C. VIL L’A.tk centnile ei la Chine
et le Cathay (la Chine). Les marchands occidentaux n’eurent connaissance des caravanes par lesquelles se faisait ce trafic (jue quand les colonies italiennes de la nier Noire et de la mer d’Azov eurent acquis une certaine assiette qui leur permit de se mettre en relations avec elles. Encon; resterait-il à savoir si des caravanes parties du Kiptchak (c’est .à dire, suivant l'expression de Jean de Montecorvino, de l'empire des Tatars septentrionaux), avaient coutume de prendre une, direction aussi accentuée vere le sud et de gagner la Chine, comme Marco Polo, par Kachgar, Khotan et Lop. Pour moi, je suis persuadé que ce ne pouvait être (lue par exception et (lue l’auteur de la (^arte catalane commet une bévue en faisant passer par Lop, c’est à dire par une rente dont il avait trouvé l’indication dans la relation de Marco Polo, les caravanes du Kiptchak auxquelles allaient, de son temps, se joindre les marchands dont le point de départ était Calfa ou Tana. Nous allons voir dans un instant que, bien au contraire, lorsqu’il se rendait en Chine par >Saraï, le voyageur passait au nord des monts Thian-Chan.
Mais, avant de nous occuper de la route du nord, faisons encore obsener que, pour aller en Chine par Kachgar et la Petite Boukharie, comme l'avaient fait les Polo, on n’était pas uéces.sairement obligé de suivre le grand arc de cercle formé vers le sud par le chemin que nous avons tracé. H existait, entre le Tarim et les monts Thiau-Chan, une autre route plus directe, dont les étapes principales étaient Aksou, Koutché, Karachm’; de ce dernier point, au lieu de s’infléchir au sud vers le lac de Lop, elle remontait au nord-est, passait par Tourfan, rejoignait la route du nord que nous allons décrire et aboutis.sait avec elle à l’oasis de Khamil. C’est le chemin suivi, en tout ou en paitie, par divers voyageui-s à des époques très éloiguées les unes des autres; par exemple, par le pèlerin chinois Hiouenthsang au VII' siècle,* par les ambassadeiu-s de Châh-Rokh en 1420,* par le marchand de rhubaibe persan Hadji Mohammed vere le milieu du XVI' siècle.* Il est cependant douteux que jamais, au coure du Moyen-Age, des marchands occidentaux aient longé le vei*sant méridional des Thian-Chan; il est donc inutile d’entrer dans plus de détails sur cette route.
Revenons à la plus septentrionale des routes entre lesquelles le voyageur avait le choix pour aller en Chine: Balducci Pegolotti nous en donne un apei(;u sommaire; les renseignements qu’il fournit ne sont point extraits de ses notes de voyage, mais il les tenait de la bouche
' A sou retour de Chiue; mais il n’alla pas Jusiju’à Kacli);ar : Hiouenthsaug , I, 1-10; II, 263—266.
’ yot. et extr., XIV, 1, p. 388 et s.
’ Ramusio, Viaygi, II, 14 — 16; voy.
Yule, Cathay, I, ccxv — ceix, et II, 672
226 Deuxième période. — IL Développement du comtnerce du Tjpvant.
de ;marchands qui la connaissaient pour l’avoir faite. Il prend Tana pour point de départ. Il y avait effectivement avantage à partir de là, au lieu d’aller débarquer à Caffa ou à Soldaja; c’était autant de moins à parcourir par voie de terre. Remarquons, en passant, qu’à l’époque où Guill. de Rubrouck et les deux Polo entreprirent leurs voyages, les Occidentaux ne possédaient pas encore cette station dans la mer, d’Azov; il était donc tout indiqué pour eux de partir de la Crimée. Jean de Montecorvino (1306) indique comme point de départ de la route de Chine, le pays des Goths. dépendance de l’empire des Tatars septentrionaux ; * ceci désigne en termes suffisamment clairs la presqu’île de Crimée qui appartenait aux khans du Kiptchak, et où des restes de la race gothe s’étaient conservés, comme on le sait, sur la côte méridionale. Par la suite, quand les Italiens eurent créé à Tana des colonies où les marchands qui voulaient se lancer à travers l’Asie centrale trouvaient les mêmes facilités qu’à Soldaja pour les préparatifs de ce long voyag^e, il n’est pas douteux qu’ils durent lui donner la préférence. On employait dans ce pays des chariots à quatres roues, recouverts d’une bâche de feutre ou de toile,* et menés par un attelage de bœufs, de chameaux ou de chevaux, suivant l’importance de la charge et la nature du terrain à traverser. De Tana à Astrakhan, on mettait vingt-cinq jours avec un attelage de bœufs, dix à douze seulement avec un attelage de chevaux.* La ville à! Astrakhan dont il est question ici n’est point la ville moderne de ce nom; c’est celle du Moyen-Age, située sur la rive gauche du Volga, à huit ou dix verstcs plus haut que la ville actuelle elle a été détruite par Tamerlan. Son nom, en langue turque, était Hadji-Terkhan,* dont Pegolotti a fait Gittarchan,® Barbaro et Contarini, Citracan,’ tandis que, sui’ quelques cartes du Moyen-Age, on trouve une forme qui se rapproche davantage du turc: Agitarcham, Azetrechan.* D’après la description qu’en fait Ibn-Batouta,® ce devait être une grande et belle ville, avec de vastes marchés: nous aurons à reparler de son importance au point de vue du commerce en général.
' “Per terrain Gothonim Imperatoria aquilonarium Tartarorum Wadding, Annal. ordin. minor., VI, 69 et 8.
’ Pour plus de détails, v. Ibn-Batouta, n, 361 et 8.
' Dans les Viaggi alla Tana, p. 83 et s., Ambr. Contarini ne compte que huit jours de marche.
* UuUer, Darsiellung des Stromsystenu der Wolga, p. 636, 667, 678 et ss. ; Dom,
Caepia, p. 76.
‘ Ibn-Batonta, II, 410.
“ Le nom est écrit Gintarchan à la première li^e, tandis qu’on lit Gittarchan & la quatrième; c’est probablement cette dernière forme qu’il faut adopter. ' Viaggi alla Tana, p. 18, 83 et a.
" M. Yule (Caihay, II, 287) a relevé toutes les différentes formes de ce nom. ' n, 411.