C. VIL L’Asie centrale et la Chine
manière positive la situation d’Almaligh. Arrivei'a-tK>n jamais à découvrir des restes de cette ville? c’est une question. Au reste, c’était déjà le chef-lieu d’une peuplade dans les temps antérieui's à Gengis-khan;* plus tard elle devint la résidence de la dynastie fondée par Djagataï, fils de Gengis-khan* et l’une des villes les plus considérables de l’empire gouverné par cette dynastie,® empire auquel les Arabes donnaient le nom de Maveran-nahr et les Occidentaux celui d’empire du milieu ( imperium medium)' ou parfois, à contre-sens, celui d’empire des Mèdes ( imperium Medorum, Medeia ).^ Au point de vue du commerce, Almaligh jouait un rôle de premier ordre en qualité de station intermédiaire entre l’Asie occidentale et l’extrême Orient. Les marchands musulmans en route pour la Chine s’y rencontraient avec des Européens qui faisaient le même voyage ou séjournaient là pour un certain temps: témoin ce marchand qui périt en 1339, enveloppé dans une pereécution dirigée contre les chrétiens. Le souverain régnant. Ali Sultan (Wadding le nomme Alisoldan), sectateur fanatique de l’Islam, détruisit à cette occasion une florissante mission catholique fondée depuis peu à Almaligh pai‘ Tévêque Richard de Bourgogne, avec le concours actif de frère Paschalis, de Vittoria (Espagne), dont le nom e.st déjà revenu plusieurs fois sous notre plume; un marchand que Marignola nomme Gillotus et Wadding Guillelmus Mutinensis mercator Januensis, souffrit le martyre en compagnie des missionnaires.*
Reprenons l’itinéraire de Pcgolotti où nous l’avons laissé. Après .Almaligh, il saute tout d’un coup un espace qui ne comporte pas moins de soixante-dix jours de marche: la première station qu’il nomme appartient déjà à l’empire chinois.
Nous allons tâcher de combler cette lacune. Entre le bassin de rili et la Chine, les communications sont assez difficiles ; en ligne droite elles sont impossibles: il y a là une barrière formée par une ligne de
vince d'IIi, communiquées par Stanislas Julien. Jour». a.<iial., 4® série, Vni, p. 394, 40e, 425, 443.
‘ Erdmaun, Trmiidgeiti», p. 314, 339; ./oum. asial., 6“ série, IX, 69.
’ Ibn-Batouta. III, 41.
• Chehal>.eddin. p. 232, 234.
' On désirait sous ce nom le im.vs compris entre le Cathay (la Chine) d’une part, la Perse et le Kiptehak d’autre part: y. p. ex. Marqmolai P- 53: “Armalec imperü medii.“
‘ Paschalis, 1. c.; Carte ralcUaiie, p. 135. V. d'autres exemples dans Yule, Cathay, I. 234 et 8. Nous lisons dans le cod. X
du Libro (tel conosçimiento, p. 90, not. 7 : “Jnperio de medio que es entre nori e elevante que dizen jnperio medorum. “
“ Wadding (Annal, ord. min., n”® 7, 8) donne une relation de ce martyre plus exacte que celle de Marignola (dans Dobner, p. 88) ; seulement, le premier le place faussement en 1342, tandis que le second donne la date vraie, 1339. Les noms des prêtres martyrisés en cette circonstance se trouvent dans Marcellino da Civezza, Miss, franeese., VI, 18, et sont empruntés au Lib. eonform. Sur Âli Sultan, voy. Khondemir, trad. Defrémery, dans le Joum. Atial., 4® série, XIX, 274 et s.
236 Deuxième période. — II. Développement du commerce du Levant.
montagnes inaccessibles. Voulaitron tourner cet obstacle par le sud? il fallait traverser les monts Thian-Chan, et encore n’y existait-il pour aniver d’Âlmaligh en Chine qu’un seul passage, le col de Moussour-Daban ou de Tchéparlé ‘ situé à l’extrémité orientale de la chaîna* H est vrai qu’à la sortie de ce col on tombait sui' une route fréquentée qui longeait le versant méridional des Thian-Chan ; mais, pour y amver, il fallait commencer par traverser de vastes étendues couvertes de neige et de glaciers: c’était un chemin absolument impraticable pour les caravanas. Il faut donc chercher une autre direction. En s’éloignant d’Âlmaligh, la grande route d’Asie occidentale en Chine commençait par l’emonter vere le nord: de ce côté, il y avait à passer les monts Talki ou Borokhoro, mais cette opération ne présentait pas de grandes difficultés, grâce à l’existence d’un défilé appelé la Porte de fer.* Au-delà de cette chaîne de montagnes, la route longeait le lac Saïram (Saïrim) ou Soutkol (lac de lait),* traversait la plaine arrosée par le Boi-otala, puis inclinant au sud-est, continuait sur Ouroumtsi, ou, poui- employei- le nom usité à cette époque, Bichbaligh (cinq -villes).* A partir de cette ville, la route bifurquait. S’il entrait dans le plan du voyageur de visiter Karakoroum, la grande capitale de la Mongolie ou de passer par cette province poui’ aiTiver en Chine, il se dirigeait vers le nord-est; mais s’il voulait aller au plus court, il marchait vers le sud-est, passait par Karakhodja“ et par l’oasis de Khamil ou Kami (en chinois);’ là, il entrait dans le grand désert de Gobi, à l’extrémité duquel il rencontrait enfin la frontière chinoise.
* Sur ce passage, vo}'. eu particulier le Joum. Asiat., 4® série, VIII, 248 et ss.; lutter, jl-nVn, I, 32tt et ss.; Humboldt,
Asie centrale, II, 27 et ss.
’ Sur ces défilés voy. Semenov, dau.s Petermanu, Mittheilimgen , 1858, p. 362.
' Jotum. asiat., 1. c. , p. 418; Bretschneider, Soles on Chinese medieeral Irarellera, p. 32 et s., 71 et 3. On avait travaillé, dès une haute antiquité, à rendre cette gorge encore plus praticable; on y avait construit un grand nombre de ponts et peut-être même percé des tunnels, si c’est bien ce défilé que Frd Mauro avait en vue en traçant sa carte universelle (èd. Zurla, p. 32). D’après Tchang-tchoiin,
(Bretscheider, 1. c., p. 32) ce fut Djagataï, fils de Oengis-khan, qui fit exécuter ces travaux.
* Sur ces localités, v. le Joum. asiat..
2® série, XII, p. 282 et s.; 4® sér., VIII, p. 445; Bretsebneider, 1. c.
‘ .Sur cette antique capitale, v. Klaproth. Mémoire.^ relal. à l'Asie, II, 366 et ss. ; Bretschneider, Soliees of the metliaral yeogr., p. 133 et ss.
“ Ville située dans le voisinage de Tourfan ; v. Not. et extr., XIII, 234 et s., not. ; XIV, 1, 389 ; Cheref-eddin, lUst. de Timurbee, 111, 217; .Joum. asiat., 4® sér., VIII, 241; Yule, Cathay, 11, 275; Yulc, M. Polo, I, 193; Bretsebneider, 1. c.; p, 137 et s.: id. Notes on chinese méditerai Irarellers. p. 29 et 8., not,, 58,
' Sur cette oasis, voy, Bitter, Asie».
I, 367 et ss,; Pauthier, M. Polo, I, 156 et s.; Yule, I, 189 et s,; Bretschneider, Notices, p. 109 et s. Le moine récollet Marignola y passa eu 1340: Dobner, Monum. hist. Boem., H, 86, 123,
Digilized by