‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 79 sur 251 · C. VII. L'Anie centrale et la Chine · texte numérisé non relu

C. VII. L'Anie centrale et la Chine

Cette grande route existait, telle que nous venons de la décrire, depuis la fondation de l’empire mongol par Gengis-khan. Ce fut la route suivie pai' le célèbre philosophe l'chang-tchoun en 1221, quand Gengis-khan l’appela à Samarkand.' C’est par là que Héthoum I™, roi d’Arménie, retouima dans son pays pendant l’hiver de 1254 à 1266, après la visite qu’il était allé faire à la cour du grand khan Maugou, à Karakoroum ou aux environs;* c’est par là que passa, en 1269, le Chinois Chang-te, chargé des dépêches de Idangou pour son frère Houlagou.* Cette même route vit aussi défiler de grandes armées; par exemple, celle que Houlagou menait à la conquête du califat de Bagdad.* Marco Polo en ignorait l’existence. Les Occidentaux ne la connurent qu’à partir du jour où ils se furent établis à Tana, et où leurs marchands et leurs missionnaires commencèrent à se joindre aux caravanes du Kipt- • chak. Les historiens et les géographes persans et arabes en font mention à partir du commencement du XIV' siècle. Wassaf avait appris qu’il fallait quatorze jours pour' aller d’Almaligh à Bichbaligh et quatorze de Bichbaligh à Khanbaligh (Pékin).® Ibn-Batouta n’était pas allé en personne à Almaligh, mais il avait entendu dire pai* des marchands de Mésopotamie (de Kerbela sur l’Euphrate) que, pour aller en Chine, ils passaient ordinairement par Kharezm (Ourgendj) et Almaligh." Enfin Chehab-eddin indiquant à grands traits (vers 1360) la route de Samarkand à la Chine, nomme comme stations inteimédiaires, Otrar (lenghi), .\lmaligh, Karakodja et Kamtchéou (v. plus loin):’ il tenait ce renseignement de maichands égyptiens et syriens, car ceux-ci commencèrent également vers cette époque à suivTe plus régulièrement la route du nord. Précédemment, c’est à dire tant que les princes et les peuples des pays traversés par cette route fuient attachés au paga-

‘ M. Bretschneider iXoteji on chinese (rardters, p. 15 — 56) donne une traduction et un commentaire de la relation de ce voyage; sou travail est meilleur ipie celui de M. Faut hier dans le Journ. aaiat., G® sér. IX. 39 et SS.

’ V. cet itinéraire dans Brosset, Deux historiens arméniens, p. 176. M. Pauthier, fXonr. journ. asiat., XII, 278 et sa.) et, tout récemment M. Bretsclmeider iXolices o{ lhe méditerai gcoijrapliy, p. 223 et s.) ont écrit sur ce voyage d'estimables études.

’ Bretschneider, Xotes on chinese tra- TtUers, p. 67 — 99.

* Bien qu'on ne connaisse pas les détails de cette campagne, étape par étape, il est certain que l’armée partit au prin-

temps de 1253 des environs de Karakoroum et passa par Almaligh. Ce que M. M. Ahel Rêmusat (Xoureaux mélanges asialigues, I, 173 et SS.) et Pauthier (M. Polo, p. cxxiiii et SS.) donnent sous lu titre de “Campagne d'Houlagou“ n’est autre chose que l’Itinéraire de Chang-te : v. Bretschneider, Xotes on the chinese traeellers, p. 60, 62.

‘ nist. de la Perse (achevée eu 1311), trad. Uammer-Purgstall, I, 24.

" Ibn-Batouta, III, 17. A un autre point de vue, cet voyageur confirme (II, 460) les données de Pegolotti, car il mentionne l’exbtence d’un trafic par caravanes entre üara'i et Kharezm. >

’ Xot. et extr., XllI, 223 et ss.

238 Deuxième période. — IL Dévéloppemeut du eommerre du Levant.

nisme, ces marchands n’y passaient qu’en cas de nécessité absolue; mais, à partir du jour où quelques princes eurent embrassé la religion mahométane et converti leurs peuples par lu force, les choses changèrent et les marchands musulmans commencèrent k affluer en masse de ce côté à l’époque où Termachii'in régnait à DJagataï (vei’s 1330); sectateur fanatique de l’islamisme, ce prince les accueillait avec tous les témoignages de la plus vive affection.'

De tout ce qui précède, il ressort qu’au XIV“ siècle les marchanda d’Occident, chrétiens et musulmans, choisissaient de préférence, pour aller en Chine, la route d’Almaligh, c’est à dire la route du nord, celle que les Mongols et les Chinois suivaient depuis un siècle déjà. D ne nous reste plus à parler que de la dernière section. Nous avons vu qu’on • atteignait la lisière du désert de Gobi à l’oasis de Khamil (Kami);* Pegolotti donne à la première station à partir d’Âlmaligh le nom de Camexu: MM. Forster" et Karl Ritter' pensent que c’est précisément Khamil; mais ils oublient que Pegolotti estime la distance entre les deux stations à soixante-dix jours de marche. Pour arriver à quelque chose d’approchant, il faut nécessairement rejeter Camexu au-delà du désert de Gobi. Quand les voyageurs avaient laissé le désert derrière eux, ils entraient dans la Chine proprement dite: là, ils rencontraient d’abord, sur la limite du désert, Sha-tchéou (la ville du sable) ; ^ puis un peu plus loin Kan-tchéou, chef-lieu de la province frontière (la province actuelle de Kan-Sou).“ Voilà le (Jamexu de Pegolotti.' Il est évident que le mot Camexu présente beaucoup plus d’analogie avec le mot Khan-

‘ Nol. et eitr., III, 238 et ss. ; cf. Hammer, Oeschiehten tier Ikhane. II, 195, 270, 284; Journ. asiai., 4® sér., XIX, 272; Ibn-Batouta, III, 31 et es.

' Et non pas au lac de Lop comme le dit M. Peschel lOesrIi. des Zeitaiters der Entdeehingeti, p. 19); il fait confusion entre deux routes différentes.

* Oeschkhte der Ejitdeekungen im Norden, p. 189.

* Asie», I, 357, not. 78.

* Marco Polo, éd. Pauthier, p. 162; Xol. et ejctr., XIV, 1, p. 394 et s.; M. Prjevalski mit quatorze jours, y compris deux jours de repos, pour aller de Hami à Sha-tchéou (Voyages au Thibet trad. Stein-Nordheim) Au Moyen-Age, les voyageurs passaient avant d’atteindre Sha-tchéou, devant un fort élevé sur la frontière, tout près de la grande muraille de Chine : Cheref-

eddin (Ilist. de Timurbee, III, 217) lui donne le nom de Tetkaoul, et Ahderrazzak (Not. et extr., 1. c. , p. 393) celui de Karaul: ces deux mots signifient “Corps de garde."

" “Campicion ou Campichicc" , dans Marco Polo, éd. Pauthier, I. 165, éd. Yule, I, 197 : “Kamtchéou", dans l’itinéraire de Samarkand b la Chine, de Chehab - eddin, Not. et extr., XIII, 225, et dans celui de l'ambassade de Ch&h-Rokh, ibid. XTV, 1, p. 396: “Campion" dans l’itinéraire du persan Iladji Jlohammed, ])ubl. par Ramusio, n, 16.

' Humboldt (Asie centrale. II, 217) et M, Yule (Cathay ,11, 288, et M. Polo. 1, 199. note) l’ont déj.^ reconnu. MM. Bretschneider (Notices of the medireral geography , p.

109) et Richthofen (China, I, 613) se rangent également à cette opinion.

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