C. VII. L'Asie centrale et la Chine
tchéon qu’avec le mot Khamil ; les distances indiquées par Pegolotti concordent également mieux dans la première hypothèse que dans la deuxième; ajoutons que Chehab-eddin évalue la distance d’Almaligh à Kan-tchéou à quarante jours de marche, ce qui est loin des soixante-dix jours de Pegolotti.
Suivant le même Pegolotti, en quittant Kan-tchéou, il fallait voyager encore quarante-cinq jours à cheval avant d’atteindre un fleuve dont le nom manque malheureusement dans l’unique manuscrit de son livre que nous possédions; il y a là une lacune à laquelle M. Sprengel‘ a tâché de suppléer par une conjecture; d’après lui, il faudrait lire en cet endroit le mot “Karamouren" ; c’est le nom que portait le Hoang-ho au temps de la domination mongole.* M. Yule voit au contraire dans la “fiumana‘‘ de Pegolotti le grand canal ou canal impérial.* D me parait que c’est M. Richthofen* qui a le premier découvert la vérité: selon lui, il faut admettre que cette désignation s’applique au Tan-ho, affluent du Han; cette rivière est navigable, tout comme le Hoang-ho et le canal impérial, et la direction de son cours correspondait mieux à celle de la route.
Effectivement, la route tracée par Pegolotti s’éloigne du grand cours d’eau en question pour atteindre une ville qu’il nomme Cassai. M. Peschel déclare qu’il est impossible de la retrouver.® Le nom suivant, et en même temps celui qui dot la liste, est Khanbaligh (Pékin) et le fait est que sur cette direction on chercherait en vain une ville dont le nom présente quelque analogie avec celui de Cassai. Mais n’oublions pas que le but de l’itinéraire que trace Pegolotti dans son “Arvisamento del viaggio del Cattajo"', n’est pas exclusivement Khanbaligh; loin de là; il conseille au marchand,* quand il aura atteint la rivière en question, de commencer par aller visiter la grande ville commerçante de Khinsaï, après quoi il pourra remonter vers le nord pour se rendre dans la capitale. Si nous admettons l’identité de Cassai et de Khinsaï,’ c’est d’une part que Pegolotti la qualifie de grande ville de commerce, ce qui, on le sait, s’applique parfaitement à Khinsaï, et d’autre part, que l’on trouve dans d’autres ouvrages le nom de Cassai* indiqué comme
* Geseh. der mehiigsttn geogr. Enidtekungen, 2® éd. Halle, 1793, p. 266.
’ Marco Polo, éd. Pauth., H, 369, 460,
' CtUhay. II, 286.
' China. I, 813 et s.; cf. p. 310, 824; n. 700.
* Oeaeh. der Erdk., p. 166, note 3.
* L'expression; “jouot andare in Cassai"
indique que, pour aller à Khanbaligh, il ne &llait pas forcément passer par Cassai.
' Cest ce que font aussi MM. Sprengel, Op. eit., p. 266, Kunstmann, Uùt. polit., Blatter, XXXVIU, 797 et 8., Elle de la Primaudaie, Études sur le commerce du Moyen-Age, Paris 1846, p. 163, Tule, Cathay, U, 288, Biohthofen, Ohina, I, 618.
’ Ce nom se trouve dans le Lèvre de
240 Deuxième j^ériode. — II. Développemetii du commerce du Lecanf.
variante du nom de Khinsaï, et comme dérivé de Khansaï.' Nons aurons occasion de parler de ce marché. De là, Pegolotti compte encore trente jours de marche* jusqu’à Khanhaligh , but final et naturel du voyage, parce que c’était à la fois la capitale du royaume et le centre du trafic de tout le pays.®
En faisant la somme des journées de marche indiquées par Pegolotti, d’une station à l’autre, depuis Tana jusqu’à la Chine, on trouve un total de neuf mois à peu près et même davantage si le voyageur se servait d’attelages de bœufs entre Tana et Astrakhan, et s’il faisait le détour par Ourgendj. Pour vérifier ces données, il nous faudrait une relation écrite par un voyageur qui eût suivi exactement l’itinéraire tiacé pai' Pegolotti: cet élément de contrôle nous fait malheureusement défaut. En moyenne, Pegolotti semble avoir calculé très largement le temps. D’après l’une des légendes d’une carte du miLsée du cardinal lioigia, dressée au commencement du XV“ siècle, il n’aurait pas fallu autant: “de Organti (Ourgendj) ad Cathagium (la Chine) vaduni camelli hi quatuor mensibu.<t‘\'' De même Chehab-eddin ® estime à quatre mois seulement la durée du voyage de Samarkand à Khanhaligh. En tout cas, les voyageurs isolés pouvaient atteindre la (;hine plus rite que ne le dit Pegolotti, surtout s’ils profitaient de la poste impériale tatare.* Grâce à ce moyen, le missionnaire Je<in de Montecorrino (1305) qui devint plus tard archevêque de Khanhaligh, put parcourir en cinq à sis mois la distance qui sépai-e la Crimée (terra Gothorum) de la Chine.’
U résulte des renseignements recueillis par Pegolotti de la bouche de marchands qui avaient suivi cette route, car il ne parle que par oui-
l’estat du yrant Caan (é<l. Jacquet, dans le Xoureau journal asiaiique, VI) p. 66, et dans le Portulano Mcdicco, d'après M. Yule, 1. c.
‘ Oderico da Pordenone (Yule, 1. c., II, 8pp., p. xxvï) et Uarignola (p. 95) écrivent Gansai et Campsai.
’ L’auteur du Messalek al abçar compte quarante jours (v. Quatremère, Rachideddin, p. Ixxxix): Ibn-Batouta (IV, 294) en compte soixante-quatre. '
' Pegol., p. 8; “ove riparano mercatanti e ove si fa il forzo délia mercatauzia.“
* Santarem, Essai sur la cosmographie du Moyen-Age, III, 277.
‘ Not. et eitr., XIII, 224 et ss.
* Sur cette poste impériale, voy. d’ühsson, Hist. des Mongols, I, 406 et s.; II, 481; Hammer, Uesch. der Ilehane. I, 63;
II, 168 et s., 355; Not. et extr., XIV, 1, p. 395; Marco Polo, éd. Pautliier, I, 335 et ss. ; Odcrico da Pordenone, dans Yule, 1. c., p. xxxiii; Lirre de rhstat du grant Caan. 1. c., p. 62. A côté de la poste à pied, qui ne faisait que le service du transport des dépêches, il existait une poste à cheval pour les courriers d'état, les fonctionnaires, les ambassadeurs du khau ou des puissances étrangères. Il parait que les marchands pouvaient aussi obtenir l’autorisation de se servir des chevaux que l’oii tenait toujours prêts à cliaque station de poste. Sur le nom Yam ou Djam, donné A ces stations de poste, voy. Bretschneider, Notices of the med. geegr.. p. 11.
’ Wadding, Annal, ord. min., 51.
69 et 8.