‹ Histoire du commerce du Levant au moyan-âge [microform]Chapitre 8 sur 251 · C. I. Aj^urition des Tatars · texte numérisé non relu

C. I. Aj^urition des Tatars

de ces principautés réduites ne pouvaient plus, on le comprend, tenir le langage hautain qu’avaient fait entendre les grands-khans dans l’enivrement de la conquête. Or, pour entreprendre la campagne projetée contre la Syrie et l’Égypte, on était réduit au concours d’un seul de ces princes, le souverain du royaume tatar fondé en Perse par Houlagou. Le grand -khan, retiré en Chine, exerçait bien encore sur ce royaume une sorte de suzeraineté, mais il se désintéiessait des affaires de l’Asie occidentale. Le successeur immédiat de Houlagou, Abaka (1265— 1282), fidèle à l’exemple de son prédécesseur et animé des mêmes dispositions que lui en faveur des chrétiens,* fit les premières démarches; à diveises reprises il envoya des ambassadeui's au pape et à quelques princes d’Occident pour provoquer uue entente et organiser une campagne en commun. Argonn (1284 — 1291), son fils, professait à l’égard déh chrétiens les mêmes sentiments ; il adressa aux piinces occidentaux invitation sur invitation à entreprendre une croisade, leur promettant des troupes et des vivres. Après lui, d’autres khans, déjà convertis à l’islamisme, Gbazan (1295—1304) et Oldjaïtou (1304 — 1316), envisagèrent sans crainte la pensée de combattre aux côtés d’une année chrétienne leur grand ennemi, le sultan des Mamelouks.*

Les ambassadeurs chai'gés de porter ces messages en Occident étaient généralement des chrétiens: que cela fût dans leui-s instractions ou non, ils ne manquaient pas d’insinuer que leur maître était à moitié ou même tout à fait converti au christianisme. Dans le fait il n’en était rien, mais cela produisait une bonne impression; au pape, ils demandaient, en outre, comme une grâce, l’envoi de missionnaires pour la conversion du peuple tatar. Heureux de trouver des auxiliaires dans les deux questions qui leur tenaient le plus au cœui’, la reprise des croisades et la conversion des Tatars, les Souverains Pontifes faisaient bon accueil à ces ambassadeurs et les appuyaient énergiquement; mais les princes laïques se bornaient pour toute réiionse à des promesses qui n’étaient jamais suivies d’effet® A

' Ce fait est de nouveau cou&rmé par la Biographie du patriarche neslorien Yabalaha 111 (mort eu 1318), trad. Sioufü, dans le Jourti. aeiat., 7® série, T. XVII (1881), p. 89 et 83.

’ Le livre sur les Tatars, écrit en France en 1307 par l’Arménien Hayton (Héthoum), parut du vivant de ce dernier khan; le but de l’auteur était de pousser les princes occidentaux à s’allier avec ce peuple, en leur montrant qu’il était justement tout prêt pour soutenir la lutte contre l’Égypte et qu’en cas de

succès il abandonnerait assurément la Terre-Sainte aux Chrétiens (voy. Cap. 56, 68, 60).

® Pas plus que les autres, le roi Jacques n d’Aragon ne donna suite aux offres de secours qu’il avait fait porter en 1300 au khan Ghazan par Pedro Olivero, de Barcelone (CTapmany, Memorias, PV, 28).

Il y avait mis comme condition qu’il recevrait pour sa part une partie des pays à conquérir et que ses sqjets seraient autorisés à voyager en Syrie et à visiter les Saints-Lieux sans payer aucun tribut.

70 Deuxihnic période. — IL Développemcut du loinmerce dit Levant.

la place des aimées croisées (jirils attendaient, les khans tatai’s ne virent aniver chez eux que des missionnaires recommandés par le pape ou par quelque prince chrétien. Ces missionnaires remplirent d’ailleurs leui- tâche avec la plus louable activité ; ils ramenèrent dans le sein de l’église catholique romaine un grand nombre de chrétiens orientaux, construisirent des églises, des monastères, fondèrent des évêchés et des archevêchés; mais tous leurs efforts n’empêchèrent jias la grande masse du peuple tatar de devenir la proie de l’islamisme. A partir de 1295, les khans eux-mêmes, demeui'és jusqu’alors fidèles à la religion de leura pères à l’exception d’un seul, Tagoudar -Ahmed (1282—1284) embrassèrent la l eligion mahométane i)our ne plus la quitter. (4n dut encore tenir poui‘ heureux que, chez les khans, le fanatisme religieux inséparable de cette religion fût tenu en bride par les considérations politiques qui imposaient des ménagements à l’égard de l’Occident, par l’influence des rois d'Arménie, par le vieil esprit de tolérance religieuse encore vivant au fond dans la race mongole, de sorte que s’il y eut des persécutions contre les chrétiens, elles ne furent pas de longue durée.

-Ainsi, au coura de la deuxième moitié du siècle, la haine qui avait régné entre les Tatara et le monde d’Occident s’était transfomuH; en une sorte d’attrait mutuel: des deux parts on se recheichait, l’Occident dans la pensée d’amener les Tatara au clu-istianisme , les Tatars dans l'espoir d'obtenir de l’Occident des renforts pour combattre leurpuissant ennemi, l'Égypte. Toutes ces tentatives finirent par avorter d'un côté comme de l'autre, mais elles avaient donné lieu, pendant une suite d'années, à un échange de lettres et de messages: il était résulté de là, entre les deux mondes, un rapprochement dont l’efl'et se fit sentir avec avantage en dehoi-s des questions politiipies et religieuses. Le mi.ssionnaire en pays tatare y fut bientôt suivi par le commerçant. Le.s .lean da Piano de Carpine, les André de Lonjumeau, les Guill. de Kubrouck avaient tracé la route où allaient s’engager après eux non-seulement de nombreux religieux employés aux travaux des missions, mais aussi des laïcs attirés dans ces pays lointains par l’appât du gain: ils avaient ouvert à leurs imitateura l’accès d’espaces incommensurables, en pénétrant eux-mêmes jusqu’à la résidence du grand-khan, aux environs de Karacorum, ville située au sud du lac Baïkal, dans le pays des Khalkha.s, à quatre ou cinq milles anglais du coura supérieur de l’Orkhan, au point nommé de nos joiu-s Kaia-Balghassoun.* Jamais, avant eux, aucun com-

Quand il s'agit de Barceluue, il va de .wi que le terme “voyujje»'* sous enteudait nou seulemeut des ]>éleriiia(;cs, mais aussi des voyages d’affaires.

' .tbel Kémusat, Uechcrches sur la t ille

de Kara-Kmoum (Mém. de l'Arnd. des Insrr., VU (1824, p, 234 et ss.), p. 288 et 8.; Pautliier, .1/. Volet, p. xxxvii et s. et p. 171; et .louni. .Isint., fi* sfric, T. IX, p. 60; Yule, diin.s le Oeograpltieal

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