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C. VI. Les colonies de la côte septentrionale du Potit

Suivant Martin Broniovius* qui visita la Crimée au XVI® siècle et y recueillit une quantité de renseignements relatife à l’histoire ancienne de la presqu’île, avant de tomber dans la dépendance de Gênes, Balaclava appartenait à des seigneurs grecs dont les dissensions et l’indolence aplanirent la voie aux nouveaux conquérants. Il s’agit lé probablement des seigneurs de Théodore. Mais, à une époque postérieure à la prise de Balaclava par les Génois, leur territoire touchait encore à la mer au moins par un point Nous les verrons, en 1455, s’occuper de créer à Calamita un marché rival de celui de Caffa. Cette ville de Calamita était située dans la baie de Sébastopol tout près d’Inkerman.® D’après cela, le littoral dont il est fait mention dans l’inscription de 1247 serait celui qui renferme la baie de Sébastopol. Mais où retrouver Théodore ou Théodori, leur résidence?* Ce nom a une certaine ressemblance avec celui d’Aïtodor (Hagios Theodoros), nom d’un promontoire de la côte méridionale, entre Àloupka et lalta; mais ce point appartenait aux Génois et l’on n’y trouve pas trace de ruines d’une ville ou d’un château-fort. Le nom de l’antique Théodore est absolument inconnu des générations actuelles, et ce n’est pas de leur bouche qu’on pourrait recueillir quelque indice â son égard. Après bien des recherches, les savants se sont arrêtés particulièrement â deux localités. D’une part, M. Dubois de Montpéreux, suivant la trace de Thunmann, regardait à peu prés comme positive l’identité de la ville actuelle d’Inkerman et de la Théodori du Moyen-Age;* M. Desimoni partage cette manière de voir;* d’un antre côté, M. Bruun pense que Théodori ne fait qu’un avec la forteresse de Mangoup qui se trouvait dans la montagne, à l’est d’Inkerman.® Il est certain que ces deux localités étaient comprises dans le teiritoire dépendant des seigneurs grecs dont nous étudions l’histoire.’ Si l’on songe aux ruines grandioses que virent dans l’une comme dans l’autre Broniovius au XVI® siècle et M. Dubois de Montpéreux an XIX®, on doit avouer que l’une comme l’autre a pu être la résidence de princes grecs; effectivement, parmi les débris qui

* DtteriptioTatiarùe,ed.Oolon.Agripp., foL 7.

’ Cest ce que montrent les cartes du Mojren-Age: Barbare (Viaggi alla Tana, p. 17) énumère aussi, à la suite l’une de l'autre, Cymbale, Sarsona (Cberson) et Calamita.

* M. Fallmerayer (Abh. der Münchn.

Akad., Eût. Cl., m, 110; IV, 1, p. 69) écrit rà 6*iodw(ia; je n'ai trouvé nulle part ce nom sous cette forme, mais bien

ol Sfâbanioi: Uisl. pot. Cpol., p. 45, éd. Bonn.

* Voy. aut. du Caucase, VI, 267.

‘ Euori studj suil' allante Luxoro.

dans les Atli délia Soe. lig., V, 249.

® Coloti. ital. en Qaxarù, p. 64; Oiom. liguai., I, 360 et s.

’ Broniov., l. e., p. 14 : “duces græcos, qui Uancopiæ et Ingermeui incolebant" — cela pourrait bien être une réminiscence d’un fait très exact.

214 Deuxieme période. — IL Développemmxt du commerce du Levaiif.

jonchent au loin le vaste plateau sur lequel s’élevait la forteresse de Mangoup, M. Dubois de Montpéreux put reconstituer un palais richement décoré, une chapelle grecque, des tombes également grecques, et Broniovius reconnut deux églises et vit des inscriptions grecques. ‘ Mais les ruines d’Inkerman, moins importantes peut-être, renfermaient aussi, au temps de Broniovius, des inscriptions grecques et de magnifiques écussons; ses guides attribuaient la construction du château à des princes grecs.* Cependant, le rapprochement de quelques dates semble décidément devoir faire pencher la balance en faveur de Mangoup. En premier lieu, nous trouvons, dans des actes génois de 1471 et de 1475, le nom d’un personnage avec lequel les colons entretenaient d’habitude de bonnes relations de voisinage: ils l’appellent Saicus ou Saichus, doniinus Thedori ou dominus Theodori et Gottie.* En second lieu, certains documents d’origine russe nous apprennent qu’en 1474 et 1476, des négociations eurent lieu en vue d’un mariage entre un prince russe et l’une des filles d’Isaiko, seigneur de Mangoup.^ Ce Saik et cet Isaiko sont évidemment un seul et même personnage et, par conséquent, Théodore se confond avec Mangoup. Donc, on serait en droit d’admettre que Mangoup était la résidence d’où les seigneurs de Théodore régnaient sur la plus grande partie de la région montagneuse du sud de la Crimée et sur une partie des côtes de la baie de Sébastopol.®

S’il est constaté que Cherson, Inkerman, Mangoup étaient restées en dehors du territoire possédé par les Génois, à plus forte raison la forteresse de Djoufout-Kalé n’a-t-elle pas pu leur appartenir.® M. Dubois de Montpéreux l’a surabondamment démontré à l’encontre des affirmations de Pallas et de Clarke.* On peut déjà prouver qu’au XIV*

' Dubois de Montpéreux, l. e., VI, 272 et 88.; Broniovius, l. e., p. 7.

’ Broniovius, p. 6.

• Atti delta Sœ. lig., VII, 1, p. 769;

* Karamsin, Qeseh. des russ. Reichs (trad. allem.), VI, (Riga, 1824) p. 69. M. Tomasebek donne plus de détails, ayant eu sous les yeux l'original russe, Op. cil., p. 53.

‘ D'après une Chronique anonyme des khans de Crimée, Mengli-Geral se serait réfugié, peu de temps après la mort de son père (1466), è Mangoup “qui appartenait alors aux Génois". Mais, comme Mangoup a appartenu aux seigneurs de Thêodoro jusqu’en 1476, il est difficile de

comprendre comment les Génois auraient pu la posséder à l'époque indiquée; ceci dit contrairement & l'opinion de M. Bruun (Col. ital. en Oax., p. 73).

^ On y a trouvé une épitaphe en hébreu, où il est fait mention d'un siège fait par les Génois, pendant lequel un certain Eliahou aurait succombé héroïquement; mais il n'est pas absolument démontré que la place assiégée fût DjoufoutrKalé; ceci mis è part, la date (1261) est absolument inadmissible, car l’inscription est de celles dont les dates ont été falsifiées par le trop fameux Firkotvitch : voy. Bruun, Colon. ital. en Oax., p. 86 et s.; Oibm. ftgust., n, 376—378.

' Voy. autour du Caucase, VI, 343.

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