C. VII. L’Asie centrale et la Chine
siècle, Kerkri,‘ (c’est le nom de Djoutfout-Kalé pendant le Moyen-Age), était au pouvoir des Tatars;* au XVI®, elle devint la résidence de leurs khans.’
Cîonclnons : il résulte de tout ce qui précède que les possessions des Génois en Crimée se bornaient à la partie de la côte méridionale comprise entre Caffa et Balaclava; jamais elles ne s’étendirent profondément dans l’intérieur de la presqu’île.
7* L’Asie centrale et la Chine.
Les premiers Européens qui aient, à notre connaissance, dépassé la muraille de la Chine, étaient deux Vénitiens d’une famille patricienne, adonnée an commerce comme la plupart d’entre elles, les deux frères Niccalo et Maffia (Matteo) Poh. Avant ce voyage, ils firent un long séjour à Constantinople. Leur fi’ère Marco (l’ancien) s’y était fixé et y resta k demeure jusqu’au jour où il se décida à quitter les afiaires pour aller finir ses jours dans sa ville natale. C’était peutêtre là que se trouvait le principal siège de leur maison de commerce. Quoique marchant à grands pas vers sa ruine, l’empire latin subsistait encore; les Vénitiens s’y trouvaient comme chez eux et pouvaient tranquillement y travailler à l’extension de leurs affaires. Les frères Polo repartirent de Constantinople en 1260, emportant un assortiment de bijoux; ils commencèrent par traverser la mer Noire pour atteindre Soldaja en Crimée, où les Vénitiens avaient des comptoii's et où, peut-être, leur frère Marco possédait déjà la maison que nous voyons plus tard faire l’objet d’une disposition de son testament (1280). Leur projet primitif était de se rendre à la cour de Berké-khan (Berekèh) qui r&sidait alternativement à Saraï et à Boulgar. Après avoir visité les deux villes et s’être défaits de leur pacotille en la vendant au khan le double de sa valeur, ils songèrent an retour; mais, dans l’intervalle (1262 — 1263), la guerre avait éclaté entre Berké et Houlagou, khan de Perse, et la route était fermée ; ne pouvant retourner sur leurs pas, ils se décidèrent à pousser plus loin du côté de l’Asie, traversèrent
' Kerker ou Kerkri dans Aboulféda, Oiogr., U, 1, p. 319; Cherchiarde dans Gioe. Barbare, p. 17; Chercher dans Ambr. Contarini, p. 63; Carckeri dans Schiltberger, p. 106; -Xeérafi dans les Ad. patriarch. Cpol., U, 148; Karker et Kirkel dans le .Vour. joum. tuiat., XII (1833),
p. 364, 366; Carchere dans le Oiom. ligust., 1879, p. 482. 484.
’ Cf. Bruun, Col. liai, en Oaxarie, p. 61, 66.
’ Ambr. Contarini, p. 63; Ag. Giustiniani; Annali di Oenota, p. 227, b; cf. Aiti délia Sot. lig., Vil, 1, p. 628 et s.
216 Deuxième période. — IL Dévdoppemetit du commerce du Levanf.
le Volga à Ookek, localité située à peu près à moitié chemin entre les deux résidences du khan, non loin de la ville actuelle de Saratov,' et, après un long voyage & travers les steppes, ils finirent par atteindre Bokhara. Tout le pays était en proie à la guerre et, pendant trois ans, ils se trouvèrent conune bloqués dans cette ville. Ils ne durent leur délivrance qu’à un hasard qui vint bouleverser leurs projets et les décider à continuer leur voyage jusqu’en Chine. Des ambassadeurs tatars envoyés de Perse en CWne passaient par Bokhara; ils virent les voyageurs italiens et les engagèrent à les accompagner: pour les décider, ils leur affirmèrent que le grand khan avait un vif désir de voir des Européens (Latins), qu'il leur ferait le meilleur accueil et que ce voyage ne pourrait manquer de leur faire gagner de l’argent Les Polo ne demandaient pas mieux que de se laisser persuader: ils firent donc route en compagnie de ces ambassadeurs, ce qui leur évita nombre de difficultés et de dangers, traversèrent en un an l’Asie centi-ale dans toute son étendue, et arrivèrent enfin à la cour du grand khan.
Koubilaï se montra effectivement heureux de recevoir les voyageurs vénitiens à sa corn" et de pouvoir les interroger poui- assouvir sa curiosité, ce qui lui fut d’autant plus facile qu’en route ils avaient appris la langue tatare. Ce prince avait une haute idée de la civilisation européenne et une vague intuition de la supériorité de la religion chrétienne sur celle de son peuple; aussi, son plus vif désir était-il d’entrer en relations avec la Chrétienté d’Occident II demanda donc aux Polo s’ils ne voudraient pas se rendre à Borne en son nom, en qualité d’ambassadeurs et en compagnie d’un grand personnage de sa cour, pour demander an pape l’envoi d’une nombreuse mission (il la voulait de cent personnes au moins), composée d’hommes capables d’enseigner an peuple de Chine la Somme de la science occidentale (c. à d. les sept arts, ou le Trivium et le Quadrivium) et de lui démontrer la supériorité de la religion chrétienne sur toutes les autres. Les Polo se chargèrent volontiers de cette importante mission, mais ils durent la remplir seuls; leur compagnon tatar tomba malade en route et ne put les suivre. Il ne leur fallut pas moins de trois ans pour regagner l’Europe (1269); cette fois, ils avaient pris par Lajazzo. Au moment de leur arrivée, le S. Siège était vacant et, comme l’élection du nouveau pape traînait en longueur, il se passa un temps assez long avant qu’il ne leur fût possible de s’acquitter de leur message. Enfin, à l’automne de l’année 1271 , Grégoire X ceignit la tiare. L’un de ses premiers actes comme
' Fitehn, Notice enr l’ancieime Tille mongole d’Oukek, duu les Mém. de l'Acad. de iS* Pétertb., G* série, Seietiees polit.,
hisl. et phiiol., III, 73 et es. ; Huiler, Deurstellung des Strovisystems der Wolga, p. 494 et s.