un “dominus Luste”, nommé Derbiberdi, dont les autorités génoises surveillaient d’un oeil méfiant les acquisitions territoriales: Atti delta Soc. lig.. Vn. 2, p. 412: cf. 819.

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