C. VII. L’A-w centrale et la Chine
un lieu de passage très fréquenté par les caravanes et les voyageurs isolés, longtemps avant l’époque où les marchands occidentaux commencèrent à se risquer dans ces régions. Le roi d’Arménie Héthoum I", par exemple, y passa à son retour de Karakoroum, résidence des khans mongols,' L’histoire de Genghis-khan nous apprend encore qu’Otrar se trouvait sur le chemin des caravanes allant du Khowaresm vers l’Asie centrale, car la suppression de ce trafic, bnitalement ordonnée par le gouverneur d’Otrar, fut le signal d'une guerre avec Mohammed, chah de Khawarizm (1219 et suivantes).*
D'Oltrarre à Armalecco (.\lmaligh), la station suivante, Pegolotti compte quarante-cinq jours de marche; dans son calcul, il tient compte de la nécessité de transporter les marchandises ù dos d’âne. Chehabeildin compte moins de temps pour une distance â peu prés égale, car d'après lui. il fallait vingt joui-s de marche de lenghi (la voisine d’Otrar) à Almaligh;* mais il avait probablement en vue des voyageurs moins chargés de bagages. Aucun des deux, malheureusement, ne précise la direction de cette route. Il fallait d’abord traverser les steppes vastes et désolées où coule le Talas (qui donne son nom à la ville élevée sur ses bords) et le Tchoui ; ' enfin, après une dernière étape, soit à traveis les bas fonds (pii se trouvent au sud du lac Balkach , soit plus au sud encore, à travers les montagnes qui forment une ceinture autour du lac Issik-Koul,'' on débouchait dans la vallée populeuse de l’Ili qui, grâce â un terrain fertile et à un climat tempéré, produit en abondance de l’herbe et du blé, des fruits et des légumes.® L’Ili arrose toute la Dzoungarie avant d’aller se jeter dans le lac Balkach; c'est dans son ba.s.sin qne s’élevait la \ille nommée Almalech,’ Armalech ou Armalecco,® ou encore Emalech® par les Occidentaux, Almaligh'® par les Persans et les
* Kiraroi! de Oantzag, dan^ Brouijet, tkui hùtoriens armement, p. 179.
’ Erdmann, Temudschiti. p. 369 et s». ; Ibn-Batouta. ni, 23 et s.
* Sot. et exir., XIII, p. 224 et s.
* Pour plus détails, voy. Bretsohueider, •Vote.* on rliincge medneral Irarellers to the West (Cbanghai, 1875), p. 34 et s., 50, 75, 115; du même, Notices of the mrdùeml yeography (Lond. 1876), p. 36 — 38 , 226.
‘ Ce lac se voit déjà sur certaines cartes du Moyen-Age, telles que la carie ratalane (éd. Buchon et Tastu, p. 132 et s.) et celle de Fri Mauro (Zurla, p. 34); l'auteur de la Carte catalane a même indiqué un monastère arménien dans le voi-
■sinage du la<;; le meilleur moyen d'expliquer comment l’existence de ce lac était parvenue ê la connaissance des géographes en question, c’est que, sans doute, il était longé |»r une route commerciale et que des Occidentaux y avaient passé.
• La description des environs d’AImaligli par Cheliab-eddin (op. cil., p. 246) est confirmée et complétée par des relations modernes, russes et chinoises.
' Carte de Fril Mauw (éil. Zurla, p. 34).
* Pasclialis, dans Wadding, 1. c. ; Marignola, dans Dobner, p. 86.
’ Carie eataiane, p. 136.
( Uiehab-eddin, 1. c., p. 224, 246; Ibn-
234 Deuxième période. — II. Développement du commerce du Levant.
Arabes, Âlimali‘ par les Chinois; les sources chinoises font avec raison dériver ce nom du mot alima qui signifie pomme dans l’idiome dzoongarien, car le pays est fertile en pommiers.^ On admet assez généralement qu’Almaligh ne fait qu’un avec Kouldja. C’est Klaproth qui a le premier émis cette opinion ‘ et il la basait sur le témoignage d’un dictionnaire d’histoire et de géographie publié k Pékin, au siècle dernier, par ordre du gouvernement. Mais les affirmations des savants chargés officiellement de la rédaction de ce dictionnaire ne méritent pas la confiance aveugle qu’on leui' a accordée jusqu’à ce jour. Klaproth luiméme ne s’est pas cru obligé de les suivre toujours et en toutes choses, car, dans la suite (1833), il cherchait Almaligh dans le voisinage de Korghos, au nord-ouest de Kouldja, sur l’Alimatou, affluent de l’Ili.* M. Bretschneider se borne à admettre que l’antique Almaligh se trouvait dans la même région que la ville actuelle de Kouldja,® Il ressort évidemment des indications fournies par les journaux de route de voyageurs chinois et par diverses autres souices, qu’elle était située dans la plaine baignée par le cours moyen de l’Ili; reste à savoir si ce fleuve passait près ou loin d’elle. D’après la relation faite par Chei’ef-eddin d’une campagne exécutée dans cette région au temps de Tamerlan, il semblerait qu’Almaligh s’élevait au sud du fleuve;* d’après le journal de route d’Héthoum, roi d’Aiménie , rédigé au retour de la visite rendue par lui à Mangou, khan des Tatai-s (1254 — 1255), on pourrait, au contraire, conclure qu’elle se ti’ouvait au nord.’ On a récemment prétendu reconnaître son emplacement dans le fort russe de Vernoye, mais cela est trop loin;* construit sur un affluent méridional de l’Ili, l’Almatinka (le petit Almaty), le vrai nom de ce fort est Almaty, mais c’est un nom commun dès l’antiquité à divei-s cours d’eau, montagnes et localités du bassin de l’Hi, et il se retrouve trop fréquemment* pour qu’il soit possible de partfr de là pour fixer d’une
BatonU, m, 17 et 23, 41, 49; Bachideddin, p. 147 (éd. Quatremère).
‘ Voy. l’Itinéraire de Cliang-té (1269), dans Bretschneider, Xotices, p. 71 et as., et note de la p. 33.
’ Bretschneider, 1. c., p. 38 , 50, 114; Baber, Memoin, p. 1; Klaproth, dans le Joum. wfiai,, 2” série, XII, p. 283.
* Klaproth, Beleuchtung und Widertegung der Forschungen ron J. J. Schmidl (Paris 1824), p. 81.
* ,Vonr. jour», asiai., XII, 283: cf.
Jourtt. asiai., 4» série, VUI, 426. C'est aussi cette position que Semenov semble
avoir en vue, dans le passage cité par M. Bretschneider, Notices, p. 144.
‘ Notes on Chinese traeeUers, p. 33; Notices of the medierral geography, p. 140 et SS., 154, not.
• Cheref-eddin , Hist. de Timour, éd.
Pétis de la Croix, II, 87. Quatremère signale ce passage daus une note qui mérite elle-même d'être lue, Rachid-eddin,
' Bretschneider, Notices, 1. c., p. 226. ’ Petermann, Mittheiiungeti, 1868, p.
* V. les relations chinoises sur la pro-