‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 69 sur 251 · C. vu. L’Asie centrale et la Chine · texte numérisé non relu

C. vu. L’Asie centrale et la Chine

pape fut de remettre aux Polo sa réponse à la missive du grand khan et de désigner pour les accompagner deux savants moines dominicains, déjà très au courant des choses .de l’Orient; le souhait du souverain tatar se trouvait donc accompli bien que dans une mesure très restreinte. Mais il était dit que les représentants de la religion chrétienne et de la science occidentale, si peu nombreux qu’ils fussent, ne devaient pas encore mettre le pied en Chine; ceux-ci à peine arrivés en Asiemineure, furent infoimés de l’approche d’une armée égyptienne et, pris de peur à la pensée des dangers auxquels ils s’exposaient, ils retournèrent sur leurs pas. Niccolo et Maflio poursuivirent donc leur route sans eux, mais, cette fois, quand ils se présentèrent devant le grand khan (1276), ils lui amenaient le jeune Marco, flls de Niccolo. Koubilaï leur fit un accueil excellent, mais distingua particifiièrement Marco; celui-ci eut vite acquis la connaissance des divers idiomes et des diverses écritures en usage dans l’empire du grand khan; il sut se plier avec une égale facilité aux us et coutumes de l’Orient et fit d’année en année des progrès dans la confiance du souverain. Koubilaï put retenir les ti’ois Italiens en Chine pendant dix-sept ans sans avoir besoin d’user de violence. Pendant cette période, Mai-co exécuta, an nom dn grand khan, plusieurs tournées d’inspection dans l’empire, fit un séjour de trois ans à Yang- Chan comme gouverneur de province et finit par une ambassade dans l’Inde. Son père et son oncle rendirent également des services au prince, mais il ne semble pas qu’ils aient été, comme Marco, au service de l’état; ils s’occupaient plutôt d’affaires de commerce et surtout du commerce des pierres précieuses, leur spécialité. Enfin en 1292, tous trois quittèrent définitivement la Chine, prirent la mer, visitèrent Sumatra, l’Inde, Ormouz, où ils débarquèrent, traversèrent la Perse, s’embarquèrent de nouveau à Trébizonde et, après une escale à Constantinople et une autre à Négrepont, ils rentrèrent enfin dans leur patrie en 1296. Au cours de ce long voyage. Us avaient eu encore diverses missions à remplir au nom de Koubilaï; chargés par lui d’accompagner jusqu’en Perse une princesse tatare demandée en mariage par le khan de ce pays, ils avaient de plus à remettre divers messages au pape, aux rois de hYance, d’Angleterre, d’Espagne et à d’autres princes encore.

Ainsi, pai’ l’effet d’une série de circonstances fortuites en apparence, un voyage entrepris par deux marchands vénitiens pour leurs affaires, voyage qui devait d’abord s’arrêter au Volga, les avait menés jusqu’en Chine, et son résultat fut d’ouvrir aux Européens la connaissance de ce pays et cela dès l’abord d’une manière complète et par des témoignages absolument dignes de foi. De toutes les descriptions de la Chine écrites par auteurs arabes ou persans au Moyen-Age, depuis les premières d * vertes des marins de Sirâf jusqu’aux très intéressantes relat'

218 Detfxième période. — IL Développement du commerce du Levant.

Ibn-Baiouta et d’un Rachid-eddin, aucune n’est à comparer, même de loin, à celle où Marco Polo a consigné le résultat de ses longues observations personnelles et dépeint non pas seulement les villes les plus fréquentées et les plus importantes, mais le pays tout entier, au triple point de vue de l’ethnogi'apliie , de la statistique et de l’économie politique. En digne fils d’une nation de commerçants, il ne perdait jamais de vue l’étude des produits naturels et fabriqués des pays qu’il traversait, celle du trafic grand et petit, des centres commerciaux et des routes; par suite, ses observations étaient d’un prix inestimable pour ceux à qui viendrait l’idée d’aller faire des afiaires dans ces régions lointaines. Enfin, tout ce qu’il racontait de l’accueil plus que bienveillant fait en Chine à son père, à son onde et surtout à lui -même, de la paix et du bon ordre régnant dans ce pays, de la richesse et du bien-être de ses habitants, tout cela était de nature à lui susdter des imitateurs. H est certain que ses descriptions firent une grande impression sur le monde des affaires. Et ici je ne parle pas de son livre; avec le système de copie seul encore en usage, il ne pouvait se répandre que dans des cercles très restreints et les lumières nouvelles qu’il apportait devaient mettre bien longtemps à pénétrer dans la science géographique de l’époque;' je parle de ses conversations, transmises de bouche en bouche, tant à Venise, où elles ne rencontraient pas que des incrédules, qu’à Gênes, où son livre fut écrit de la manière qu’on sait, et où l’influence de son auteur dépassait les limites de son étioite prison pour gagner de proche en proche jusqu’à la place publique. Hais comme, sur les milliers de commerçants qui courent le monde, ceux qui se donnent 1a peine d’écrire la relation de leurs voyages sont l’exception, les noms du plus grand nombre de ceux qui, sur la foi des récits de Marco Polo, prirent la route de la Chine, sont tombés dans l’oubli.

Nous connaissons cependant quelques-uns de ceux qui suivirent son exemple. Comme lui, un Génois, nommé Andalb di Savignone, une fois arrivé en Chine, sut se pousser dans la confiance du grand khan; chargé par lui d’une ambassade, il revint en Occident comme son représentant et profita, en 1338, du départ d’une flotte vénitienne pour retourner dans l’Empire du milieu (probablement par Tans).’ A l’époque où les trois Polo n’avaient pas encore quitté la Chine, un grand commerçant dont la patrie est inconnue, mais qui était certainement italien, Petrus de Lucalongo, partit de Tauris (1291) en compagnie du moine firan-

’ Yule, M. Polo, I, introd., p. cxi et u. ’ Caoale, DrUa Crimea, H, 446 (MamongC. aei). M. Desimoni suppose avec <it 6'* Pt» ce penonna^ est le mSnie

que le Franc Andréas dont le nom se lit dans une lettre du grand khan au pape Benoit XII (Bayn. , a. a. 1388, n° 78): Areh. aior. it., 4® sér., I, 1878, p. 307.

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