‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 71 sur 251 · C. vu. L'Asie centrale et la Chine · texte numérisé non relu

C. vu. L'Asie centrale et la Chine

seront en mesure de confirmer ce que ses assertions pourraient sembler avoir d’exagéré?*

Pour aller en Chine, les marchands occidentaux avaient le choix entre plusieurs routes. Jean de Montecorvino en cite* deux: l’une, la plus courte et la plus sûre, suivant toujours la voie de terre à partir de la Crimée (par l’Âsie centrale) et demandant de cinq à six mois; l’autre, beaucoup plus longue, n’exigeant pas moins de deux années et par laquelle le voyageur restait presque tout le temps en mer. En décrivant la deuxième route, Jean songe évidemment à son propre voyage ; * mais un autre missionnaire, Oderico da Pordenone suivit à peu près le même itinéraire;* Marco Polo également, à son retour de Chine, avec cette différence qu’il fit le voyage en sens inverse. Voyons donc un peu par où passait cette route. Le voyageur mettait le pied sur le continent asiatique à Trébizonde ou à Lajazzo, se dirigeait de là sur Tauris par la route de caravanes que nous avons déjà décrite en détail, puis traversait la Perse pour atteindre Ormouz par Yezd.'* Là, il s’embarquait, longeait la côte de Malabar, puis remontait plus ou moins haut le long de la côte de Coromandel, et s’en éloignait à un moment donné pour couper droit à travers le golfe du Bengale, dans la direction de Sumatra; enfin, il terminait le voyage en faisant le tour de l’Indo- Chine. Pour Jean de Montecorvino, la traversée entre Ormouz et la Chine s’était divisée en deux périodes, parce qu’il s’était arrêté en route et avait fait un séjour de longue durée dans l’Inde; il n’en allait guère autrement pour les marchands; tons s’arrêtaient plus ou moins dans l’un ou l’autre port de l’Inde, car ils y trouvaient mainte occasion.de faire des affaires et d’acquérir des connaissances utiles dans l’exercice de leur métier; du reste, la nécessité des transbordements entraînait toujours par elle-même beaucoup de lenteurs.

Par la voie de terre, la direction à suivre pouvait varier suivant le point de départ choisi. Supposons, par exemple, un marchand ayant débarqué en Asie à Lajazzo et voulant de là pénétrer dans l’intérieur du pays, cas très ordinaire an temps de Marco Polo. Son premier objectif était, en tout état de cause, Tauris. Si, de là, tenant à éviter la mer, il voulait g’agner la Chine par terre, la route de Bokhara et de Samarkand était tout indiquée. Rappelons-nous que ce fut à Bokhara que des ambassadeurs tatars, en route de la Perse pour la Chine, rencontrèrent les deux frères Polo et les engagèrent à venir avec eux. Il est probable qu’après Bokhara, la première ville où ils firent un séjour était Samarkand, et

' En abrégé dans Bamus., Il, 965.

’ Dans sa première lettre, celle de 1306; Hosheim, Hi»t. eeel. Tartar., append., n° 44.

* Yule, Cathay, I, 201.

* Und. n, append., 2, p. i et ss.

‘ M. Polo, éd. Panthier, I, 70 et as.; Oderico, 1. c., p. iii.

222 Deuxiènte période. — IL Développement du commerce du Levant.

très possible que Marco Polo décrive cette ville d’après la peinture qu’il en à entendu faire pai' son père et par son oncle,' car, lorsque, plus tard, il fit lui-même le voyage de la Chine en leur compagnie, ils la laissèrent tout à. fait en dehors de leur route: effectivement, partis du Badakhchan, ils traversèrent les hauts plateaux déserts du Pamir pour déboucher dans le bassin du Tarim. Il est assez difficile de déterminer la direction suivie par Niccolo et Maffio Polo, après Bokhara et Samarkand. D’après Marco Polo, jusqu’à la fin de leur voyage, c’est à dire depuis Bokhara jusqu’en Chine, ils auraient suivi la direction N. et N. R (par tramontaigne et par grec).* D’après cela, on devrait naturellement conclure avec MM. Pauthier et Bichthofen’ que leur route était la voie commerciale qui longe le versant septentrional des monts Thian-Chan. Mais Marco Polo ajoute qu’il s’abstient d’entrer dans plus de détails, par la raison qu’il a visité lui-même plus tard tous les pays traversés par son père et par son oncle à l’occasion de ce premier voyage, et qu’il en donnera la description au cours de son ouvrage. Or, dans tout son livre, il n’y a pas un mot sur les pays situés au nord des monts Thian-Chan; il ne paraît même pas en avoir jamais entendu parler. La route qu’il avait suivie lui-même courait au sud des Thian- Chan et même à une assez grande distance. Nous devons, par conséquent, admettre qu’en tout cas, si, au cours de leur premier voyage, après avoir quitté Bokhara, Niccolo et Maffio continuèrent à marcher vers le nord-est, ils ne dépassèrent pas Khokand dans cette direction, et qu’à partir de là, ils marchèrent au sud-est, de manière à gagner Kachgar par le col de Térek.* Entre Kachgar et le lac de Lop, Marco Polo énumère une série de villes qui marquent évidemment des étapes de son propre voyage, mais qui devaient, d’après ce que nous avons dit plus haut, avoir été déjà traversées par son père et par son oncle, la première fois qu’ils avaient été en Chine. Les premières, Kachgar, Yarkand, Khotan, sont connues et citées fréquemment; mais, pour les suivantes, Pein et Charchan (Siarciam dans Pauthier), on a eu jusqu’ici bien de la peine à fixer leur position. Suivant M. Pauthier, Pein devait être la ville actuelle de Baï ou Paï, située à peu près sur le même méridien que Khotan, mais au delà du Tarim, sur le versant méridional des Thian-Chan; quant à Siarciam, d’après le même auteur, ce devait être Karachar, au nord-ouest du lac de Lop, ville dont le nom.

‘ Note de M. Yule, M. Polo, I, 172.

’ Éd. Pauthier, p. 10.

* Pauthier, introd., p. xxtü; Richthofen, China, I, 608.

* Humholdt, Atie centrale, III, 386 et 88. J Ritter, Aeien, VU, 476 et sa.

C’eat une route de caravanea praticable à peu près toute l’année; U est rrai qu'elle est très accidentée, mais elle est. malgré cela, beaucoup plus facile que celle qui traverse les hauts plateaux do Pamir.

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