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C. VII. L’Asie centrale et la Chine

dans l’ancien dialecte chinois, est Si-tchéou.* Mais le point de départ de Marco Polo était Kachgar, son point d’arrivée le lac de Lop, et

d’après le tracé de M. Pauthier, la première moitié de la route marquée

par les stations de Yarkband et de Khotan aurait suivi la direction du NO. au SK, pour remontrer tout d’un coup et se prolonger au nord

du Tarim dans la seconde moitié! Il y a là une invraisemblance que

nous ne saurions admettre, à moins de raisons solidement établies. Mais heureusement nous pouvons nous dispenser de la discuter, car M. Yule a découvert, à force de recherches, que la route suivie par Marco Polo, de Kachgar au lac de Lop, restait tout le tempe au sud du Tarim. H a démontré d’abord, en s’appuyant sur les sources chinoises, que, dans les premiers temps du Moyen-Age, il existait, à l’est de Khotan,* une ville nommée Pima, dont l’identité avec la Pein de Marco Polo est très probable, et en second lieu, d’après des informations recueillies de la bouche de voyageurs modernes, qu’il existe encore actuellement vers l’est, du côté du lac de Lop, une localité appellée Chachan, dont le nom rappelle suffisamment le Charchan de Marco Polo.*

Nons ne nous serions pas arrêtés si longtemps sur cette partie du journal de route de Marco Polo, s’il n’était question que d’un chemin perdu, suivi seulement par quelques rares voyageurs; mais ce qu’il s’agit de retrouver, c’est la pailie moyenne d’une des grandes artères qui reliaient l’Asie occidentale à la Chine. Tout d’abord le chemin traversait un pays bien cultivé, habité par une population compacte, avec des étapes comme Kachgar, Yarkand et Khotan, cités florissantes, enrichies par le commerce et l’industrie ; * à partir de Pein, on avançait au milieu de steppes sablonneuses, dont la vue rappelait le voisinage du grand désert de sable: pourtant, dans cette deuxième moitié du chemin, on traversait encore des localités assez populeuses.* En général, la région à l’est de Khotan était beaucoup plus peuplée autrefois,* de sorte que l’existence, au Vil*’ siècle, d’une route menant plus

‘ M. Polo, I, 146 et as.

’ Â l’est, et non pas à l’ouest, comme l’indique la carte dressée par M. ’lTivien de Saint-Martin pour le Voyage de Hiouenikttmg; au reste, voyez le Mémoire qui accompagne la carte, n, 428. not. 1.

' Yule, M. Polo, 1, 176 et SS. (cf. Journal of the geogr. Soe., XLVI (1876), p. 297) ; Eichthofen, China, I, 609, et la carte n° 11. C’est cette ville de Cliarchan qui est nommée, à ce qu’il semble, Che-li-Chang dans une relation de voyage chinoise du XIV* siècle: v. les uotes de Palladius sur

le livre de H. Polo, publiées en extrait dans le Magaxin fUr die Lit. des Àusl, 1876, p. 346. C’est encore la même, que Prehewalski entendit appeler Tcbertchen: v.

Ruge, Zeiialter der Ëntdeekungen, p. 60.

‘ Le dire de Marco Polo (I, 184—144) se trouve confirmé par une description de ces villes extraite d’un ouvrage persan, intitulé Beft Iklim Oes sept climats) et publiée par M. Quatremère dans les Not. et extr., XTV, 1, p. 474.

‘ Polo, I, 146—148.

• Quatremère, 1. c., p. 474, 477.

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directement du Khotan à la Chine sans passer par le lac de Lop' ne serait pas une impossibilité; mais, dans les siècles suivants, on ne la suivait plus qu’en cas d’absolue nécessité, comme le fli-ent par exemple les ambassadeurs de Chah Rokh à leur retour de la Chine pour échapper à la poursuite de leurs ennemis.’ Une tradition répandue dans la petite Boukharie au XVI' siècle perpétuait encore le souvenir de ce raccourci et d’un grand nombre de villes et de villages qui avaient dû couvrir cette région, transformée depuis en désert et abandonnée aux chameaux sauvages. Quoi qu’il en soit, au temps de Marco Polo, on passait habituellement par le lac de Lop. Les voyageurs faisaient d’ordinaire dans la ville du même nom un arrêt d’une huitaine de jours pour mettre leurs bêtes en état de traverser le grand désert de sable, n fallait marcher pendant un mois dans cc désert, avant d’apercevoir Sha-Tchéou (Saciu), la première ville chinoise.’ On voit sur la Carte catalane, à côté d’une caravane, une légende qui nous apprend qu’elle se rend en ligne droite (per la curera dreta) en Chine, par Lop, avec des bœufs, des chameaux et des chai'iots. L’auteur de cette carte tenait-il ce détail de la bouche de marchands qui avaient fait le voyage, et faut -il en conclure que, pendant le XIV® siècle, on continuait à suivre la route de caravanes passant par le lac de Lop? la chose est douteuse; il me semble au contraire qu’il suit le texte de Marco Polo dont il se contente de reporter en abrégé sur sa carte le chapitre relatif à la ville de Lop.* Un seul détail trahit l’influence des rapports de marchands d’une époque postérieure à Mai'co Polo, c’est qu’il fait partir sa caravane de l’empire de Saraï (du Kiptehak.) Il est bien vrai qu’avant de partir pour la Chine, les frères Polo avaient commencé par aller dans l’empire du Kiptehak, mais ce n’était certainement pas pour y rejoindre des caravanes et faire route avec elles; l’idée d’aller en Chine ne leur vint qu’à. Bokhara. Il n’est question de caravanes allant de l’empire du Kiptehak en Chine, ni dans la partie du récit de Marco Polo relative h ce premier voyage, ni dans aucune partie de son livre en général, ce qui n’empêche pas l’existence certaine d’un trafic commercial constant entre les deux empires tatars, celui du Kiptehak

' HiouenthsaDg, n, 246 et s., 428.

’ Not. et extr., XIV, 1, p. 426. Cherefeddin (Histoire de Timurbec, III, 218) connaieeait aussi deux routes du Khotan à Khanbaligh, l’une par Karakbodja (près Tourfan) qui prenait soixante et un jours, l’autre, qui passait par un désert absolument inhabité et permettait d’atteindre la ; rontière de la Chine en quarante jonn seule-

ment. La première semble être celle qui longeait le versant méridional des monts Thian-Chan; la deuxième serait la ronte du désert dont il est parlé dans le texte : cet écrivain ne connaissait la deuxième route que par une tradition qui, d’ailleurs, passe pour digne de foi.

• Polo, I, 149—152.

• Hot. et extr., XIV, 2. p. 180—188.

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