‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 70 sur 251 · C. VIL L’Asie centrale et la Chine · texte numérisé non relu

C. VIL L’Asie centrale et la Chine

ciscain Jean de Montecorvino ; celui-ci avait déjà évangélisé la Perse; il voulait aller semer la bonne parole jusqu’en Chine et avait obtenu une lettre de recommandation du pape Nicolas IV pour le grand -khan Konbilaï. La Chine était aussi le but que Petrus s’était proposé d’atteindre. Ils se rendirent d’abord dans l’Inde par OrmouzJ et, comme le missionnaire trouva là, sur la côte de Coromandel, à Héliapore et aux environs un terrain bien préparé pour recevoir fructueusement sa parole, ils y firent un séjour de treize mois; après quoi ils reprirent la route de la Chine. Les chrétiens n’avaient eu jusqu’alors, dans ce pays, que des églises du rite nestorien; Jean de Montecorvino y laissa les éléments d’une colonie catholique -romaine; plusieurs églises et des monastères franciscains, plusieurs milliers de nouveaux couvertis en formaient la base. Quand il construisit sa deuxième église, en 1305, il put l’élever dans Pékin même (Khanbaligh) en face du palais du grand khan Timour,* et l’entourer de couvents, d’ateliers et de maisons. Le terrain sur lequel se firent ces constructions était un don de son ancien compagnon de route, Petrus de Lucalongo. Voilà donc un deuxième exemple d’un marchand d’Occident ayant séjourné dix ans an moins en Chine.®

Continuons à suivre les développements des missions catholiqnesromaines en Chine; nous y trouverons à glaner des renseignements intéressants pour l’histoire du commerce. Parmi les villes de province qui virent s’élever dans leur sein des églises et des couvents, grâce au zèle infatigable de Jean de Montecorvino, il faut citer une grande place de commerce, Zayton, dont nous aurons à reparler avec plus de détails. Elle possédait une cathédrale et eut successivement pour évêques des moines franciscains, nommés Oerardns, Peregrinns et Andréas. Ce dernier éciivit, en 1326, une lettre destinée à Pérouse, sa ville natale, où il racontait ses aventures et celles de ses compagnons.

' Ce détail ressort d’une lettre de HenentUlos de Spolète, communiquée par' M. Kunstmann dans les Münchener ge- Uhrit Anxeigtn, des 24 et 26 déc. 1866, p. 164 et SS. Le véritable auteur de ces nouvelles de l'Inde n’était antre que Jean de Montecorvino; Menentillus n’est qu’un agent de transmission; or, il est évident que l’auteur des nouvelles connaissait par expérience la traversée entre Ormouz et la côte de Coromandel (Op. cit.. p. 176); nous devons admettre que Jean avait suivi cette voie; v. Yule, Cathag, I, 167, 209—218.

* Koubilaï était mort en 1294.

* Pour hs origines des missions de la Chine, les meilleures sources à consulter sont les deux lettres écrites par Jean de Montecorvino, en 1306 et 1806; je ne puis que renvoyer le lecteur & ce que j’ai écrit à ce sqjet dans la Zeitsehr. f. hittor. Thtol., 1868, p. 286 et ss.; je me borne & citer ici le passage de la deuxième lettre où il est question du marchand Petrus de Lucalongo ; elle a été publiée dans Mosbeim, Historia eeel. Tartarorum, append., p. 119.

220 Dmxiènie période. — IL Développement du commerce du Levant.

Nous y lisons, entre antres choses, que lui et ses collaborateurs reçoivent du grand khan un traitement annuel, ou, pour employer l’expression indigène, une Alafa ; ‘ des marchands génois qu’il a consultés pour connaitre la valeur de ce traitement lui ont dit qu’elle pouvait atteindre jusqu’à cent écus d’or.‘ Comme Andréas demeura en Chine sans interruption à pai*tir du jour où il avait commencé à toucher son traitement jusqu’à celui où il écrivit cette lettre, et que, pendant les huit dernières années, il résida à Zayton, il est évident que c’est dans ce pays qu’il a \ti les marchands génois dont il parle. Ceci nous amène donc à ce résultat important qu’en 1326, des marchands génois faisaient des affaires dans la ville chinoise de Zayton.

Un détail nous montreia à quel point les intérêts de l’Église et ceux du commerce marchaient de front dans cette ville: il ne suffisait pas aux hYanciscains d’y avoir fondé des églises pour eux et pour les indigènes convertis par leurs soins à la foi chrétienne; ils bâtirent encore un fondaco pour les marchands (d’Occident) dont le séjour s’y prolongeait plus ou moins.*

Ces particularités prouvent, en tout cas, une participation assez active des marchands francs au commerce de la Chine, au moins jusqu’au milieu du XIV® siècle. C’est précisément pendant ce siècle qu’un voyageur dont le témoignage ne mérite d’ailleurs qu’une confiance très limitée, l’Anglais Maundeville, écrivit sa relation, et nous y lisons que des marchands de Gênes, de Venise et d’autres villes de la Haute-Italie faisaient le voyage du Cathay, soit par terre, soit par mer, et qu’ils mettaient de onze à douze mois pour y arriver;^ d’après ce qui précède, nous n’avons aucun motif pour douter de l’exactitude de cette information. Ne voyons-nous pas un écrivain autrement sûr, Oderico da Pordenone, nous dire, en nous faisant la description de l’immense ville de Quinsaï, qu’il connaît à Venise beaucoup de personnes qui y sont allées et qui

• C'est un mot d’orifcine arabo- persane, passé dans la langue mongole; sa signification primitiTe était : fourrage.

Certains ambassadeurs reçurent également des Alafas; t. Rachid-eddin, éd. Quatremère, p. 371 ; Clavÿo, Vida del gran Tamorlan, p. 304: il rend ce mot par l'expression “mantenimiento®. On le trouve encore dans les Cartulaires de Cafifa, avec la signification de pension, ou quelque chose d’analogue: v. Desimoni, AUi delta Soc. Lig., XHI, 579, not.

’ Mosbeim, 1. c., append., p. 133.

’ Marignola, dans Dobuer, Slonum.

hütor. Boemùe, II, 95: "Zayton

«bi fratrea minores habent très ecclesias pulcherrimas, optimas et ditissimas, balneura, fundacum, omnium mercatorum depositorium.® D'accord avec M. Yule (Ca- Ihay, n, 355), je restitue, sans hésiter, dans ce passage, la lecture fundacum, dont le sens saute aux yeux, au lieu de fundatum, car ce mot, même en le rattachant à balneum, présente & peine un sens intelligible. Marignola résida en Chine de 1343 à 1347 environ.

* The voiage and traraile of Sir John Maundeville, Lond. 1737, p. 356, 338.

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