C. VII. L'Asie centrale et la Chine
le marché des esclaves.' Peu de temps après le passage d’Ibn-Batouta. la cour transféra sa résidence dans la Nouvelle -Saraï, construite pourelle sur l'emplacement actuel de Zarev: ce changement entraîna, sans doute, le déplacement du marché. Une tradition, sans grande autorité, il est \Tai, attribuait la fondation de la nouvelle résidence à Djanibegkhan (1341 — 1357).* Sa prospérité ne fut pas de longue durée. Tamerlan la détniisit en 1396.®
De Saraï, la route décrite par Pegolotti se prolongeait dans la dii-ection de Saraïtchik (Saracanco). On pouvait atteindre cette nouvelle station par voie de tene, mais les marchands voyageant avec des bagages préféraient aller par eau pour des motife d’économie. Ce fut aussi celle que choisit le moine récollet Paschalis, de Victoria; il en donne une description un peu plus détaillée que celle de Pegolotti, car il divise le voyage en deux phases: navigation fluviale sur le Volga, jusqu’à son embouchure, et navigation maritime le long de la côte septentrionale de la mer Caspienne.' Il mit en tout douze jours à faire le voyage; Pegolotti n’en compte que huit. Ibn-Batonta, au contraire, parcourut la distance de Saraï à Saraïtchik (Seratchouk) en dix jours, avec une voiture attelée de chevaux.® Saraïtchik était située sur l'Iaïk (Oui-al), à cinquante-huit verstes de son embouchure dans la mer Caspienne; on y passait le fleuve sur un pont de bateaux. Les khans de la Horde d’or y résidaient de temps à autre; c'est du moins ce que semble indiquer son nom qui signifie Petitc-Saraï, ou petit-palais. Ce nom se retrouve assez fréquemment comme lieu de sépulture des khans et comme atelier monétaire.® Les ruines sont encore, suffisamment reconnaissables et la station de cosa(iues de l’Oural qui se trouve dans le voisinage perpétue le nom de l’ancienne ville.' Par exemple, les caravanes qui passent par là ne suivent plus la même direction qu’au
' n>D-Batouta, II, 447 et b.; Chehabeddin, p. 287 ; Aboulf., 1. c.
’ Muller, op. eii., p. 571.
* Hammer, Op. eit., p. 362 et s.
* “Inde (de Sanù’) asccndens lu quuddani uavigium cuui .innenis per fluvium qui vocatur Tygris (JI. Polo emploie aussi ce nom pour le Volga, p. 8) et jier ripam marii> Vatuk nomiue (mer de Bakou ou mer Caspienne) usque Saracbuc deveni per duodecim di»tas:“ Wadding, Aimai, minor., VII , 256 et s. Les Occidentaux de rc-poque connaissaient aussi le nom d'Atel (Itil), donné an Volga par les indigènes. Le “flumen Tili“ des chartes
vénitiennes publiées par Taf. et Thom., rV, 325, 338, est le Volga et nou le Don. comme l’admet M. Thomas.
“ Hammer, Oji. eit., p. 11, 252, 280, 299, 313: Fræhn, Die Miiinen der Chanc des Ulus Dsrhutschi, p. 44. On lit eu légende sur la carte de Pizzigani : „torcal i. e. sepulcnim imperat."; ef. Ausland, 1874,
’ Chamioy, dans les Mém. de t'Acad.
de Pétersb., 6« série, polit, hist. et philol., ni, 129 et 8.; Muller, Der «grische Voll.êslamm , l®r®part., l'rosect., p. 59 et SS.
230 Deuxième période. — II. Dévelopi)etnent du commerce du Levant.
temps de Pegolotti: elles vont maintenant de Khi va à Orenbourg. Ibn- Batonta laissa ses chevaux à Saraïtchik pour prendre des chameaux, parce qu’au sortir de la ville commençait la traversée d’un désert où les chevaux ne trouvaient rien à manger.' Paschalis et les marchands qui ont fourni des renseignements à Pegolotti avaient pris également à partir de Saraïtchik des voitures attelées de chameaux. Quand les marchands voyageaient sans bagages, ils préféraient se diriger en ligne droite, c’est à dire par le nord de la mer d’Aral, de Saraïtchik vers Otrar, sur le Syr Daria; ils y arrivaient en cinquante jours; quand ils menaient avec eux des marchandises, ils visitaient d’abord Ourgendjgrand marché où ils pouvaient trouver à s’en défaire avantageusement, de sorte qu’ils ne craignaient pas de faire pour cela un détour de cinq à dix jours ; en effet, on comptait de Saraïtchik k Ourgendj vingt jours de marche,’ et trente-cinq k quarante d’Ourgendj à Otrar. Après avoir parcouru, sans rencontrer âme qui vive, le désert qui s’étend de la mer Caspienne â la mer d'Aral, le voyageur se trouvait subitement transporté au milieu des larges rues d’Ourgendj et de ses jolis marchés, remplis d’une foule si compacte qu’à peine pouvait -il s’y faire un passage;’ c’était un contraste frappant Quand on voit les ruines éparses au milieu d’un paysage inculte, à quatre verstes du village de Vienx- Ourdgendj, sur un bras très secondaire de l'Amou-Daria' (Oxus), on a de la peine à se figurer qu’à une certaine éiwque, une ^'ille, la plus grande et la plus belle ville des Turcs, suivant les expressions d’Ibn- Batouta, s’élevait en cet endroit, sur les deux rives d’un fieuve profond, navigable encore jusqu’à Termeh (près de Balkh).’ Le nom sous lequel cette ville est connue en Occident® est ceiui que lui donnaient ies Mongois et les Turcs;’ à l’origine, les Arabes et les Persans la nommaient Oorgandj ou Djordjania.’ Comme il y avait deux villes
' m, 1; cf. n, 461.
’ Ibn-BatouU mit même trente jour»
i\ faire cette route, tout en ne prenant que les temps de repos strictement indisjiensables: LU, 2. Chehab-eddin (p. 287) estime la distance entre Saraï et Ourgendj > à environ un mois et demi de marche; Ibn-Batonta (II, 460 et s.) admet quarante jours.
* Ibn-Batouta, UI, 8 et ss.
* Abbott, Narrative of a joumey front Héraut to Khira, 2® éd., I, 204 et s.; Basiaer, Reise durch die Kiryisemteppe naeh Chitra (Baer et Helmersen, Beilreege xur Kenniiiisg dee Ruse. Reich», vol. XV)
p. 97 et 88.; Zimmermann, Veber de»
iinlern Latif de» Orna. p. 113.
“ Rapprochez de cette remarque d'Ibn- Ratoiita le passage de Humholdt , Asie rmtrate. II, 246.
* “Organci", dans Pegol.. p. 1 ; Carte ralnl., p. 125, 129. "Wrgant", dan.» Paschalis, 1. c. Quatremère a enregistré d’autres formes encore.
’ 0\irgandj, d'après Michaud et Rachideddin: v. Quatremère, Chehabeddin. p.289.
' Chehabeddin, p. 232, 265, 289 et note de ce dernier passage ; Sprenger, Die t'ost- and l/eiserouleti des Orients, p. 32