‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 76 sur 251 · C. VIL L’Asie centrale et la Chine · texte numérisé non relu

C. VIL L’Asie centrale et la Chine

de ce nom assez peu éloignées l’une de l’autre, il faut se garder de confondre la Djordjania située sur l’Oxus, près de l’extrémité méridionale de la mer d’Aral, dont il est question ici, avec l’autre ville du même nom (son vrai nom est Djordjan) qui se trouve sur la petite rivière du Djordjan, non loin de l’angle formé au sud par la mer Caspienne.' La première de ces deux villes, celle qui nous intéi'esse, porte aussi le nom de Khawarizm, qui est celui de la province dont elle était la capitale. Pendant les premiers siècles du califat, cette ville et sa province formaient en quelque sorte un poste avancé de la civilisation arabe et entretenaient un trafic actif avec les Gozzes turcs de la mer d’Aral et avec les Khazares de la mer Caspienne. Plus tai-d, elles tombèrent sous la domination turque et firent partie du grand empire des Seldjoucides enfin, elles atteignirent leur plus grand éclat au XII® siècle; Les descendants d’un général envoyé dans la ville comme gouverneur par les Seldjoucides y avaient conservé leur demeure; ils se déclarèrent indépendants et conquirent un empire qui s’étendait de l’Inde à l’Ëuphrate, du golfe Pereique au Volga. Ce fut l’empire des Chahs de Khawarizm, mais il n’eut qu’une durée éphémère. Gengis-khan lui porta un coup mortel (1220). Les Mongols exercèrent tout particulièrement leurs fureurs sur la ville d’Ourgendj,- et ce n’est pas sans étonnement que nous apprenons qu’un siècle après cette catastrophe, sous la domination des khans du Kiptchak,’ la ville si éprouvée avait retrouvé la nombreux population et la prospérité commerciale qui faisaient l’admiration d’Ibn- Batouta. Les marchands occidentaux savaient par expérience que c’était un marché où l’on trouvait à placer avantageusement ses marchandises;* c’est iwurquoi Pegolotti le recommandait à ceux qui désiraient se défaire de leurs approvisionnements avant de passer outre.

Avant de quitter üurgendj et de nous enfoncer dans l’est à la suite de Pegolotti, il faut nous arrêter un moment et dire quelques mots

— 36; Âboulf., Qéogr., U, 2, p. 209 et 8.; Chemeeddin, p. 310.

' Aboulf., I. c., II, 1, p. 77, not.; Il, 2, p. 18 et 8.; Chemseddiu, p. 314; Vivien de Saint -Martin, Hun» EphtalUfs, dans les Annal, des roy., 1849, ni, 9 et s. Le port était Âbeskoun.

' Le chroniqueur Âlbéric de TroU- Fontaines (Pertz, SS., XXm, 911) parle d'une ''magna civitas Tomax (Omacia), ad quam mercatores de longinquis partibu8 ibant® qui, d’après lui, aurait été détruite par lee Tatars (an. 1221); il ■'agit, rau8 doute, d'Ourgendj.

• Ibn-Batouta, H, 382; IH, 4; Vambéry, Oeschichte Bochara's oder Tratunxaniens, p. 149, 191, not. 1.

* On peut se faire une idée des produits qui se trouvaient dans les bazars d'Ourgendj d’après un passage d’un ouvrage du XV” siècle, intitulé Segreti per colori et publié par Merrifleld, Orig. trea lises, p. 375 et s.; “Lapis lazuli e jietra cbe veue de Organia de paese de Tartaria et la se cava la dicta petra de le montagne che souno in quelli paesi.®

232 Dem ihne période. — TL Développement du commerce du Levant.

d’une autre voie de communication entre Tana et Ourgendj: les contemporains de Pegolotti la connaissaient et les voyageurs pour la Chine la suivaient de temps à autre. Elle traversait la mer Caspienne ; l’anon3rrae franciscain espagnol, qui avait visité deux fois la région de la mer Caspienne, la connaissait bien et il en donne le tracé comme il suit ; * de la côte de la mer d’Azov, on se dirige au sud vers l’Abkhasie, la Géorgie (le pays du roi David), la grande Arménie, et l’on atteint la mer Caspienne à Derbent (Porta del flerro); on la traverse d’outre en outre; on longe en passant l’île de Koulali (Janula) et l’on met le cap sui- le golfe des Monuments (actuellement Mertvoy Koultchouk); on débarque enfin à Trestargo (ce nom se trouve sur la caile catalane), et de là, on se dirige sur Ourgendj par voie de terre. L’anonyme ftanciscain travailla, de 1340 à 1350, à réunir les éléments de sa description du monde: pour cette partie, il parlait de visu, car il avait suivi cette route pendant un certain temps, à son retour du Cathay; parti d’Ourgendj, il était allé s’embarquer dans le golfe des Monuments ; mak au lieu de prendre terre à Derbent, il avait débarqué sur un point plus méridional (Godaspa), d’où il était reparti pour Tauris. Il indique néanmoins la route dont nous avons marqué les jalons comme l’une des deux voies les plus sûres pour atteindre le Cathay,* et. bien que nmus sachions avec quelle prudente réserve il faut accepter ses indications,* nous devons reconnaître qu’il y a des probabilités pour que ce chemin ait été suivi de temps à autre par des missionaires et par des marchands : il ne faut pas oublier que les côtes du Caucase étaient bien connues des Occidentaux et qu’une traversée de la mer Caspienne ne passait pas chez eux pour un événement extraordinaire.

Revenons à Pegolotti: immédiatement après Ourgendj, il nomme OÜrarre. C’est l’Otrar des historiens et des géographes arabes, nommée dans l’antiquité Farab, Tune des \nlles les plus importantes du nord du Turkestan,* située au nord du Syr Daria (laxarte); on trouve fréquemment ce nom cité en même temps que ceux de deux villes voisines ; lenghi et Taraz (Talas).* De même que ces deux villes* Otrar était

' lÀbro (tel cmtmcimimto, p. 81.

’ D'après lui, l’autre traversait l’Asieniineure, Sivas, Tauris et l’Asie centrale.

’ Toute la partie qui a trait A l’Asie centrale est précisément celle qui présente le plus d'assertions hasardées, à côté de faits inconte.stablement exacts : par exemple, l’auteur prétend avoir fait halte dans les chAteaux de Oot et Magot, c’est à dire ilans les forterc.s.ses de Gog et Magog!

* .\lKi\ilf., Annal, moslem.. II. p. 4.57,

* Ahoulf., Orof/r., II, 2, p. 216, 220 et .s., 224; v. Quatrenière, Chehabeddin. dans Not. et ritr., XIII, 22.5, note. Le sultan Babcr (Memoirs. p. 1) et d’autres qui le co)iient, admettent li tort l'identité d'Otrar et d’Ienghi.

‘ Hiouenthsang, I, .59; II, 14; in, 267 et 8.; riiehalncddin, ()p. cil., p. 224.

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